En compagnie de son collègue Steven MacKinnon à la Chambre des communes à Ottawa, le ministre Jean-Yves Duclos (à droite) a arpenté, vendredi, la grande cour de Chantier Davie à Lévis en compagnie d’un travailleur.

Davie: 610 M$ d'Ottawa pour trois brise-glaces

Après sept mois de négociations «longues et dures», de l’avis de Davie, le chantier maritime de Lévis décroche enfin son contrat pour la conversion de trois brise-glaces pour la Garde côtière.

Accompagné de Steven MacKinnon, le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics, de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité, Carla Qualtrough, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement et député de Québec, Jean-Yves Duclos, a annoncé, vendredi, l’attribution d’un contrat de 610 millions $ à Chantier Davie pour l’acquisition de trois brise-glaces norvégiens et l’exécution des travaux sur le premier des trois navires afin de le préparer à fendre les glaces dès l’hiver prochain dans la région des Grands Lacs et sur les voies de navigation du Saint-Laurent.

Les trois brise-glaces appartenant à la société Viking — le MS Tor, le MS Vidar et le MS Balder — ont quitté la Scandinavie, ces dernières heures, pour mettre le cap sur Lévis.

«Une fois que le gouvernement du Canada aura examiné les navires et déterminé les travaux à effectuer pour leur mise en service, il sera en mesure de savoir s’il y aura des coûts supplémentaires», a précisé le ministère des Services publics, de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité dans un communiqué de presse.

Ce contrat devrait permettre à Davie de maintenir au boulot 200 travailleurs au cours des deux prochaines années. Comme le rapportait Le Soleil à la fin du mois de juillet, le constructeur ne compte plus que 400 employés alors que sa force de travail atteignait pas moins de 1500 personnes au moment du départ du navire ravitailleur Asterix en janvier 2018.

Trois brise-glaces, pas quatre

Il faut se rappeler qu’en janvier dernier, le premier ministre Justin Trudeau avait annoncé le début des négociations entre la Garde côtière et Davie pour la location de quatre brise-glaces.

Puis, le 22 juin, la ministre Qualtrough indiquait que le gouvernement avait l’intention de retenir les services de Davie pour l’acquisition et la conversion de trois brise-glaces commerciaux — et non pas quatre comme le proposait l’entreprise maritime — et elle accordait un délai de 15 jours aux autres soumissionnaires pour présenter une solution comparable à celle proposée par le chantier lévisien.

De toute évidence, personne n’a levé la main à la suite d’une «consultation approfondie avec l’industrie», fait savoir le ministère.

Le ministre Duclos a précisé, vendredi, que les besoins de la Garde côtière étaient de trois brise-glaces de taille moyenne et c’est pourquoi le quatrième — le plus gros et celui qui aurait procuré le plus d’emplois aux gars et aux filles de la Davie — n’avait pas été retenu.

Évidemment, ce gros brise-glace polaire, le propriétaire de Davie et ses travailleurs ont prié fort pour qu’il soit inclus dans la commande du fédéral.

«Si la Garde côtière estime qu’il ne s’agit pas d’une priorité, il faut respecter sa décision», a indiqué Spencer Fraser, le directeur général de Federal Fleet Services, une compagnie soeur de Davie au sein de la société de portefeuille Inocea. «Sa priorité, c’est de régler, de toute urgence, des problèmes récurrents de déglaçage dans les eaux canadiennes afin d’assurer le déplacement sécuritaire des navires et, pour cela, elle a besoin de nos brise-glaces. Pour nous, ce contrat, c’est comme un pont pour l’avenir.»

Pour sa part, la présidente du Conseil central de la CSN pour les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, Ann Gingras, déplorait le fait qu’Ottawa a choisi de repousser l’idée d’un brise-glace polaire qui aurait permis le maintien de 800 emplois. «Avec son carnet de commandes qui se vide, Davie en aurait bien eu besoin de ce contrat.»

Le MS Tor, le MS Vidar et le MS Balder

La part du Québec

Le premier navire devrait entrer en service d’ici la prochaine saison de déglaçage, qui débutera en décembre 2018. Les deuxième et troisième bateaux seront convertis, remis à neuf et pourront appuyer la Garde côtière d’ici l’hiver 2020.

Au cours de la conférence de presse, les élus fédéraux ont confirmé que le gouvernement s’apprêtait à revoir de fond en comble la Stratégie nationale de construction navale (SNCN) élaborée à l’époque par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Alors dans une mauvaise passe financière, Davie s’était fait damer le pion par Irving Shipbuilding et Vancouver Shipyards.

«Cette fois, nous voulons en faire partie, car nous représentons 50% de la capacité de la construction navale au pays», a fait valoir Spencer Fraser, en mentionnant «qu’au moins une douzaine de brise-glaces de la Garde côtière devront être remplacés au cours des prochaines années.»

Jean-Yves Duclos a tenu à rassurer ses hôtes.

«Au cours des prochains mois et des prochaines années, il y a aura des opportunités pour Davie», a-t-il indiqué en rappelant que les besoins de la Garde côtière et de la Défense nationale avaient augmenté de façon significative.

Il a tenu à préciser que le contrat de 610 millions $ accordé à Davie n’était pas un «cadeau». Pour lui, le chantier a fait la démonstration avec l’Astérix qu’il pouvait sortir des sentiers battus et respecter les temps et les budgets.

«Avec l’annonce d’aujourd’hui (vendredi), nous doublons la valeur totale des contrats de construction navale effectués au Québec», a martelé le ministre. «Elle s’élève à 1,3 milliard $, soit 17 % des 8,1 milliards $ accordés aux chantiers maritimes canadiens dans le cadre de la SNCN.»