Des soins forcés pour une misère extrême

Parfois, la misère extrême ne devient visible que lorsque les tribunaux doivent s’en mêler.

Les médias ne traitent qu’exceptionnellement des ordonnances de soins, qui sont pourtant le lot quotidien des juges à travers le pays. Les causes se déroulent à huis clos, le dossier et l’enregistrement de l’audition sont confidentiels et l’identité des gens concernés est tue. Seul le jugement, dénominalisé, est public. Comme celui-ci, rendu au début de la semaine.

Marcel*, 74 ans, vit en Beauce, seul dans sa maison insalubre, sans eau courante.

Depuis plus de 20 ans, il souffre de troubles psychiatriques et maintenant, de démence.

Parfois, il entre chez ses voisins pour voler du bois ou de la nourriture. Il se nourrit de bières et de nourriture en conserve. Comme sa toilette n’est plus fonctionnelle, l’homme fait ses besoins au sol, sur du papier journal.

À la fin février, le septuagénaire allume par mégarde un incendie dans sa maison. Les pompiers et les ambulanciers interviennent. Marcel est conduit à l’urgence de l’hôpital de Saint-Georges pour une évaluation.

À son arrivée à l’hôpital, l’homme est dans un état tel que le médecin est incapable de l’examiner. Dans sa décision, le juge Louis Dionne qualifie l’état d’hygiène de Marcel de «catastrophique».

Après cinq bains consécutifs, son hygiène était à peine acceptable, a témoigné le psychiatre devant la Cour supérieure.

Vivant en ermite, avec des fonctions cognitives dégradées, Marcel représente un danger pour lui-même et pour la société, estiment les représentants du CISSS de Chaudière-Appalaches. Le centre de santé demande une ordonnance de la cour pour pouvoir héberger et fournir des soins à Marcel durant une période de trois ans.

Le septuagénaire refuse toute aide et prétend ne pas être malade. Selon le psychiatre, ses tests neurocognitifs sont «désastreux». Depuis le début de son hospitalisation, Marcel cache parfois la médication prescrite pour limiter son agressivité.

Selon une éducatrice spécialisée, qui a aussi témoigné à la cour, Marcel ne comprend pas l’impact de ses décisions. «Sans hébergement approprié, (Marcel) risque de mourir s’il est laissé à lui-même chez lui», évalue l’éducatrice.

Marcel a aussi été invité à prendre la parole devant le juge Dionne. Il dit qu’il veut demeurer dans sa maison et est capable de s’arranger par lui-même. À quelques reprises, Marcel tente de quitter la salle de visioconférence de l’hôpital. 

Le juge Louis Dionne en vient à la conclusion que Marcel est inapte à consentir aux soins proposés.

C’est donc le tribunal qui accepte le plan de soins, dont la prise d’un médicament antipsychotique, «convaincu que les effets bénéfiques du traitement proposé excèdent largement les effets secondaires que (Marcel) pourrait subir», écrit le juge Dionne.

Pour les trois prochaines années, les médecins pourront donc administrer les traitements appropriés à Marcel malgré son refus catégorique. Il continuera d’être hospitalisé sous surveillance jusqu’à ce que son état lui permette un congé hospitalier. Par la suite, il demeurera dans un centre d’hébergement de longue durée ou une ressource équivalente.

* Prénom fictif