Martin Paradis se portait bien, environ 24 heures après s’être écrasé avec son hydravion dans le secteur de Lac-Kénogami.

Crash d'hydravion: le survivant se considère «très chanceux»

Martin Paradis est conscient de la chance qu’il a eue. Survivant du crash de son hydravion Murphy Rebel qu’il a lui-même construit, le pilote a évité le pire, lundi après-midi, à Lac-Kénogami. Le vol, qui aura duré une quarantaine de secondes seulement, aurait pu être son dernier, mais le destin en a décidé autrement.

L’homme d’une soixantaine d’années a accepté de raconter le récit de ce court, mais intense événement, mardi, moins de 24 heures après l’écrasement qui lui a laissé seulement quelques ecchymoses. Amené à l’hôpital, il a obtenu son congé lundi soir.

Habitué d’amerrir sur la rivière Chicoutimi, derrière sa résidence, M. Paradis a dû revoir ses plans puisque l’endroit où il habite s’est retrouvé dans la zone sécurisée et interdite de vol par la Base militaire de Bagotville pour le Spectacle aérien international. Il s’est donc retrouvé sur le lac Kénogami, dans un environnement qu’il connaît moins.

«Quand est venu le temps de décoller, je me suis empressé de le faire parce qu’il y avait plusieurs distractions, dont des bateaux et des rochers, s’est rappelé Martin Paradis. Ça n’a pas été long avant que l’avion décolle puisqu’il est assez performant, mais aussitôt que j’ai voulu le ramener, je me suis aperçu que je n’avais pas le plein contrôle sur mes gouvernails placés sur les ailes, qui servent à pencher ou redresser l’avion. Il était incontrôlable et à partir de ce moment, c’est allé vite. C’est un cercle vicieux; il penche davantage, il part en vrille et il pique du nez. C’est exactement ce qui est arrivé et j’ai volé seulement quelques secondes. Ça n’a pas été long que je me suis retrouvé au-dessus des arbres.»

La marque de la ceinture de sécurité est encore bien visible, ce qui a permis à Martin Paradis de rester bien attaché dans l’habitacle de l’hydravion.

L’hydravion a évité une maison, des fils électriques et une camionnette, ce qui a permis d’éviter un choc beaucoup plus violent. La manoeuvre n’était toutefois pas prévue, selon le pilote.

«Absolument pas, a avoué M. Paradis. L’avion est devenu incontrôlable et il est atterri à cet endroit par hasard. C’est sûr qu’on pense au pire. Ça se passe vite, mais on a le temps d’y penser. En atterrissant dans la forêt, j’aurais pu être perforé par un arbre ou subir des fractures, mais rien ne m’est arrivé. J’ai été très chanceux.»

Si certains détails suivant l’atterrissage demeurent flous dans sa mémoire, Martin Paradis se souvient très bien du moment où son hydravion a percuté les arbres puis touché le sol.

«Ça freine sec, a-t-il convenu, les marques de sa ceinture de sécurité étant encore bien visibles au-dessus de sa hanche. Quand ça a arrêté, il n’y avait plus de moteur devant moi. Je ne me souviens de toutes les actions, mais j’ai dû détacher ma ceinture et j’ai rapidement quitté l’habitacle. Avec le gaz qui coulait, j’ai eu le réflexe de m’éloigner le plus rapidement possible et c’est devenu assez machinal. C’est sûr que j’étais bien attaché parce que j’ai senti le freinage sec. Je me souviens bien de ce moment, mais c’est par la suite que c’est plus vague.»

Le sexagénaire a passé plus de 15 ans à construire son hydravion. Il volait depuis cinq ans et il n’a jamais eu de pépins. Le triste accident de lundi est encore plus crève-coeur pour l’homme, après tous ces efforts.

«J’ai mis beaucoup de temps sur le projet, mais en peu de temps, tout est détruit», a-t-il soufflé.

Le pilote ne sait pas exactement pourquoi les gouvernails ont bloqué. «Je ne sais pas parce que l’avion est un tas de ferraille», a-t-il réagi, ajoutant que des objets auraient pu obstruer un contrôle. Un bris mécanique pourrait également être à l’origine du crash, mais l’état du fuselage est effectivement dans un état qui laisse peu d’indices.

«Après un accident, ça nous vire dans la tête et j’essaie de comprendre, mais je n’ai pas d’explication précise encore», a mentionné Martin Paradis.

Les enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports du Canada ne se rendront pas sur place puisque selon le principal critère, une enquête doit permettre d’améliorer la sécurité des transports, ce qui n’est pas le cas dans la situation qui nous intéresse.

M. Paradis n’aurait pas de problème de voler à nouveau, mais rendu à son âge, il a toutefois d’autres activités qui le tiennent occupé et sa passion aéronautique ne se retrouve pas au sommet de la liste des ses priorités. Il n’est pas intéressé à se lancer à la recherche d’un nouvel aéronef.

André Boulanger 
a conservé une partie de l’hydravion, écrasé lundi après-midi, 
à Lac-Kénogami.

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FACE AU PILOTE, 20 SECONDES APRÈS L'ÉCRASEMENT

André Boulanger a été le premier à intervenir sur les lieux du crash. Le résidant du chemin Bouchard effectuait des travaux dans sa cour avant, lorsqu’il a entendu un hydravion décoller à partir du lac Kénogami. Jusque là, tout était normal.

« J’entends un avion partir sur le lac, ce qui est commun et on ne fait plus le saut, a d’abord récité M. Boulanger, rencontré mardi midi. Mais tout d’un coup, j’entends un bruit assez fort et c’est à ce moment que je vois l’hydravion, à environ 200 pieds dans les airs. Il est parti sur le lac, vers l’ouest, avant de virer. Je me lève la tête et je me rends compte qu’il n’est vraiment pas haut, d’autant plus qu’il est très penché (à environ 45 degrés) et qu’il tourne. Disons que c’est impressionnant de voir un avion décrocher au-dessus de sa tête. »

Le témoin oculaire a cru que l’hydravion allait s’écraser sur la maison de son voisin. Après avoir entendu un bruit d’arbres cassés, il a couru vers le lieu de l’accident, en criant à ses enfants d’appeler le 911. En arrivant près de l’endroit, il est tombé face au pilote.

« J’ai demandé au monsieur s’il avait vu l’accident, mais il m’a répondu : “C’est moi le pilote”, a raconté M. Boulanger. Je dirais que ç’a pris 20 secondes après l’écrasement et il était déjà debout, en train de marcher. Il saignait un peu au front, mais il était correct et il ne boitait pas. »

Les restes de l’hydravion ont été récupérés lundi soir, par une compagnie de remorquage. Mardi, des arbres cassés étaient les seuls indices de l’écrasement, qui se termine bien dans les circonstances.

L’endroit où l’hydravion s’est écrasé demeure bien visible à travers les arbres.