Le directeur général de la papeterie Kénogami, Stéphane Deshaies, a remis à Roger Malaison une plaque souvenir pour souligner les 43 ans de service du papetier et son engagement envers la communauté.

Dans son royaume... 32 ans plus tard

Malgré ses 90 ans, Roger Malaison avait les yeux d’un gamin à qui l’on offre un camion de pompier quand il a revu, pour la première fois depuis 1987, la machine à papier numéro 7 de la papeterie de Produits forestiers Résolu (PFR) à Kénogami. La direction lui avait offert une visite organisée pour souligner son anniversaire de naissance.

Celui que l’on pourrait facilement désigner comme le « roi de Kénogami » a vécu sa part d’émotions tout au long de cette visite supervisée par le directeur de l’usine, Stéphane Deshaies. Le patron de l’endroit a rapidement compris le statut de cet acadien d’origine, quand un travailleur a tenu à serrer la main du nonagénaire et à lui dire « qu’il avait beaucoup entendu parler de lui ».

À son entrée à la papeterie Kénogami en 1944, 1200 travailleurs oeuvraient sur les machines à papier et la machine à carton. À cette époque, l’usine produisait tout au plus 200 000 tonnes de papier par année.

Roger Malaison, le «roi de Kénogami», a eu droit à un retour dans on ancien royaume des machines 6 et 7 de la papeterie Kénogami. Résolu a organisé une visite spéciale pour celui qui a eu son mot à dire dans la transformation de la machine numéro 7 qui a permis à l’usine de survivre à la décroissance de l’industrie du papier.

Roger Malaison est toujours en bonne forme, comme la vieille machine numéro 7. Il a grandement contribué à la sauver au début des années 1980. À cette époque, la papeterie avait du plomb dans l’aile alors que les Scandinaves faisaient la pluie et le beau temps dans le marché mondial du papier.

« J’étais en voyage avec ma femme en Hollande avec un couple d’amis. Au restaurant, un soir, ça parlait de papier en anglais à la table à côté de nous. Je me suis informé, et on m’a expliqué qu’il y avait une usine pas très loin du restaurant », raconte Roger Malaison, avec son franc parlé habituel.

Il n’en fallait pas plus pour que le papetier prenne la route, à 22 h le soir, en suivant les consignes des voisins de table. « Je suis arrivé dans un complexe, raconte-t-il. J’ai ouvert la porte et je me suis retrouvé devant une machine à papier. Le contremaître a été d’une grande gentillesse et m’a fait faire une visite guidée de l’usine. »

Photo Mariane L. St-Gelais

Roger Malaison, qui a travaillé à tous les échelons sur les machines 6 et 7, a rapidement constaté que le papier produit dans cette usine hollandaise était différent. Il s’agissait d’un papier lustré et plus lourd. Avant de quitter les lieux, le contremaître a fait préparer pour ses visiteurs des échantillons que Roger Malaison a soigneusement placés dans ses valises pour son retour au pays. « On avait une rencontre avec des représentants du bureau des ventes de New York à l’usine. Je leur ai montré les échantillons de papier que j’avais ramenés. Ils ont dit que si l’usine était capable de produire le même papier, il serait vendu d’avance à gros prix. Notre chimiste a fait les tests et découvert qu’il contenait presque 30 % de glaise », se rappelle l’ex-maire de Kénogami.

L’idée a fait son chemin. L’entreprise a procédé à la modernisation de la machine à papier numéro 7 avec des modifications à l’entrée et à la sortie. Des supercalendres ont été construites juste à côté pour donner le fini lustré à la feuille, et ainsi obtenir les grades de papier haut de gamme qui ont permis à l’usine de Kénogami de survivre à la décroissance de l’industrie du papier journal.

Dans tous les coins

Roger Malaison ne s’est pas contenté d’une visite symbolique, jeudi, à Kénogami. Il a grimpé les marches des différentes sections de la machine à papier. Il a bien observé les équipements et a été en mesure de comprendre les modifications apportées à la machine depuis son départ à la retraite, après 43 ans de service. De son propre aveu, la machine à papier numéro 7 d’aujourd’hui est bien différente, avec sa panoplie de contrôles informatisés qui permettent de maintenir une bonne cadence, en conservant la qualité des 125 000 tonnes de production sur une base annuelle.

Roger Malaison a rencontré des dirigeants et des travailleurs actuels de l’usine de Résolu à Kénogami.

« J’ai bien vu qu’on accordait aujourd’hui une grande importance à la sécurité des travailleurs. Ce n’est pas moi qui vais les critiquer sur ce changement. Pendant ma carrière, j’ai vécu trois accidents mortels à l’usine. J’ai perdu un très grand ami, et ce n’est pas drôle à vivre », s’est souvenu le papetier, les yeux dans l’eau.

Il a aussi été témoin d’une évolution remarquable et est resté surpris de constater le confort de la cafétéria. « Quand je suis entré à l’usine en 1944, on mangeait sur des tables improvisées dans la poussière, à côté des machines. C’est finalement le syndicat qui a forcé la compagnie à nous organiser une salle de lunch avec des tables et ce qu’il faut pour faire chauffer notre manger. Mais ce n’était pas aussi confortable qu’aujourd’hui. »

La direction de l’usine a remis une plaque commémorative à Roger Malaison afin de souligner ses 43 ans de service et sa contribution à la communauté.

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L'USINE SUR LA BONNE VOIE

La direction de l’usine Kénogami voyait d’un bon oeil la visite de Roger Malaison pour souligner l’apport de ce travailleur alors que la dernière fois qu’il a été question de la papeterie, il s’agissait d’un accident de travail.

Le directeur général de l’usine, Stéphane Deshaies, a profité de la présence des journalistes pour confirmer que le travailleur blessé au bras se rétablissait et qu’il y aura probablement un élément positif qui sortira de ce drame qui a amené Résolu à cesser la production pendant six jours pour réviser ses façons de faire afin d’assurer la sécurité de ses employés.

« Le travailleur qui a été blessé était papetier, mais avait travaillé comme électricien sur la construction. Pendant son rétablissement, il est retourné en formation et si tout va bien, il reviendra à l’usine pour occuper un poste d’électricien. C’est ce que nous espérons », a expliqué Stéphane Deshaies.

L’usine a depuis souligné sa première tranche de 250 000 heures sans accident de travail. L’accent est en permanence mis sur cet aspect du travail, selon le directeur général.

L’avantage de Kénogami

L’avenir de l’usine est quant à lui lié au marché du papier haut de gamme. Kénogami affronte, sur le marché nord-américain, la machine géante de Port-Hawksbery, en Nouvelle-Écosse, les machines Irving au Nouveau-Brunswick ainsi que cinq machines en Europe. 

Le poids du papier SCA et SCA Plus donne un avantage à Kénogami. Le transport de ce papier à partir de l’Europe vers les marchés américains coûte cher. Kénogami, avec le chemin de fer qui donne accès aux grandes imprimeries des États-Unis, a donc un léger avantage.

Stéphane Deshaies est demeuré discret sur les projets en développement pour l’avenir de l’usine. Il a toutefois confirmé que la reconstruction de la caisse d’arrivée de la machine constituerait un investissement pour la production. Il s’agit d’un projet d’une quinzaine de millions de dollars.

L’autre défi est celui des copeaux qui se font de plus en plus rares. 

L’enjeu est de taille pour la stabilité des coûts de production.