L’ouragan Dorian a causé des dégâts importants, autant sur les infrastructures que sur les berges.

Dorian frappe les Îles-de-la-Madeleine [VIDÉO]

Les Madelinots se sont fait brasser dans la nuit de samedi. L’ouragan Dorian s’est abattu sur les Îles-de-la-Madeleine pour laisser derrière lui des dégâts importants, autant sur les infrastructures que sur les berges.

«On en a vu d’autres, on est habitués, mais pas à cette période-ci. Ça fait 10 ans que je reste aux Îles et côté vent et dégâts, que ce soit les côtes ou les infrastructures, les impacts sont quand même importants», laisse savoir la directrice générale d’Attention FragÎles, Marie-Ève Giroux, jointe par le Soleil par téléphone. 

L’organisme dont elle s’occupe œuvre depuis 1988 à la protection de l’environnement des Îles-de-la-Madeleine. Toute la semaine, elle et son équipe se promèneront pour constater l’étendue des dommages : après la tempête, place au ménage.

«Je suis allée voir à quelques endroits près de chez moi et j’ai vu des impacts importants au niveau des dunes et des falaises. Il y a un escalier qui nous permettait d’accéder à une plage qui est complètement pulvérisé. Chaque fois qu’il y a une grosse tempête, il faut réfléchir. Qu’est-ce qu’on doit faire pour l’avenir?»

Attention FragÎles est l'un des seuls organismes de la région à s’occuper de la restauration du territoire.

Une marina à Havre-Aubert, où plusieurs bateaux se sont cognés pendant la tempête.

Terres fragilisées

L’organisme s’occupe entre autres des brèches créées par la mer.

«En prévention, on peut essayer de maintenir l’intégrité des dunes le plus possible, les restaurer et les garder en santé pour qu’elles puissent jouer leur rôle de barrière le mieux possible lors des tempêtes. C’est notre premier rempart avec la mer. Dans certains secteurs où la dune est complètement disparue, ça devient plus difficile d’intervenir», soulève Mme Giroux. 

Parmi l’ensemble des dunes qui font le tour des Îles, près de 300 sites ont été restaurés par l’organisme depuis les 10 dernières années. Attention FragÎles fait aussi beaucoup de travaux et d’activités avec les citoyens et les écoles pour assurer une certaine sensibilisation.

«L’érosion des berges, c’est un phénomène naturel. Mais avec les tempêtes, tout d’un coup, il y a un recul important, il y a de grosses pertes à certains endroits.»

La directrice générale indique qu’il faut parfois laisser la nature reprendre sa place, il devient impossible d’empêcher les Îles de changer dans certains secteurs, l’effet de la mer est plus fort que les efforts humains.

Une aide financière est attendue de la part du gouvernement pour assurer une restauration de plusieurs endroits. Chaque tempête, c’est la même histoire. L’organisme doit revenir à la charge auprès du ministère de l’Environnement pour leur rappeler que leur travail est essentiel. 

«On n’a pas de financement récurrent. Il y a des fonds qui viennent du gouvernement fédéral et on a des démarches du côté provincial depuis plusieurs années pour faire reconnaître le caractère de l’organisation, pour soutenir la mission. Ce sont des enjeux importants avec les changements climatiques et l’érosion. On espère qu’un jour on va pouvoir avoir ce soutien-là du ministère. Ça va être pire dans les prochaines années, on travaille fort auprès du ministre, depuis 10 ans», exprime Mme Giroux.

Bien préparés

D’habitude, les Madelinots attendent les tempêtes au mois de novembre, alors qu’il fait plus froid. Cette fois-ci, le temps est plus chaud, ce qui inquiète moins les citoyens en cas de panne d’électricité. 

«La municipalité avait demandé de tout ramasser sur le terrain et d’attacher tout ce qui pouvait l’être, les gens se sont préparés. Il y a des choses qui sont difficiles à prévenir. Depuis samedi soir, il y a des pannes un peu partout, mais c’est en train de se rétablir. Il y a eu deux bris majeurs qui coupaient une partie des lignes, les équipes d’Hydro-Québec sont déjà à pied d’œuvre pour régler le problème. Au mois de novembre, c’est ça qui était difficile, on n’avait pas beaucoup d’équipes sur place. Là, ils les ont envoyés avant», indique aussi Mme Giroux. 

Un porte-parole d’Hydro-Québec sur place avait indiqué que pendant la nuit de samedi, près de 3600 foyers avaient perdu le courant, même jusqu’à 7000 dimanche matin. Il s’est montré très rassurant puisqu’aucun bris majeur n’avait été repéré, les clients devaient retrouver l’électricité dans la journée de dimanche, alors que la force des vents diminuait et la pluie ne tombait plus. Les travaux n’étaient pas majeurs pour les équipes d’Hydro-Québec, dans la plupart des cas, ce sont les cours d’eau qui ont abîmé les lignes. 

Constater les bris

Pascal Poirier, enseignant à la Polyvalente des Îles, habite du côté nord-ouest des Îles-de-la-Madeleine. Son anémomètre a enregistré des rafales de 112 km/h.

«Ce n’est pas la pire tempête que j’ai vue, mais les gens de l’autre côté se sont fait plus brasser. Environnement Canada a enregistré des rafales de 124 km/h, quand même. J’ai une vieille maison de 76 ans et je remercie le constructeur», soutient-il.

Dans la journée de dimanche, il remarquait des vents de 60 km/h, et la force semblait continuer de faiblir. 

«J’ai vu des toitures arrachées et je n’ai pas souvent vu ça. On y a goûté, ça, c’est certain. Avec la marée haute, ça n’a pas aidé les bateaux. C’est probablement pour ça que les quais ont arraché. Cette nuit, l’eau dépassait même le quai. Plusieurs bateaux ont dérivé et sont allés en cogner d’autres. Les quais flottants ont été déportés», a-t-il expliqué au Soleil.

+

VERS TERRE-NEUVE-ET-LABRADOR

Une imposante grue a basculé dans le centre-ville d’Halifax.

Dorian a balayé la péninsule néo-écossaise et le sud du Nouveau-Brunswick avec des vents soutenus de près de 150 km/h à proximité d’Halifax, samedi. Depuis, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard commencent à prendre la mesure des dommages, après que près d’un demi-million de résidences et de commerces eurent été privés d’électricité. Le nombre de clients touchés par ces pannes majeures avait diminué à travers les Maritimes dimanche après-midi, mais la chef de la direction de Nova Scotia Power, Karen Hutt, a tenu à souligner l’ampleur de la tâche sur le terrain. «Ce n’est pas une question d’heures, mais bien de jours», a-t-elle déclaré. Nova Scotia Power rapporte qu’environ 80 % de ses clients ont été plongés dans le noir la veille — un record. La capitale néo-écossaise semble avoir été la plus durement touchée par ce qui subsistait de l’ouragan, alors qu’une imposante grue a basculé dans le centre-ville d’Halifax. Aucun blessé n’a toutefois été signalé. Plus de 250 000 résidences et commerces étaient toujours sans électricité à travers la Nouvelle-Écosse, en début de soirée dimanche.  La Presse canadienne