La directrice générale du Centre Cyber-aide, Cathy Tétreault, reproche aux écoles d’utiliser le eSports pour attirer des élèves.

eSport: appel à la prudence

Le Centre Cyber-aide lance un appel à la prudence et interpelle le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, alors que les jeux électroniques font de plus en plus leur apparition dans les écoles secondaires après les cégeps. Certaines offrent même un programme de concentration scolaire en sport électronique.

«Le eSport, n’est pas un vrai sport», lance d’emblée la directrice générale du Centre Cyber-aide, Cathy Tétreault, et «ne prévient en aucun cas la cyberdépendance».

Contrairement à un vrai sport, où il faut se dépenser physiquement, le jeu électronique peut nuire à la santé physique et psychologique. «On l’aborde d’une manière un peu trop positive en lien avec l’éducation. J’ai parlé avec des athlètes des sacrifices et de toutes les dimensions de la vie qui sont touchées quand on pratique un sport. On est loin des jeux électroniques où on est assis», souligne-t-elle.

Mme Tétreault reproche également aux écoles d’utiliser le eSport pour attirer des élèves. Si les tablettes et les ordinateurs utilisés à des fins éducatifs comme la programmation en mathématiques ou pour des élèves avec des difficultés d’apprentissage peuvent être une bonne chose, ce n’est pas le cas pour les jeux électroniques. «Il ne faut pas tout mélanger. On n’apprend pas l’histoire à travers un jeu de console. Les écoles proposent des jeux de combat, pas un cours d’histoire. Comment va se sentir le prof d’histoire qui propose à ses élèves un cours classique?» questionne-t-elle.

Cyberdépendance 

Selon Mme Tétreault, encadrer les jeunes dans leur pratique des jeux vidéo ne les empêchera pas non plus de continuer à jouer une fois à la maison. «Les écoles vendent le eSport comme si ça allait motiver les jeunes à aller à l’école et qu’en dehors, ils auront le goût de faire autre chose. Mais ce n’est pas vrai pour quelqu’un qui est cyberdépendant», affirme-t-elle. «Quelqu’un qui est cyberdépendant, on ne peut pas lui apprendre à ne plus jouer en le faisant jouer. C’est comme de dire de quelqu’un qui est alcoolique, on va lui apprendre à boire», poursuit-elle.

La directrice du Centre Cyber-aide reconnaît les bienfaits des tablettes dans les écoles, mais elle rappelle le côté pervers de leur utilisation. «Les écoles interdisent les jeux sur les tablettes qui servent pour des travaux scolaires, mais les élèvent trouvent des moyens détournés pour en installer, alors imaginez si on banalise le eSport comme un apprentissage.»

De nombreux parents ne savent pas non plus comment gérer le temps d’écran de leurs enfants et ils ont droit à de plus en plus de crises à la maison lorsqu’ils mettent des limites ou des interdictions. «Les psychologues disent maximum deux ou trois heures par jour tous écrans confondus. Mais entre le cellulaire, la tablette, l’ordinateur, et la télévision, le temps est largement dépassé. Les enfants du primaire prennent l’excuse d’un travail d’équipe pour utiliser leur tablette, mais en fait, ils passent plus de temps à jouer qu’à étudier dessus», fait valoir Cathy Tétreault.

Trouver le bon mode d’emploi

Mme Tétreault a interpellé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge pour mettre sur la glace le eSport dans les écoles. Dans une lettre envoyée au ministre, la directrice générale du Centre Cyber-aide explique que «les sports électroniques suscitent de nombreuses réactions et inquiétudes de la part des milieux scolaires et professionnels en raison de l’absence de données scientifiques probantes et à même de soutenir l’implantation de programmes de la sorte.» Mme Tétreault n’a pour l’instant eu aucun retour de la part du ministre Roberge.

Le phénomène de cyberdépendance prend tellement d’ampleur, que plusieurs intervenants dans le milieu scolaire demandent un retour au papier pour l’enrayer. «On veut entrer une nouvelle chose et banaliser son utilisation alors qu’il y a déjà de nombreuses problématiques. On peut s’amuser avec les jeux électroniques, mais ça n’a pas sa place dans les écoles, en tout cas pas pour l’instant, on doit déjà trouver le bon mode d’emploi pour l’utilisation des écrans et éduquer les élèves», conclut-elle en citant en exemple les sextos.