Gilles St-Jean, résident de Fort-Coulonge, doit se résoudre à habiter chez des proches en attendant de pouvoir réintégrer sa maison du Chemin du Bord de l’eau.

Essayer de «planifier l'inconnu» à Fort Coulonge et Mansfield-et-Pontefract [VIDÉO]

Déjà en pleine «écœurantite aiguë» des inondations, les résidents de Fort-Coulonge et de Mansfield-et-Pontefract, dans le Pontiac, font maintenant face à «l’inconnu». La rivière des Outaouais gonfle et s’étend. Les deux communautés tissées serrées comptent plus de 500 sinistrés évacués, soit plus d’un résident sur dix.

Le maire de Fort-Coulonge, Gaston Allard, avoue qu’il ne sait «plus à quoi s’attendre». Les prévisions changent souvent et les bonnes nouvelles se font rares. Le niveau de l’eau devrait dépasser, dimanche, le record établi à la fin avril.

Vendredi, 98 des 717 résidences du village étaient évacuées. À peine une poignée de sinistrés sont dans un motel. Les autres ont trouvé refuge chez des amis ou des membres de leur famille.

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«On avait un centre d’hébergement, mais on l’a fermé, parce qu’il n’y a personne qui s’en servait», a indiqué M. Allard.

Gilles St-Jean fait partie des sinistrés de Fort-Coulonge hébergés chez des proches, en attendant de pouvoir réintégrer sa demeure sur chemin du Bord de l’eau. «J’ai 55 ans et je n’ai jamais vu ça aussi grave que maintenant», a-t-il lancé.

Les contrecoups s’annoncent considérables non seulement pour les infrastructures, mais aussi sur le plan humain, croit le maire des Coulongiens.

«C’est comme une écœurantite aiguë, illustre M. Allard. […] Quand les gens vont vraiment voir l’étendue des dommages, au niveau social, ça va représenter des difficultés.»

Son homologue de Mansfield-et-Pontefract, Gilles Dionne, souligne qu’une grande solidarité unit les résidents des deux municipalités. «Tout le monde s’entraide», dit-il.

Malgré la force de la communauté, les prochains jours s’annoncent difficiles. «Planifier l’inconnu, ça devient assez compliqué», note le directeur général de Mansfield-et-Pontefract, Éric Rochon, en précisant qu’il y avait eu «beaucoup moins» de sinistrés en 2017.

Alors que les élus mansfieldien ont adopté mercredi une résolution pour réclamer la tenue d’une enquête publique indépendante sur la régularisation de l’eau et la gestion des barrages en Outaouais, les élus de Fort-Coulonge devraient emboîter le pas lors de la prochaine réunion du conseil municipal.

«On ne sait pas comment ça fonctionne, on ne sait pas exactement quels barrages nous affectent, lesquels ne nous affectent pas, plaide Gaston Allard. Ça va prendre des explications. [...] Il y a une frustration qui est évidente par rapport à ça [chez les citoyens].»

Gilles Dionne abonde dans le même sens. Sans vouloir «pointer du doigt qui que ce soit», le maire Dionne veut obtenir des réponses aux multiples questions qui circulent sur la gestion des cours d’eau «pour peut-être éviter le pire, éviter que ça se reproduise». « On ne peut pas revivre ça tous les ans nous autres ici, insiste-t-il. C’est impossible.»

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William Smith est un résident de Mansfield-et-Pontefract. Sa mère et lui habitent leur petite maison blanche depuis des décennies. Ils pourraient tout perdre à la suite de la crue printanière.

DES SINISTRÉS DE MANSFIELD-ET-PONTEFRACT SE CONFIENT

MANSFIELD-ET-PONTEFRACT — Les yeux pleins d’eau, William Smith et sa mère Zella Creighton peinaient à trouver les mots pour décrire leurs sentiments alors qu’ils observaient leur petite maison blanche, littéralement entourée par la rivière des Outaouais. «C’est le désastre», a fini par laisser tomber le résident de Mansfield-et-Pontefract.

C’était le calme plat sur la rue Thomas-Lefebvre, vendredi. De longs tronçons de la rue sont envahis par l’eau de la rivière. Plusieurs résidences ont été abandonnées par les sinistrés, l’eau y atteignant maintenant les rez-de-chaussée.

William Smith et sa mère y habitent une modeste maison, propriété de la famille depuis des décennies. Tous les souvenirs qui y sont imprégnés sont maintenant la proie de l’eau.

Ils sont allés y faire un tour, vendredi, pour constater l’ampleur des dégâts. En temps normal, l’eau reste en bas du mur de béton de huit pieds qui se trouvent derrière la maison. Ce mur est maintenant submergé, invisible.

Même s’ils ont réussi à sortir des biens avant de partir crécher chez des amis, les regards de la mère et du fils ne laissent aucun doute sur ce qui fait le plus mal. Ils sont carrément en train de perdre la maison familiale, ce petit nid qui se trouve normalement bien au-dessus de la rivière des Outaouais. C’est ça qui fait mal, qui fait couler des larmes sur leurs joues.

«C’est terrible», souffle Mme Creighton, qui n’arrive pas à croire que la rivière ait gonflé à ce point.

Pire que 2017

En 2017, il n’y avait pas eu d’eau devant la maison. William Smith n’avait «jamais vu» l’eau atteindre son rez-de-chaussée, où les meubles ont maintenant les pattes dans l’eau.

«J’essaye de sauver ce que je peux, a-t-il confié. […] Il faut avancer d’une manière ou d’une autre, mais c’est dur.»

Comme bien d’autres citoyens, William Smith et Zella Creighton se posent des questions sur la gestion de barrages et se demandent si les choses auraient pu être faites autrement, pour minimiser les impacts de la crue. «Il y a quelque chose qui se passe avec les barrages, croit M. Smith. Ça ne devrait pas être de même.»

Même après avoir obtenu des informations sur le nouveau programme d’indemnisation du gouvernement du Québec, M. Smith ignore encore s’il voudra se lancer dans des travaux pour retaper la maison. Il craint que d’éventuelles réparations ne représentent qu’un pansement, convaincu qu’il y aura, plus tôt que tard, une autre crue historique.