Les premiers tournesols de Joany Brodeur et Martin Vallée sont en pleine floraison.

De la vie urbaine à l'agriculture bio: une aventure haute en couleur

Intense. C’est le qualificatif qu’utilisent les ex-Montréalais Joany Brodeur et Martin Vallée pour décrire le virage à 180 degrés qui les a menés à se lancer, il y a à peine quelques mois à Bromont, dans la culture de tournesols bio. Pour boucler la boucle, les parents de deux bambins ont également démarré une entreprise de transformation afin d’extraire l’huile des graines de la « fleur soleil ».

Après quelques années passées dans l’effervescence urbaine, le couple était mûr pour un changement de cap. « On voulait un retour à la source, une meilleure qualité de vie. On cherchait un projet de vie en agriculture. [...] La terre, c’est une histoire d’amour », a confié Joany.

En fait, le duo ne part pas d’une feuille blanche avec l’Huilerie l’Arôme des champs et la culture de tournesols, car la mère de Joany et son beau-père se spécialisent dans l’agriculture bio, à Bromont, depuis plus de deux décennies.

Le déclic de suivre leurs traces s’est fait en janvier dernier lorsque les jeunes entrepreneurs ont eu l’opportunité d’acquérir les équipements, la clientèle et la production de tournesols bio (2018) de la compagnie Moulin des cèdres, pionnière dans ce créneau.

« Acheter une entreprise reconnue qui a déjà un bon chiffre d’affaires, c’est extraordinaire. On se sent vraiment privilégiés », a indiqué Joany.

Tourbillon

Depuis leur rencontre à Gatineau il y a cinq ans, la vie de Joany et Martin fut un véritable tourbillon. Après avoir résidé successivement à Toronto puis à Montréal, le couple a fondé une famille. La suite de l’histoire tient de l’exploit.

« En janvier, avec deux bébés de moins de deux ans, on a décidé de faire le grand saut. On a dû rénover notre maison, la mettre à vendre pour déménager à Bromont. En parallèle, on a démarré notre entreprise [de transformation] à distance. Dans 10 ans, on se dira qu’on a été fous et naïfs », a lancé en riant la jeune femme de 35 ans.

Son âme sœur avoue néanmoins avoir eu « le vertige » à quelques reprises en entamant cette transition. « C’est déstabilisant, mais il faut foncer. On fait confiance à la vie. Le risque est quand même calculé », a dit l’informaticien.

Échelle humaine

Conscientisée depuis son enfance aux bienfaits de l’agriculture bio et aux motivations de ceux qui la pratiquent, Joany ne se voyait pas emprunter une autre voie.

« Faire de l’agriculture bio amène une énorme plus-value aux aliments ou aux dérivés. Il y a une grande fierté de mener le produit de la semence à la tablette. Et en faisant le projet en famille, ça amène aussi beaucoup d’effervescence. »

Durant le démarrage de l’entreprise, Martin a l’intention de continuer à travailler dans son domaine. Il intégrera graduellement les opérations au sein de la compagnie. De son côté, Joany s’occupe de la production d’huile de tournesol, à raison d’environ un baril (140 litres) par jour, dans un bâtiment attenant aux installations de la ferme de sa mère et son beau-père, aux abords du chemin Darcy à Bromont.

Elle fait d’ailleurs appel à leur expertise en sous-traitance pour les travaux sur le lopin de terre qu’elle leur loue, situé près du chemin de Granby. Les entrepreneurs peuvent également compter sur l’appui du propriétaire du Moulin des cèdres, qui les accompagne dans le lancement de la compagnie. « Loïc [Dewarin] veut que son projet continue et que les produits demeurent de très haute qualité », a fait valoir Joany.

En ce sens, l’Huilerie l’Arôme des champs presse son huile de tournesol à froid. « Ça permet de garder toutes les propriétés du produit », a mentionné celle qui dirige l’entreprise.

Par la suite, l’huile extraite est filtrée par décantation afin d’éliminer les impuretés. Elle est ensuite embouteillée. Tout le processus de transformation est géré par Joany.

Projets

Être à la tête d’une grande entreprise ne figure pas dans les plans du couple. « On ne s’est pas mis de limite. Mais l’échelle humaine est très importante », a indiqué Martin.

Étant donné la renommée des produits de son prédécesseur, l’Huilerie l’Arôme des champs a déjà un bon bassin de clients dans la région de Montréal. « Il nous reste à développer un bon réseau local, entre autres avec les restaurants d’ici. Il y a aussi [des débouchés] dans les cosmétiques », a spécifié Joany.

Même si l’entreprise est jeune, les projets ne manquent pas. Dès septembre, une boutique à la ferme ouvrira ses portes. Étant membre de la coopérative Agrobio, l’Huilerie l’Arôme des champs offrira toute une gamme de produits bio: farine, flocons d’avoine, pois, avoine nue, son, germe de blé et, évidemment, l’huile de tournesol, pour n’en nommer que quelques-uns.

Dans la foulée du mouvement « zéro déchet », l’entreprise propose également le remplissage d’huile dans des contenants réutilisables de 10 litres ou de 20 litres. Elle offrira sous peu cette option pour des récipients de 5 litres vendus sur place.

Consciente de l’attrait d’un champ de tournesols auprès du public, Joany s’en remet au civisme de la population. « Merci de me laisser grandir pour vous donner une bonne huile bio!, peut-on lire sur une pancarte à proximité des milliers de plants de fleurs au jaune éclatant. Par contre, j’adore être la vedette sur vos photos. »