Le 28 août 2017, Frédéric Gas se présente sur les lieux de son travail vers 6h45, mais repart rapidement, l’air très intoxiqué selon ses collègues.

Coupable du meurtre non-prémédité de son père

Un jeune homme de Saint-­Lambert, Frédéric Gas, a reconnu avoir tué son père le 28 août 2017 alors qu’il était fortement intoxiqué par la drogue et en proie à des hallucinations.

À quelques mois de la fixation de la date de son procès pour répondre à l’accusation de meurtre au premier degré, Gas, 31 ans, a choisi de plaider coupable à une accusation de meurtre non prémédité de Claude Gas, un propriétaire de commerce d’appareils électroniques âgé de 67 ans.

La Couronne et la défense ont déposé à la cour un résumé des faits conjoint.

La veille du meurtre, Frédéric Gas avait passé la nuit debout, à se promener dans le corridor menant à la chambre de ses parents, ouvrant leur porte en mentionnant à plusieurs reprises qu’il avait entendu crier.

Le 28 août 2017, Frédéric Gas se présente sur les lieux de son travail vers 6h45, mais repart rapidement, l’air très intoxiqué selon ses collègues.

Il se rend dans un dépanneur acheter de l’alcool ,puis fait des allers-retours chez son père durant l’avant-midi. Il va finalement prendre un taxi pour retourner à son travail, puis aller à la caisse Desjardins avant de retourner vers midi au domicile de ses parents.

C’est à ce moment que Frédéric Gas, armé de son canif, a donné quatre coups à son père. Grièvement blessé, Claude Gas réussit à appeler le 9-1-1. Lorsque les policiers arrivent sur le chemin Bellevue à Saint-Lambert, ils trouvent la victime ensanglantée et inanimée dans la cour arrière de sa résidence, avec le combiné du téléphone sous lui. 

Malgré les manœuvres de réanimation faites par les policiers, le décès du sexagénaire est constaté peu de temps après l’arrivée des ambulanciers.

Frédéric Gas a été repéré par des témoins alors qu’il circulait à vélo, pieds nus, sur la rue Des Explorateurs à Saint-Lambert. Il a toujours son canif sur lui lorsque les policiers procèdent à son arrestation.

Pour un mal de tête

En interrogatoire avec les enquêteurs, le jeune homme admet avoir poignardé son père à quatre reprises dans le but de le tuer, quitte à faire de la prison, précise-t-il. Frédéric Gas poursuit en indiquant que la veille du meurtre, il souffrait d’un violent mal de tête et constatait que les murs de la maison bougeaient. Il remarquait que, lorsqu’il s’éloignait de la chambre de ses parents, son mal de tête disparaissait et s’il s’en approchait de nouveau, la douleur revenait. Tuer son père lui a enlevé son mal de tête, assure-t-il.

Le jeune homme répète de manière confuse qu’il «voulait libérer sa mère de son père». Du même souffle, il ajoute que son père n’est pas violent. Gas évoque aussi une «machine» au sous-sol de la maison, sur laquelle son père fait «des drôles de recherches».

Plus l’interrogatoire avance, plus les policiers constatent que le jeune homme a des hallucinations. Lorsqu’il est seul dans la petite salle du poste de police, il marmonne, puis se choque contre un compagnon imaginaire. Il rit, il pleure et il parle d’un homme «électromagnétique». Des tics nerveux à sa mâchoire démontrent une intoxication importante, estiment les policiers.

Sur ses gardes

À la demande de la défense, le psychiatre Dr Sylvain Faucher a rencontré Frédéric Gas à quelques reprises. Le jeune homme est toxicomane depuis l’adolescence. Dans les jours et les heures avant le meurtre, Gas a consommé des dérivés de cannabis et des psychostimulants. 

Cette consommation le «place sur ses gardes», évalue le psychiatre et lui fait vivre différents symptômes psychotiques. Frédéric Gas éprouve un sentiment d’inquiétude généralisé et craint d’être attaqué. Son père lui apparaît de plus en plus malveillant et suspect, avec ses caméras de sécurité à la maison. Le jeune homme entend aussi une voix qui lui demande d’acheter des stupéfiants.

Selon le psychiatre, l’état d’intoxication de Gas le rendait incapable de préméditer un meurtre. L’accusé comprenait toutefois que les coups qu’il assénait à son père étaient de nature à causer sa mort.

Minimum de 12 ans

Le procureur de la Couronne Me Jean-Philippe Robitaille et l’avocate de défense Me Marie-Pier Bertrand ont suggéré que l’accusé, condamné à la prison à perpétuité comme tous les meurtriers, purge un minimum de 12 ans derrière les barreaux avant d’être admissible à une libération conditionnelle.

Le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure a accepté la suggestion. Cette peine n’est pas déraisonnable, a-t-il commenté, même si lui aurait été tenté d’ajouter quelques années avant l’admissibilité. «Vous avez décidé d’enlever à votre mère son conjoint, de votre propre initiative. La peine que vous lui avez causée doit être énorme», a commenté le juge Pronovost.

Le juge a incité Gas à régler au plus vite ses problèmes de toxicomanie. «Essayez donc d’arrêter de penser à vous et pensez donc à votre mère!»