La rue Shefford a subi une transformation importante dans les derniers jours, étant désormais à sens unique pour les automobilistes et avec la suppression de cases de stationnements.
La rue Shefford a subi une transformation importante dans les derniers jours, étant désormais à sens unique pour les automobilistes et avec la suppression de cases de stationnements.

Créer de l'espace et de l'ambiance sur une rue Principale est une bonne solution, selon des experts

Les projets de Sutton et de Bromont pour relancer l’activité commerciale sur leur rue Principale respective ont polarisé dernièrement la population active sur les réseaux sociaux. À Sutton, le projet de stationnement temporaire sur le site de l’ancienne usine Filtex et la suppression des cases sur la rue Principale ont attiré beaucoup de commentaires négatifs, tandis que l’accueil a été plus partagé à propos de la transformation de la rue Shefford, à Bromont, qui donne une place plus importante aux commerçants, aux piétons et aux cyclistes. Selon les experts consultés par La Voix de l’Est, ces deux municipalités ne font pas fausse route.

À LIRE AUSSI: Bromont métamorphose la rue Shefford

« Il ne faut pas oublier le contexte. Si tu fais ça, c’est que tu cherches à gagner de l’espace pour faire le maximum de choses à l’extérieur, observe Christian Savard, directeur général de Vivre en ville, une organisation qui accompagne les décideurs vers le développement de collectivités viables. Le but est de créer de l’espace et de l’ambiance afin que la rue Principale devienne un lieu attirant et sécuritaire. C’est l’objectif des nombreuses villes qui l’ont fait. Mais la ville n’obtient rien de plus si elle enlève le stationnement et élargit juste le trottoir sans agrandir les terrasses, sans un peu d’animation. Des fois on peut trouver que le jeu en vaut moins la chandelle. »


« Il me tarde, arrivant au cœur de Sutton, d’y être accueilli autrement que par deux enfilades d’automobiles stationnées. »
Richard Bergeron, urbaniste

Des terrasses agrandies, des étals sur les trottoirs et déjà l’ambiance est bonifiée. La rue devient alors comme un grand centre commercial où les consommateurs sont appelés à marcher et à faire du lèche-vitrine, plutôt que de ne faire qu’un arrêt dans une boutique précise avant de repartir.

Attachement au stationnement

Richard Bergeron, urbaniste à Montréal, chroniqueur à Radio-Canada Première et bien connu pour son implication politique pendant de nombreuses années, fait valoir que les consommateurs qui souhaitent se rendre à un commerce sur une rue sans stationnement marchent autant qu’en se stationnant près d’un centre commercial pour y faire des emplettes.

À Sutton, le stationnement temporaire de gravier, pour lequel l’appel d’offres sur invitation se terminait vendredi, se situe entre 100 à 200 mètres de la rue Principale Nord, d’après Google Maps, tandis que plusieurs espaces de stationnements sont disponibles dans le cœur villageois de Bromont.

L’enlèvement des cases de stationnement sur les rues Principale, au cœur de petites villes comme Sutton et Bromont, peut s’avérer très avantageux.

« Pour l’avoir vérifié à de multiples reprises, des espaces publics plus conviviaux, accueillants, confortables, sécuritaires, verts et j’en passe, finissent par être également plus prospères, explique par courriel M. Bergeron. Bien que certains types de commerces peuvent en souffrir, jusqu’à devoir déménager ailleurs : le pari, généralement tenu, est qu’ils seront rapidement remplacés par d’autres commerces mieux adaptés à la nouvelle configuration de l’espace public. Cette façon de voir m’apparaît tout à fait opportune pour le cœur commercial de Sutton. En fait, il me tarde, arrivant au cœur de Sutton, d’y être accueilli autrement que par deux enfilades d’automobiles stationnées. »

Richard Bergeron est même partisan de pérenniser le stationnement temporaire planifié à Sutton ainsi que la suppression des cases sur la rue, ce qui permettrait d’élargir de façon permanente les trottoirs de ciment.

Christian Savard, directeur général de Vivre en ville

Culture nord-américaine

Pourquoi certaines personnes tiennent tant aux stationnements sur rue ?

« Il y a quelque chose d’un peu irrationnel, poursuit Christian Savard. Quand on va dans les très grandes surfaces, on accepte souvent de faire ces longs déplacements-là. Un centre d’achat, c’est une rue Principale intérieure, mais on n’est pas stationné à côté d’un commerce. On dirait que, sur les rues Principale, on a le goût d’être directement à côté du trottoir, devant le commerce. C’est cette envie irrationnelle d’être le plus proche possible qu’il faut changer. La culture nord-américaine est très axée sur la voiture où c’est normal qu’elle prenne toute la place. Mais une rue Principale envahie de voitures n’a pas de plus-value. »

Certains commerçants se sont insurgés, à Bromont, de la disparition des stationnements sur la rue Shefford. Selon M. Savard, ce sont souvent les employés des commerces qui utilisent ces cases de stationnement sans parcomètre, faussant du même coup les données sur leur utilisation par les clients. M. Savard ajoute qu’il est important qu’il y ait une offre de stationnement ailleurs pour que ces solutions atteignent l’objectif.

Quant à la crainte de trafic accru sur la rue Western, à Sutton, le sujet n’a pas été abordé avec ces experts. Cependant, le directeur général de Sutton, Pierre Largy, assure qu’une signalisation sera ajoutée pour inviter les automobilistes à tourner à gauche sur cette rue, en sortant du stationnement, puis de revenir sur la rue Principale.

+

AJUSTEMENT DU PLAN DE RELANCE À SUTTON

Questionné par La Voix de l'Est mercredi à propos de rumeurs voulant que la Ville de Sutton recule dans son plan de relance, le maire Michel Lafrance a répondu qu’il ne s’agissait que de rumeurs et que la Ville était bien décidée à aller de l’avant avec son stationnement temporaire sur le site de l’ancienne Filtex. 

Vendredi, en milieu d’après-midi, un message du maire a été publié sur le site web et la page Facebook de la Ville, laissant entendre qu’il y a aura des changements.

Il rappelle que le plan de relance a été pensé et élaboré au début du déconfinement pour aider les citoyens à respecter les directives du gouvernement, mais aussi les commerçants à reprendre leur souffle.

Plusieurs scénarios auraient été étudiés pour déplacer les cases de stationnement enlevées sur la rue Principale. 

« Après analyse, l’ancien site de la Filtex s’avérait approprié pour une telle relocalisation temporaire. En effet, plusieurs scénarios ont été analysés et tous comportaient soit des problèmes, soit des refus. Depuis, les annonces quotidiennes de nouvelles directives du gouvernement nous indiquent que le déconfinement se fait de façon plus rapide que ce que nous avions initialement envisagé. À la lumière, à la fois des dernières informations sur la santé publique et des préoccupations exprimées quant à l’impact de ces nouveaux aménagements sur nos voies de circulation, j’ai demandé que le plan soit réexaminé. Je partagerai ce plan bonifié avec vous dès que possible. »

Consulter la population

Il ne s’avance pas sur l’avenir du projet de stationnement temporaire, mais réitère sa volonté de consulter la population et de poursuivre le travail de la table d’orientation du noyau villageois pour décider, notamment, de l’avenir du site de la Filtex.

Par ailleurs, une caractérisation environnementale complémentaire des sols du site a été réalisée jeudi. Ces tests visant à « compléter notre compréhension du panache de contamination du site » n’ont aucune influence sur le stationnement temporaire, conclut-il dans sa lettre. Cynthia Laflamme