Les audiences de la Commission sur la protection de l’enfance, présidée par Régine Laurent, se poursuivent jusqu’au 5 décembre.

Commission Laurent: cibler les traumas avant les comportements

Devant la Commission Laurent sur la protection de l’enfance, mardi, le Centre de recherche sur l’enfance et la famille a plaidé pour une approche axée sur le trauma chez le jeune plutôt que sur ses troubles de comportement.

Depuis le début des audiences de la commission présidée par Régine Laurent, plusieurs jeunes adultes qui sont passés par le système de protection de la jeunesse ont effectivement déploré le fait que les intervenants avaient trop mis l’accent sur leurs troubles de comportement — fugues, colères, absences scolaires — plutôt que sur leur vécu, leurs problèmes.

L’approche axée sur le trauma vise à chercher et à comprendre pourquoi le jeune a développé les comportements «défiants» ou «oppositionnels» que l’on déplore, pourquoi il manque d’habiletés sociales, par exemple. Cela suppose une vision «plus holistique» des traumatismes vécus par le jeune, qui répond davantage à ses besoins, a expliqué à la commission Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille. En n’évaluant pas ces traumatismes par une approche globale, on risque de les retraumatiser si on se borne à les placer, puis à les replacer ailleurs, quand ce n’est pas de les isoler à cause de leurs comportements.

Mme Collin-Vézina a notamment recommandé d’offrir plus de soutien et de supervision aux intervenants en centre de réadaptation, plus de lieux d’échange par des rencontres. «Investir dans le développement professionnel des intervenants est vu comme une dépense», a-t-elle déploré, s’empressant d’ajouter : «une dépense qu’on peut couper». Pourtant, ce développement professionnel, cette formation, ces échanges entre intervenants donnent des «opportunités de réfléchir et d’arriver avec le meilleur plan d’intervention» possible pour l’enfant, souligne-t-elle.

Elle a également proposé d’offrir de meilleures conditions de travail aux intervenants, afin de les garder dans le système de protection de la jeunesse et qu’une expertise puisse ainsi s’y développer. «C’est un métier difficile, avec des charges de cas de 30, 40 dossiers en évaluation, orientation. C’est une réalité qui est presque impossible. C’est une réelle réforme [qu’il faut avoir] : penser qu’il faut complètement changer le paradigme et s’assurer que les personnes les plus expérimentées, celles qui pourront évaluer la notion de danger, la notion de risque» demeurent en poste, a-t-elle plaidé.

Liens écoles-communauté-famille

Par la suite, la commission s’est penchée sur les moyens de tisser davantage de liens entre l’école, la famille et la communauté.

Trop de portes, dans les écoles, isolent les parents à l’extérieur de la cour et posent obstacle à leur engagement au sein de l’école, a déploré Marie-Claude Gauthier, enseignante dans une école privée, présentée comme «témoin citoyenne».

Elle a notamment proposé la nomination d’un ombudsman pour défendre les droits des enfants au primaire et au secondaire. Celui-ci aurait également le mandat d’analyser les pratiques enseignantes.

«Malgré le professionnalisme, le dévouement et la compétence d’une grande majorité d’enseignants, l’incompétence et les actes professionnels inadéquats de certains enseignants nuisent au développement de l’enfant, et ce, sans conséquence, tant les filets de protection des enseignants sont puissants. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur la négligence de certains adultes en position d’autorité qui œuvrent dans nos écoles en 2019», a lancé Mme Gauthier.

À ses côtés, Julie Bouchard, doctorante à l’Université de Montréal, a recommandé de bonifier la formation en intervention sociale des enseignants.

«Les enseignants sont des intervenants de première ligne, grâce à un contact soutenu avec les enfants. Leur formation gagnerait à être bonifiée afin qu’ils soient en mesure de mieux répondre à ces besoins, notamment en connaissant mieux les différents intervenants des milieux scolaires et leur travail. La collaboration avec ces intervenants devrait d’ailleurs être bonifiée, en accordant davantage de temps aux équipes pour le faire. Leur nombre est nettement insuffisant, surtout dans un contexte où les classes sont surchargées et que les enseignants peinent à reconnaître les besoins de tous les élèves», a affirmé Mme Bouchard.

CPE Halte répit Hochelaga

Le CPE Halte répit Hochelaga-Maisonneuve a ensuite impressionné les commissaires avec son rôle pivot pour les parents qui ont besoin de référence et les enfants qui ont besoin de services. Il a tissé des liens avec les groupes communautaires du quartier, des infirmières du CLSC. Avec une grande capacité d’adaptation, il fait du «sur mesure» pour les familles de la communauté.

Beaucoup d’enfants lui sont référés par le CLSC et il leur réserve 5 % des places, en vertu d’un protocole d’entente. Il offre d’ailleurs des services de garde à temps partiel et des horaires flexibles. Avec des parents bénévoles, il offre des programmes d’éveil à la lecture.


« Investir dans le développement professionnel des intervenants est vu comme une dépense »
Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille

«Nous agissons à titre de premiers répondants», a illustré Marie-Claude Langlais, directrice du Centre de la petite enfance. Dans ce quartier défavorisé de Montréal, elle voit des familles avec des problèmes de logement, des problèmes d’habillement pour l’hiver pour certains enfants.

Une mère qui accompagnait Mme Langlais devant la commission et qui a bénéficié des services de ce CPE a rapporté que c’est d’ailleurs une infirmière du CLSC qui l’avait référée à ce CPE au départ. Et lorsque la Direction de la protection de la jeunesse est entrée dans sa vie, à la suite d’un signalement concernant son fils qu’on disait mal nourri, c’est même l’infirmière du CLSC qui est venue intercéder, expliquer certaines choses et l’épauler.