En raison du manque de préposées aux bénéficiaires dans ses établissements, le CIUSSS MCQ force le retour au travail de préposées enceintes qui bénéficiaient d’un retrait préventif.

Des préposées enceintes rappelées au travail

Trois-Rivières — Le manque criant de préposés aux bénéficiaires dans les établissements du CIUSSS régional force le retour au travail de préposées enceintes qui bénéficiaient d’un retrait préventif.

Le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec a contacté 11 personnes le 9 février dernier pour les sommer de revenir au travail en raison des besoins en main-d’œuvre. Ces préposées ne reviennent pas à cette fonction, mais bien comme aides de service: elles ne déplacent pas de patients, mais peuvent les aider à manger ou transporter des plateaux.

La pénurie de préposés aux bénéficiaires n’est pas une nouvelle en soi, mais elle atteint un tel niveau que le CIUSSS doit agir ainsi, confie Martin Beaumont.

«L’employeur a le droit de réassigner les gens en éliminant les risques. Si on est capable de le faire, on va le faire», déclare le président et directeur général du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

«Ce n’est pas une pratique nouvelle. C’est pour donner un coup de main aux préposés aux bénéficiaires», ajoute Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS.

En considérant les 11 préposées aux bénéficiaires nouvellement revenues au travail, le CIUSSS mise depuis quelques mois sur 27 préposées enceintes de retour d’un retrait préventif qui œuvrent comme aides de service. Une situation qui déplaît à Pascal Bastarache, président du syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec.

«On est en pénurie de personnel, mais faire revenir des femmes enceintes, avec les risques que cela représente, ce n’est pas une de mes options préférées», dit-il.

Le contrat de travail unissant le CIUSSS à ses travailleurs prévoit que l’employeur peut se prévaloir d’une telle mesure. Selon le syndicat, la direction doit toutefois s’assurer de respecter trois conditions.

«Ça prend l’autorisation du médecin traitant, il faut que l’employeur examine le milieu de travail pour qu’il soit sécuritaire et il doit évaluer les tâches de la salariée pour s’assurer que ça respecte sa condition», énumère M. Bastarache, qui se dit surpris d’apprendre que les 11 préposées enceintes récemment contactées sont déjà au travail, car selon lui, leur rappel a été suspendu le temps que les deux parties discutent du sujet lors d’une rencontre qui aura lieu jeudi.

«C’est ça, le CIUSSS, une structure ingérable. C’est tellement rendu gros qu’il y a un manque de communication et ça a des répercussions sur le terrain.»

Selon ce dernier, l’employeur n’aurait pas respecté ces trois critères. Faux, réplique l’employeur. La seule condition à respecter est une règle de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

«Selon ce qu’on me donne comme information, le CIUSSS doit respecter le programme Maternité sans danger. Les gestionnaires doivent respecter le cadre du programme», déclare Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS.

M. Brunelle réfute certaines informations selon lesquelles des préposées enceintes œuvrant à titre d’aides de service ont changé des couches de résidents et ont aussi manipulé des draps de patients suivant des traitements de chimiothérapie, une manœuvre qui représenterait des risques pour leur santé. Il assure que la consigne de respecter le programme Maternité sans danger sera rappelée aux gestionnaires de plan de travail afin de ne pas utiliser ces aides de service pour remplacer ponctuellement les préposés advenant un manque de ressources, une crainte manifestée par la partie syndicale.

«Le programme prévoit une série de tâches qui peuvent être faites sans danger. On ne peut pas ramener une préposée enceinte dans un centre jeunesse où il y a une clientèle qui peut être violente», dit M. Brunelle.

Martin Beaumont est catégorique sur l’aspect de la sécurité des employés. «Notre travail est d’évaluer les risques. Je ne mettrai pas à risque nos employés», insiste le pdg du CIUSSS.

M. Bastarache refuse de donner son avis quant à l’acceptabilité de confier des travaux légers à une salariée enceinte.

«C’est une preuve de plus qu’on manque énormément de personnel. Mais je pense qu’on ne cible pas les bons objectifs. Il faut prendre soin de notre monde. Environ 25 % des travailleurs sont absents du travail pour cause de maladie, parce qu’ils quittent. Juste en prenant soin des travailleurs, on règle une partie du problème.»