Nika Morin est décédée le 31 août 2016 alors qu’elle marchait avec une amie sur l’accotement de la route 204. Elle n’a jamais vu venir la voiture conduite par l’accusé, Gimi Pelletier.

Cinq ans de prison pour avoir fauché une piétonne

Jérôme Pelletier a entendu la peine imposée au chauffard ivre qui lui a enlevé sa blonde, la mère de ses enfants, Nika Morin. Cinq ans. Mais il a aussi remarqué la demi-douzaine d’autres conducteurs accusés de conduite en état d’ébriété, assis près de lui jeudi, au palais de justice de Montmagny.

Jérôme Pelletier, son fils Marick et sa fille Sabrina s’apprêtent à fêter leur deuxième Noël sans Nika Morin, conseillère en orientation de l’école secondaire de Saint-Pamphile, fauchée par un chauffard ivre.

La peine de cinq ans imposée hier au conducteur Gimi Pelletier par le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec n’est pas un cadeau pour eux. Ni une insulte. 

«La peine, ça ne change rien pour moi. Ça ne ramène pas ma blonde, laisse tomber Jérôme Pelletier, la voix étranglée par la douleur. Ça ferme une boucle.» 

Mais au-delà de son drame, au-delà de Gimi Pelletier, c’est du fléau de l’alcool au volant dont le veuf voudrait que tout le monde parle.

«Les gens se disent que ce n’est pas grave; oui, c’est grave! insiste Jérôme Pelletier. On en a vu plein encore aujourd’hui. Il va falloir en venir à des peines plus sévères parce que ça ne change pas.»

Gimi Pelletier, aujourd’hui âgé de 46 ans, avait déjà été condamné pour avoir conduit ivre à l’âge de 21 ans, en 1993. Et son employeur lui avait fait un avis disciplinaire parce qu’il s’est présenté en état d’ébriété pour son quart de travail.

Ça en fait un récidiviste, mais pas un incorrigible pour autant, a considéré le juge Proulx dans sa décision. Pelletier a surtout été irresponsable, ajoute le juge, en noyant le deuil de son père dans l’alcool, à l’été 2016.

En route pour le travail

Au midi du 31 août 2016, Pelletier se met à boire de la bière dès son réveil. Vers 16h, après plusieurs consommations, il quitte son domicile de Sainte-Perpétue pour aller travailler à l’usine Matériaux Blanchet de Saint-Pamphile, petit village près de la frontière américaine.

À cette heure, la conseillère en orientation de l’école secondaire locale, Nika Morin, et son amie la directrice adjointe Maryse Moreau, marchent au coeur du village, sur l’accotement de la route 204. La journée est belle. Les deux femmes discutent sûrement de la toute récente rentrée scolaire.

Les marcheuses ne verront jamais arriver la Hyundai Elantra conduite par Gimi Pelletier puisqu’elles avancent dans le sens de la circulation. 

Nika Morin est soulevée de terre sous le choc. Sa tête cogne le pare-brise. La dame est ensuite projetée dix mètres plus loin sur le parterre gazonné d’une maison.

Gimi Pelletier s’arrête à 100 mètres du lieu d’impact puis revient. Le pas incertain, la bouche pâteuse, il est amené au poste de la Sûreté du Québec à Saint-Jean-Port-Joli. Son taux d’alcoolémie dépasse 0,17, soit le double de la limite permise.

Il a plaidé coupable sept mois après l’accident. Homme timide et effacé, Gimi Pelletier a demandé pardon à la famille de Nika Morin, des gens qu’il croisait quotidiennement puisqu’ils vivent tous à Sainte-Perpétue et que leurs enfants fréquentent la même école.

Détenu depuis son arrestation, Pelletier a encore trois ans de sa peine totale à purger. À sa sortie de prison, Gimi Pelletier ne pourra conduire pour une période de trois ans et demi.

Le procureur de la Couronne, Me François Gascon-Doyon, aurait souhaité une peine globale de sept ans et une interdiction de conduire de 10 ans. Parce qu’il constate lui aussi que le message ne passe pas. «J’espère que dans dix ans, je ne vais pas être rendu à réclamer des interdictions de conduire de 20 ans pour que ce soit dissuasif», fait remarquer le procureur de la Couronne.