Les journalistes Isabelle Tremblay (Le Lac-Saint-Jean), Carolyne Labrie (Bell Média), Claude Bouchard (Radio-Canada), Mélanie Patry (Radio-Canada), Mélissa Savoie-Soulières (Radio-Canada), Priscilla Plamondon-Lalancette (Radio-Canada) et la finissante en journalisme Émilie Gagnon témoignent dans la capsule #pasunepoupée.

Des journalistes, pas des poupées

Des phrases telles que « Baise-la directement dans la chatte » et « J’t’encule, salope », lancées à des journalistes en plein enregistrement d’un reportage. Des tentatives de baisers à une autre pendant une entrevue. Des photos de pénis reçues dans la boîte de messagerie privée d’une reporter. Ce ne sont que quelques exemples de harcèlement sexuel que peuvent vivre les professionnelles de l’information. Pour sensibiliser la population à ce phénomène et pour que ces gestes et ces paroles cessent, la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) lance la campagne #pasunepoupée.

L’automne dernier, Priscilla Plamondon Lalancette, journaliste à Radio-Canada, enregistrait un topo sur la rue Racine, lorsque deux hommes, à bord d’une Tercel verte, lui ont lancé la phrase « Fuck her right in the pussy ». Elle a regardé son cameraman, se demandant si elle avait bien compris. « Cette phrase, “Baise-la directement dans la chatte”, nous l’avons souvent entendue aux États-Unis, mais c’était la première fois qu’elle m’était adressée. Ça m’a perturbée, j’ai été choquée et insultée », se remémore-t-elle. Elle en a ensuite discuté avec des collègues, dont certaines avaient des histoires similaires à raconter. C’est à partir de ce moment qu’est née l’idée de lancer une campagne de sensibilisation, afin que cessent ces actes vulgaires, dégradants et parfois violents.

Les journalistes Claude Bouchard et Mélissa Savoie-Soulières avaient également des incidents à raconter, dont cette fois où la première a été victime d'un homme qui a tenté de l'embrasser en plein enregistrement dans un festival des camionneurs. Mélissa Savoie-Soulières, elle, a reçu des images du pénis de quelques auditeurs, dont un qui l’a informée qu’il se masturbait en la regardant.

« En tant que journalistes, nous sommes capables d’en prendre et nous n’avons pas peur de confronter les intervenants. Nous sommes aussi habituées de nous faire crier des injures, mais le harcèlement sexuel et se faire attaquer parce qu’on est une femme, c’est non », a expliqué Priscilla Plamondon Lalancette, lors du lancement de la capsule #pasunepoupée, qui avait lieu mercredi midi au Cégep de Jonquière.

Durant la courte vidéo d’un peu plus d’une minute, on voit également une finissante en journalisme, qui dit espérer ne pas être victime de tels comportements. C’est d’ailleurs pour la future génération de professionnelles de l’information que les instigatrices de la campagne ont voulu raconter leur histoire.

« On ne le sait pas si on va recevoir deux fois plus de messages à caractère sexuel demain matin. On ne le sait pas si on va se faire appeler “poupée” sur le terrain. Mais on prend le risque, en espérant que ça fasse plutôt son bout de chemin pour que les futures journalistes n’aient pas à vivre ça », a affirmé Claude Bouchard.

« Nous sommes des journalistes, nous faisons notre travail. On ne veut rien savoir de se faire toucher, de se faire embrasser contre notre gré », a ajouté Mme Plamondon Lalancette. « Ce ne sont pas des compliments qu’on aurait pu mal interpréter, ce sont des attaques gratuites et sans ambiguïtés », a précisé Mélisa Savoie-Soulières.

La vidéo a été financée par la FPJQ et produite par Les Films de La Baie, en collaboration avec le réalisateur Philippe Belley.

D’ailleurs, ce dernier s’est dit interpellé par ce que les journalistes pouvaient vivre sur le terrain. « Nous ne voulions pas que la capsule soit une attaque frontale, mais plutôt un message clair pour que ce genre d’agissements cessent », a affirmé Philippe Belley.

La capsule peut être visionnée via la page Facebook de la FPJQ. Les protagonistes invitent évidemment les gens à la partager en grand nombre et précisent que les hommes journalistes peuvent aussi être victimes d’attaques à caractère sexuel.