Guy Parent avait été élu plus bel homme du Canada lors d’un concours organisé par Lise Payette.

Décès de Lise Payette : le plus bel homme du Canada se souvient

Guy Parent, ce Chicoutimien qui avait été désigné en 1972 le plus bel homme du Canada dans un concours organisé par Lise Payette, se souvient d’elle comme une femme très agréable avec qui il avait entretenu des rapports cordiaux.

Alors qu’elle était l’animatrice de l’émission Place aux femmes à Radio-Canada, de 1967 à 1975, Mme Payette avait pris l’habitude de couronner en ondes le jour de la Saint-Valentin, le plus bel homme du pays. L’honneur a été accordé à des hommes comme Jacques Bouchard, Jacques Boulanger, Jean-Guy Cardinal, Bernard Derome, Léo Ilial, Pierre Lalonde et M. Parent. Le concours fonctionnait par candidatures soumises.

M. Parent affirme que le concours avait probablement été organisé par Mme Payette, une féministe de la première heure, comme réponse aux concours mettant en valeur les attributs féminins.

M. Parent avait joué le jeu. Il se souvient qu’à l’époque, seulement deux personnes de l’extérieur du Québec figuraient sur la liste.

Dans l’année qui avait suivi son couronnement à la Place des arts et qui lui a permis de gagner une voiture et des vêtements pour une année complète, Mme Payette lui téléphonait aux deux ou trois mois, parfois directement en ondes. « Elle m’agaçait un peu et me disait qu’elle suivait son homme. C’était une femme très agréable et solide », se souvient-il.

M. Parent affirme avoir eu du plaisir à discuter avec elle, même si les communications ont cessé avec elle dans l’année suivante alors qu’elle débutait l’animation de l’émission Appelez-moi Lise. Propos recueillis par Denis Villeneuve

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JACQUES BRASSARD: «COURAGE ET FERMETÉ»

Jacques Brassard a côtoyé Lise Payette lors du seul mandat de la dame au gouvernement du Québec, mais il a eu le temps de voir une femme déterminée à mener à terme ses mandats.

Mme Payette et M. Brassard ont fait partie du gouvernement de René Lévesque de 1976 à 1981. La première avait été nommée ministre dès son arrivée en politique, tandis que le second avait fait son entrée au Conseil des ministres uniquement en 1984, à son troisième mandat. Il a aussi été whip en chef en 1980.

Jacques Brassard était donc aux premières loges lorsque Lise Payette a travaillé à implanter une assurance-automobile gérée par l’État

« Elle l’a fait avec beaucoup de fermeté, d’autant plus que ça n’a pas été facile en raison du lobby des assureurs privés qui s’est levé contre cette mesure, a rappelé l’ex-politicien d’Alma. Je ne dirais pas qu’elle en a fait une guerre, mais elle a pris tous les moyens pour que ce soit approuvé par l’Assemblée nationale. Elle l’a fait avec courage, avec détermination. C’était une femme déterminée avant même d’arriver au gouvernement, quand elle s’occupait, entre autres, du statut de la femme au sein de la société québécoise. Cette fermeté et ce courage, elle l’a démontré pleinement lorsque M. Lévesque lui a confié des mandats difficiles. Elle a réussi à les mener à bon port. » Propos recueillis par Jonathan Hudon

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MARC-ANDRÉ BÉDARD: «UNE FEMME DE CONVICTION»

L’ex-ministre de la Justice du Québec, Marc-André Bédard, a fait ses premiers pas au conseil des ministres du gouvernement Lévesque en compagnie de Lise Payette. Il conserve de cette femme énergique le souvenir d’une élève studieuse qui ne laissait rien au hasard malgré la complexité des réformes qu’elle a dirigées.

« Ça s’est peu dit aujourd’hui, mais l’une de ses grandes qualités était d’identifier rapidement les problèmes. Une fois identifiés, elle passait très rapidement aux solutions puisqu’elle considérait qu’il était inutile de s’éterniser sur la situation », se rappelle Marc-André Bédard.

Il se rappelle aussi d’une femme très respectueuse des responsabilités de ses collègues à la table du conseil des ministres. Ce fut le cas lorsque le député de Chicoutimi, qui était procureur général de la province, a décidé de ne plus accepter les plaintes contre le docteur Henry Morgentaler, une décision majeure dans la lutte des femmes pour la décriminalisation de l’avortement.

« Jamais, a insisté M. Bédard, Lise Payette, malgré ses convictions féministes, n’a tenté quoi que ce soit pour influencer la décision. Elle a respecté l’indépendance de son collègue procureur général en raison de la séparation du pouvoir judiciaire de l’exécutif. »

« Elle était une femme de conviction qui se réalisait dans l’action. Elle prenait un dossier et le menait à terme. Chaque fois qu’elle intervenait au conseil, elle avait fait ses devoirs. Malgré tout le sérieux, elle était capable d’un peu de comique pour illustrer une situation », poursuit M. Bédard.

Il est impossible de parler à un ex-collègue de Mme Payette sans revenir sur l’épisode des Yvette. « Ce fut un coup dur pour nous tous. L’effet a peut-être été de nous faire échapper la majorité chez les francophones. Mais ce n’est pas la cause de la défaite au référendum. Je crois que nous aurions quand même perdu, mais avec une majorité chez les francophones. »

« On a souvent laissé entendre qu’elle n’avait pas la solidarité de ses collègues au conseil des ministres. L’affaire des Yvette a démontré que c’était le contraire. Elle a fait une erreur et ça peut arriver à tout le monde et M. Lévesque et les autres ministres ont serré les rangs », a conclu Marc-André Bédard. Propos recueillis par Louis Tremblay