La juge Judith Landry de la Cour du Québec ne cachait pas son étonnement de voir les cas de distribution d’images intimes défiler malgré les cours de sensibilisation qui se donnent dans plusieurs écoles et malgré les gros titres dans les journaux.

Distribution d’images intimes dans les écoles: «Le message ne passe pas»

Malgré la médiatisation, malgré les formations dans les écoles, les dossiers de distribution d’images intimes continuent de se multiplier devant le tribunal de la Jeunesse. Le Séminaire Saint-François a dû punir le partage d’une vidéo où l’on voyait un élève en train de se masturber.

La juge Judith Landry de la Cour du Québec a entendu plusieurs dossiers du genre, dont certains du Séminaire des Pères Maristes. Lundi, elle ne cachait pas son étonnement de voir les cas défiler, malgré les cours de sensibilisation qui se donnent dans plusieurs écoles et les gros titres dans les journaux. 

«Malheureusement le message ne semble pas avoir passé, note la juge Landry. Les adolescents ne saisissent pas que quand ce type de document se trouve sur le web, il appartient au web et il est difficile de se le réapproprier.»

En septembre dernier, deux étudiantes du Séminaire Saint-François (SSF) vont voir la direction dès qu’elles entendent parler qu’une vidéo compromettante circule à l’école. Sur les images, on peut voir Marcus*, un  étudiant de l’école de Saint-Augustin-de-Desmaures, en train de se masturber. Selon la preuve, les images datent de plusieurs mois. Marcus avait lui-même envoyé la vidéo à un ami, qu’il n’identifie pas avec précision. 

Un travailleur en éducation spécialisé commence son enquête. Il remonte jusqu’à Louis*, un étudiant qui dit avoir reçu la vidéo l’été précédent. Louis a admis avoir envoyé ou montré la vidéo à six personnes, dont au moins cinq étudiants du SSF.

Le matériel informatique de Louis a été aussitôt saisi par l’école. Le jeune homme a été expulsé de l’école privée, qui compte 1300 étudiants, pour avoir contrevenu au code de vie de l’établissement, notamment pour avoir utilisé des images d’un collègue afin de rire de lui et par sa mauvaise utilisation de la tablette.

Les parents de Louis ont appuyé la décision de l’école. Dès la dénonciation, ils ont confisqué les appareils électroniques de leur garçon et l’ont privé d’Internet.

Louis a plaidé coupable hier à une accusation d’avoir distribué de la pornographie juvénile. La juge Judith Landry a accepté la demande de l’avocat de la défense Me Mathieu Thériault d’accorder à l’adolescent une absolution conditionnelle à un don de 300$. Les parents de Louis ont assuré que leur fils ferait le don avec son argent de poche. 

Intimidation

Marcus n’était pas présent en chambre de la Jeunesse pour entendre Louis plaider coupable. Chaque rappel de l’histoire le replonge dans la honte, a évoqué le procureur de la Couronne, Me Hugo Breton.

Les anciens coéquipiers de Louis ont très mal pris l’expulsion et la perte d’un bon joueur. Ils se sont mis à intimider Marcus. Il aura fallu les vives remontrances d’un entraîneur pour que cesse la violence verbale.

Marcus sort ébranlé de toute l’histoire. Sa mère a expliqué au procureur de la Couronne que l’année scolaire de son fils est en péril et qu’il doit voir une travailleuse sociale.

Samuel-de-Champlain

Un étudiant de 14 ans de l’école secondaire Samuel-de-Champlain à Beauport a aussi plaidé coupable lundi d’avoir distribué des images intimes de sa copine. Il connaîtra sa peine cet été.

En décembre 2018, la jeune fille avait envoyé des photos d’elle nue à celui qu’elle considérait alors comme son amoureux virtuel, en lui précisant de les garder pour lui. L’étudiant a envoyé ou montré les photos à au moins quatre personnes.

La preuve révèle aussi que la jeune fille avait envoyé des photos à d’autres garçons.

C’est la plaignante, accompagnée de deux amies, qui a dénoncé la situation à la direction de l’école. L’établissement d’enseignement public a dans ce cas aussi été très proactif, souligne le procureur de la Couronne Me Hugo Breton, et a saisi tous les téléphones cellulaires. Tous les jeunes, y compris la jeune fille, ont fait l’objet d’une suspension et ont dû faire leurs travaux de la maison.

Deux autres étudiants de Samuel-de-Champlain avaient été accusés; leur dossier a depuis été envoyé au programme des sanctions extrajudiciaires.

*Prénom fictif