Il y a un an, la firme gatinoise Creadditive et la luthière Charline Dequincey ont fait le premier design à partir d’un scan de l’un de ses violons.

Des instruments imprimés en 3D à l’OSO

Une première mondiale fera vibrer l’hôtel de ville d’Ottawa : huit instruments imprimés en 3D résonneront au sein d’un orchestre lors d’un concert, le dimanche 4 novembre.

L’Orchestre symphonique d’Ottawa (OSO) lancera ainsi sa saison 2018-2019 sur une note novatrice. Des ensembles musicaux ont déjà joué avec un instrument imprimé, mais les intégrer dans un orchestre et présenter le tout devant public n’a jamais été fait, affirme Alain Trudel. Le directeur musical et chef d’orchestre déborde d’enthousiasme ; avec cette nouveauté, l’ensemble veut « expérimenter un peu ». « Tous les orchestres parlent de ça à travers le monde : “comment se renouveler ?”, avance-t-il. On a décidé de créer un événement où on voulait marier l’innovation technologique avec l’innovation sociale. Ce qui se fait à la fine pointe de la technologie, c’est souvent des objets créés en 3D. On s’est dit : “Pourquoi pas des instruments ?” »

« Il y a aussi une sorte de décorum que les gens qui s’occupent des orchestres ont un peu malmené. Ça garde une distance avec le public. Nous, on essaie de briser ces barrières pour que les gens se sentent plus à l’aise de venir découvrir cet orchestre-là. »

Quatre violons, deux altos et deux violoncelles da spalla, soit des petits violoncelles maniés contre la poitrine, tous partiellement faits de plastique, changeront temporairement le visage de l’orchestre. Une subvention reçue du Conseil des arts du Canada a permis que le projet soit lancé. Il y a un an, la firme gatinoise Creadditive et la luthière Charline Dequincey ont fait le premier design à partir d’un scan de l’un de ses violons. Les pièces étaient ensuite imprimées à l’Industrial Technology Centre de Winnipeg, puis envoyées à Ottawa pour que Charline Dequincey les assemble et que les musiciens de l’OSO en fassent l’essai.

Le directeur musical de l’Orchestre symphonique d’Ottawa, Alain Trudel, essaie d’innover autant socialement que technologiquement.

Il aura fallu quelques prototypes et plusieurs expéditions Winnipeg-Ottawa – on disait entre autres des prototypes qu’ils étaient trop lourds – pour trouver la bonne composition. Au final, des cordes et des pièces traditionnelles complètent les caisses de résonance et les manches de polymère, dont l’impression aura pris entre 110 et 150 heures pour chaque instrument.

« On ne compare pas ça à un violon de Stradivarius ! blague Alain Trudel. C’est un autre instrument. C’est un son beaucoup plus compact et qui est très, très centré. Il est très juste, aussi. Il n’a pas l’écho de la chambre de bois des violons normaux. »

Musicalité polymère

Comme deuxième volet du projet, le compositeur Harry Stafylakis a été appelé à mettre en valeur la « musicalité polymère » des instruments. Sa pièce Singularity (pour ensemble à cordes imprimé en 3D et orchestre) sera interprétée pour la première fois lors du concert du 4 novembre, à la toute fin d’un bouquet de compositions signées Jean Féry Rebel, Jeffrey Ryan, Frank Zappa et Edgard Varèse.

Le concert, qui débutera à 12 h 30, sera précédé d’une première partie pendant laquelle des petits groupes de musiciens éparpillés dans l’hôtel de ville joueront du Bach. Les spectateurs pourront butiner d’une prestation à l’autre et observer – et écouter – de près les violons de plastique.

Les créations de polymère feront d’autres apparitions dans la saison de l’OSO. Une clarinette imprimée, conçue par le candidat au doctorat Robert Hunter, s’ajoutera également à la section des bois dans les prochains concerts.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Dimanche 4 novembre, de 11 h 30 à 12 h 30 et de 12 h 30 à 14 h

Où ? Hôtel de ville d’Ottawa

Renseignements : ottawasymphony.com