Déclaré coupable d’agressions sexuelles, un coiffeur français fuit la justice

Trois-Rivières — Tout juste avant de recevoir sa sentence pour des agressions sexuelles, Cedric Maïorana, un coiffeur de Shawinigan, aurait fui la justice canadienne pour retourner en France, son pays d’origine.

Cet individu, qui était propriétaire du salon Alonzo jusqu’à tout récemment, devait en effet revenir au palais de justice de Shawinigan, jeudi matin, au stade des plaidoiries sur sentence. Or, il ne s’est jamais pointé. Comme des informations laissaient croire qu’il avait plié bagages, son avocat, Me Serge Milette a tenté de le rejoindre au téléphone mais sans succès. Il s’est donc rendu directement au salon de coiffure pour y apprendre que le coiffeur venait en effet de vendre son commerce et que selon toute vraisemblance, il serait retourné vivre en France avec sa femme et ses enfants.

Me Milette a plus tard expliqué au juge Jacques Trudel que la problématique dans cette affaire est que son client est un citoyen français et que pour résider au Québec, il doit renouveler son statut aux cinq ans. Il projetait d’ailleurs de reporter les plaidoiries à une autre date pour justement poursuivre ses démarches auprès du ministère de l’Immigration sur le statut de son client et les conséquences d’une condamnation.

Notons par ailleurs que comme les accusations avaient été portées par voie de procédure sommaire et non par acte criminel et que sa comparution avait eu lieu par sommation, aucune condition ne lui avait été imposée. Son passeport ne lui avait donc pas été retiré, d’autant plus que sa femme et ses enfants vivaient ici.

Le juge a ordonné qu’un mandat soit émis contre lui avec exécution immédiate au Canada. La cause a été reportée au 28 janvier. Des décisions seront alors prises sur la suite des choses à la prochaine date. Si le coiffeur brille toujours par son absence, une sentence pourrait être prononcée. La procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, a aussi pris soin d’informer le tribunal que l’une des plaignantes voulait se faire entendre sur les conséquences.

Quant à savoir si le coiffeur pourrait être rapatrié au Québec advenant une peine de prison, il est encore trop tôt pour le savoir, bien que ça semble peu probable compte tenu qu’il a été déclaré coupable sur des infractions portées par voie sommaire.

Cedric Maïorana

Sa présumée fuite a grandement choqué les deux victimes. «Ça me révolte. Je trouve ça tellement plate. Nous avons fait toutes ces démarches pour qu’en bout de ligne, il n’ait rien. Il s’en lave les mains. Les gens doivent savoir qui il est pour que des gestes comme il a fait ne se reproduisent», a raconté l’une des victimes.

Sa sœur, également victime, déplore qu’après un long processus judiciaire et un procès où elle a dû témoigner, cette cause demeure aujourd’hui en suspens alors que l’issue était proche. «On ne peut pas tourner la page et fermer le dossier. On aimerait tellement ça que ça soit derrière nous», a-t-elle précisé.

Les agressions ont été commises en septembre 2017 au salon de coiffure dont il était le propriétaire. Il a tout d’abord fait appel à l’une des deux sœurs pour lui proposer d’être mannequin dans le cadre d’un défilé qu’il organisait. Or, bien qu’il savait pertinemment qu’il n’allait pas l’engager (il l’a admis lors du procès), il lui a demandé de se déshabiller, d’enlever son soutien-gorge et a ensuite insisté pour prendre ses mensurations avec un fil électrique, en lui rappelant que si elle voulait être mannequin en France, elle devrait mettre sa gêne de côté. Celle-ci n’a ensuite plus eu de nouvelles de lui.

Deux semaines plus tard, sa sœur s’est rendue à un entretien d’embauche au salon de coiffure pour un poste de réceptionniste. Après cette rencontre, Cedric Maïorana lui a proposé de lui faire un massage de la tête pour ensuite glisser ses mains sur ses seins et lui toucher les parties génitales sous son pantalon.

«J’ai figé; je paniquais! Je lui ai demandé d’arrêter mais je n’ai pas su quoi faire. J’ai ensuite texté ma sœur pour la mettre en garde contre cet homme. J’ai plus tard décidé de porter plainte. Et compte tenu de ce qu’il avait fait à ma sœur, elle a également pu porter plainte» a-t-elle raconté.

Les deux plaignantes ont avoué avoir été manipulées.

«Ce n’est que plus tard que nous avons réalisé que c’est à cause de lui que nous sommes rendues là. C’est lui le manipulateur», ont-elles conclu.