La coroner Pascale Boulay recommande au CISSSO de « revoir l’analyse du dossier » de Roxanne Leduc.

Décès après des mois d’attente pour un rendez-vous

Une coroner recommande au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) de revoir le dossier d’une jeune femme ayant été placée sur une liste d’attente pour obtenir un suivi en santé mentale qui s’est finalement suicidée sur l’autoroute 50 avant d’obtenir son premier rendez-vous.

Roxanne Leduc, 27 ans, a perdu la vie après avoir provoqué de manière volontaire une collision « à haute vélocité » entre sa voiture et un mur de roches de l’autoroute 50, à la hauteur de Papineauville, au petit matin le 15 septembre 2016.

La jeune femme, qui habitait auparavant en Estrie, avait des antécédents suicidaires, relate la coroner Pascale Boulay dans un rapport rendu public vendredi. Elle était suivie depuis son adolescence pour des problèmes de santé mentale, de dépendance et de consommation – jeu de hasard, alcool et drogue.

Mme Leduc s’est établie seule en Outaouais au printemps 2016, pour des raisons professionnelles. Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Pommeraie, où elle était suivie en santé mentale, présente en mai 2016 « une demande de transfert inter établissement » pour un suivi en Outaouais.

« La demande de service n’est pas jugée comme une priorité urgente », note la coroner. Son dossier est donc placé sur la liste d’attente. Après un premier contact, un rendez-vous est fixé pour le 21 septembre 2016.

Mais le 7 septembre, l’intervenante psychosociale reçoit une fiche d’appel de la ligne Info-Social faisant mention d’une intervention policière auprès de Roxanne Leduc « pour des propos suicidaires à ses proches ». Le lendemain, la jeune femme communique avec le CISSSO pour connaître le statut de sa demande de service. Une infirmière en santé mentale lui laisse un message vocal le 14 septembre pour confirmer que le premier rendez-vous aura lieu la semaine suivante. Elle s’est enlevée la vie six jours avant ce rendez-vous.

« L’évaluation du risque suicidaire est ponctuelle, toutefois les déclarations recueillies par les enquêteurs confirment que Mme Leduc a partagé à des proches qu’elle se sent épuisée et impuissante face à son état depuis son arrivée en Outaouais, lit-on dans le rapport de Me Boulay. Le délai d’attente de quatre mois pour un premier rendez-vous [en Outaouais] peut sembler court. Toutefois, dans un contexte de risque suicidaire modéré à élevé pour une personne fragile et isolée avec des dépendances aussi sévères, ce délai m’apparaît un peu long. Je m’étonne donc de la décision de la placer sur la liste d’attente. »

Me Boulay se dit également « étonnée » que la date du premier rendez-vous n’ait pas été reconsidérée après l’intervention policière du 7 septembre. « On peut présumer que l’appel de Mme Leduc était un certain appel à une aide immédiate, écrit la coroner. Sinon, pourquoi s’est-elle préoccupée du suivi de sa demande le lendemain d’une intervention policière où il y a eu justement allégation de propos suicidaires ? Ce n’est pas une coïncidence. »

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La veille de son décès, Mme Leduc s’est rendue seule dans un bar, en fin de soirée. « Elle y consomme quelques bières et joue au vidéopoker jusqu’à 3 h, heure où elle quitte les lieux. Des messages vocaux extraits de son téléphone révèlent sa décision de mettre fin à ses jours au moyen de son véhicule alors qu’elle roule sur l’autoroute 50. »

Me Boulay recommande ainsi que le CISSSO « revoie l’analyse du dossier […] à la suite de la demande de suivi en santé mentale du CSSS de la Pommeraie, en mai 2016, et suite à l’intervention policière du 7 septembre 2016, et apporte les correctifs requis le cas échéant ». 

Le CISSSO n’a pas voulu émettre de commentaire, mais entend « donner suite » à cette recommandation.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas appeler au 1-866-APPELLE (277-3553).