L’intimidation ne se manifeste pas uniquement sur la ligne de piquetage de l’ABI. Des cadres auraient reçu de la visite à leur résidence personnelle alors que des feux d’artifice ont été tirés dans la nuit de mercredi à jeudi.

Des cadres de l'ABI réveillés par des feux d'artifice

Trois-Rivières — Des cadres de l’ABI auraient été victimes d’intimidation à leur résidence personnelle au cours de la nuit de mercredi à jeudi.

Selon ce que Le Nouvelliste a pu apprendre, des feux d’artifice ont été déployés devant leur résidence, ce qui a non seulement eu pour effet de réveiller les personnes visées mais aussi tout le voisinage. Sur les réseaux sociaux, certains ont même raconté avoir cru au départ qu’il s’agissait de coups de fusil.

Les événements en question seraient survenus au beau milieu de la nuit à Trois-Rivières, dans les secteurs de Cap-de-la-Madeleine et de Trois-Rivières-Ouest. Des feux d’artifice ont ensuite été allumés peu après 3 h à Bécancour. Tandis que des gens du voisinage s’inquiétaient sur les réseaux sociaux de la raison d’être de ces feux en pleine nuit, la conjointe d’un cadre de l’ABI s’est finalement dite désolée pour le dérangement. Elle a rassuré tout le monde en précisant que c’est sa maison qui était visée pour ensuite écrire qu’il s’agissait d’une «job de syndiqués de l’ABI». Une fourgonnette aurait même été aperçue par des gens en train de fuir le secteur à toute vitesse après la pétarade.

À la Sûreté du Québec, on confirme avoir reçu un appel vers 3 h 15 pour des feux d’artifice dans le secteur de Sainte-Angèle-de-Laval. Aucun suspect et/ou contrevenant n’a été interpellé pour l’instant. On rappelle que l’usage de feux d’artifice n’est pas un crime. Par contre, il peut y avoir des infractions aux règlements municipaux, comme par exemples faire usage de feux d’artifice sans avoir obtenu un permis de la municipalité, avoir troublé la paix et l’ordre public et passer à pied sur une propriété privée sans avoir obtenu une autorisation du propriétaire ou de l’occupant. Toutes ces infractions sont passibles d’une amende de 100 $ chacune. La SQ évalue aussi la possibilité d’intimidation et d’intrusion de nuit en vertu du Code criminel.

À la Sécurité publique de Trois-Rivières, on précise avoir reçu un seul appel pour des feux d’artifice dans le secteur Cap-de-la-Madeleine vers 2 h 30. Ce sont les résidants eux-mêmes qui ont contacté les policiers mais uniquement dans le but de faire un signalement aux policiers. Aucune plainte n’a été portée. La police n’entend donc pas ouvrir un dossier et faire une enquête. Aux yeux des autorités policières, il s’agit d’une infraction qui consiste à troubler la paix. Sans plainte formelle, on ne peut pas parler d’intimidation sur un plan criminel.

L’agente Carole Arbelot, porte-parole de la police de Trois-Rivières, ne cache pas que cet événement semble avoir un lien avec le conflit à l’ABI. «À notre niveau, nous restons vigilants. Nous savons que plusieurs événements sont survenus dans le cadre de ce conflit. Toutefois, c’est la première fois que nous sommes informés de l’utilisation de feux d’artifice», a-t-elle précisé.

Le Syndicat des métallos a pour sa part refusé de faire des commentaires, rappelant que Clément Masse concentrait ses énergies dans les négociations. De son côté, la direction de l¹Aluminerie de Bécancour a fait preuve du même laconisme via un courriel: «La direction de l’Aluminerie de Bécancour continuera de travailler avec le syndicat pour négocier une convention collective équitable et concurrentielle, mais les manifestations de la partie syndicale à l’extérieur des maisons de certains cadres imposent un stress non nécessaire au processus de négociation.»

Depuis le début du conflit, bon nombre d’événements sont survenus de part et d’autre, dont plusieurs qui ont entraîné le dépôt de plaintes aux policiers ou encore, qui ont nécessité des interventions. Et ce, c’est sans compter tous les démêlés judiciaires qui se poursuivent au civil.

Des plaintes ont notamment été acheminées à plusieurs reprises en lien avec des incidents survenus sur la ligne de piquetage comme des voies de fait et des méfaits sur des véhicules. Des enquêtes ont aussi été entreprises pour vol d’information et intimidation.

De même, un agent de sécurité embauché par l’ABI, José Da Sylva, fait face à des accusations de voies de fait contre deux employés de l’usine et de menaces de mort contre un troisième, à la suite d’événements survenus sur la ligne de piquetage en mars dernier. Il devrait subir son procès le 25 juin 2019.