La militante Rachel Small est troublée par les informations que la GRC a obtenues à son sujet.

Des militants inquiets de la surveillance menée par la GRC sur les médias sociaux

OTTAWA — La Gendarmerie royale du Canada (GRC) défend sa pratique de profilage des personnes en examinant leur présence sur les réseaux sociaux, affirmant qu’elle obtient légalement des informations dans le but de protéger les Canadiens.

Une militante de Toronto préoccupée par les agissements de l’industrie minière a récemment appris que des agents de la GRC avaient compilé un dossier de six pages à son sujet peu de temps après qu’elle s’est présentée à un débat des chefs pendant la campagne électorale fédérale de 2015.

Un analyste de l’unité tactique de renseignement sur internet de la GRC n’a finalement trouvé aucune indication que Rachel Small, une organisatrice du groupe Mining Injustice Solidarity Network, était impliquée dans des activités criminelles.

Mme Small a affirmé qu’il était «plutôt effrayant et troublant» de voir les informations que la GRC a obtenues à son sujet, dont elle a pris connaissance des années plus tard par une demande d’accès à l’information.

La sergente Penny Hermann, porte-parole de la GRC, affirme que le corps policier reconnaît le droit constitutionnel de protester pacifiquement, mais ajoute que la police doit faire preuve de diligence raisonnable pour s’assurer qu’il n’y a pas de menaces ou de préoccupations pour la sécurité publique.

«En tant que force policière nationale du Canada, la GRC utilise divers outils et méthodes d’enquête pour obtenir légalement des renseignements ou des preuves afin de protéger les Canadiens», a-t-elle déclaré.

«Pour maintenir l’intégrité des enquêtes, nous ne divulguons pas de techniques ou d’outils spécifiques utilisés au cours d’une enquête particulière», a ajouté la porte-parole.

Pour le dossier de Mme Small, la GRC a examiné des sources en ligne pour connaître son âge, son adresse, ses études, sa maîtrise de la langue, son expérience de travail et ses amis Facebook dans la communauté des militants.

«Cela me dérange. C’est effrayant. Et cela me fait me demander: qu’espéraient-ils faire de ces informations?», a-t-elle affirmé.

«Je n’avais aucune raison de penser que je serais personnellement suivie ou surveillée, ou quelque chose comme ça.»

Un effet dissuasif?

Des groupes qui défendent le droit de manifester publiquement disent que la surveillance policière des militants peut avoir un effet dissuasif qui décourage les gens de s’exprimer ou de participer à des manifestations.

L’Association canadienne des libertés civiles est préoccupée par le fait que les agences établissent des profils de personnes lorsqu’il n’y a aucun motif raisonnable de croire qu’elles sont impliquées dans des activités criminelles.

«Le fait qu’une personne soit militante ne devrait pas suffire à la faire soupçonner par les forces de l’ordre», a déclaré Cara Zwibel, directrice du programme des libertés fondamentales de l’association.

«Pour moi, c’est un problème dans une société démocratique», a-t-elle fait valoir.

Les lois sur la protection de la vie privée ne reflètent pas adéquatement les attentes et les nuances de l’ère des médias sociaux, a soutenu Meghan McDermott, avocate-conseil en politique auprès de l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique.

Un utilisateur de Facebook pourrait faire savoir à ses amis en ligne que c’est son anniversaire, mais la loi traite cela comme si la personne avait apposé une pancarte sur sa pelouse pour l’annoncer, a-t-elle illustré.

Il devrait y avoir une discussion entre les défenseurs des libertés civiles, les législateurs, la police et le public sur «ce qui est acceptable comme examen par les forces de l’ordre, et quels sont les critères qui leur permettent d’examiner ces informations», a estimé Mme Zwibel.

Avant que ne se posent des questions sur les informations obtenues au sujet de Mme Small, la section de la vérification interne de la GRC avait commencé à examiner l’utilisation par la force policière des sources ouvertes dans le contexte de la Charte canadienne des droits et libertés et des diverses lois en vertu desquelles les agents opèrent.

La GRC affirme que le rapport de vérification qui en résulte devrait être rendu public l’été prochain.