Chris Neil aura réussi l’exploit de passer sa carrière au grand complet au sein d’une seule organisation.

Chris Neil: le dernier «vrai» dur-à-cuire

De façon générale, les hockeyeurs qui accrochent leurs patins deviennent émotifs quand ils parlent de leurs conjointes, de leurs vieux parents, de leurs jeunes enfants. Chris Neil a rompu avec cette tradition.

Jeudi matin, lors de la conférence de presse organisée en son honneur au Centre Canadian Tire, l’ancien homme fort a eu les larmes aux yeux quand il s’est mis à parler de ses anciens coéquipiers.

« J’ai eu l’immense privilège de jouer en compagnie de grands hockeyeurs. J’ai surtout eu l’opportunité de tisser des liens d’amitié qui survivront à l’épreuve du temps. Je pense à des gars comme Philly, Fish, Redz, Alfie et Kelz. Je pourrais en nommer plusieurs autres », a-t-il dit, avant de s’accorder une pause.

« Ces gars-là ont eu un grand rôle à jouer dans ma carrière. Ils ont eu un rôle encore plus important à jouer dans ma vie », a-t-il conclu.

Pour protéger Fish, Alfie et les autres de manière adéquate, Neil aura passé 2522 minutes au banc des pénalités.

Il accroche ses patins après avoir joué 1026 matches dans la Ligue nationale de hockey. Il détient un record qui pourrait bien ne jamais être battu. Puisque les bagarres occupent de moins en moins de place dans le monde du hockey, il pourrait bien conserver, pour toujours, le titre de joueur le plus puni de l’histoire des Sénateurs d’Ottawa.

Lors de sa 15e et dernière saison, il a réussi à percer le classement des 20 joueurs les plus punis de toute la LNH.

Il sera peut-être reconnu comme le dernier véritable dur-à-cuire à avoir évolué dans la meilleure ligue au monde.

« Un truc m’impressionnera toujours quand je penserai à Chris Neil. D’abord, quand il était dans notre formation, tous ses coéquipiers mesuraient six pouces de plus. Chris a passé plus de 2500 minutes au banc des pénalités, mais il n’a jamais été suspendu. Pas une seule fois », s’émerveille le directeur général des Sénateurs, Pierre Dorion.

Serein

Dans son discours d’adieu, Neil a pris le temps de remercier Dorion, son adjoint Randy Lee et leur mentor Bryan Murray. Il n’en veut pas du tout aux Sénateurs de lui avoir montré la porte de sortie à la fin de la dernière saison.

Il a cherché du travail ailleurs. On a même pu comprendre que le Canadien de Montréal lui a offert une invitation au camp d’entraînement. Là, il aurait dû se battre avec des jeunes hommes qui ont la moitié de son âge pour mériter un contrat.

« J’ai étudié quelques offres. Elles ne me convenaient pas », indique-t-il.

« Vous me connaissez. J’ai longtemps cru que j’étais Benjamin Button. J’étais convaincu que je pourrais jouer jusqu’à la fin de mes jours. J’ai été obligé de me rendre à l’évidence. »

Le père de famille de 38 ans a pris goût à la vie « normale ». Plus les semaines passent, plus il dit se plaire à la maison.

« Chris a toujours été un homme de famille », note Pierre Dorion.

D’ailleurs, au moment de livrer son discours d’adieu, ses frères lui ont arraché quelques larmes.

« La vie avec trois frères qui étaient plus vieux que moi n’était pas toujours facile. Je veux quand même prendre le temps de les remercier, aujourd’hui. Grâce à eux, je suis devenu un véritable dur. »

En grandissant avec trois grands frères, Neil a très rapidement ressenti le besoin de faire ses preuves.

« Je me suis toujours considéré comme un grand négligé, dit-il. J’ai été repêché tardivement dans la LHOntario. J’ai été repêché tardivement dans la LNH. J’ai toujours eu l’impression que j’avais quelque chose à prouver. Je n’ai jamais rien tenu pour acquis. Même quand j’avais un contrat à long terme. Quand je fais le bilan, aujourd’hui, je suis particulièrement fier de la façon dont je me suis comporté. »

Chris Neil annonce sa retraite mais ne quitte pas les Sénateurs

Moins de 36 heures après avoir mis officiellement un terme à sa carrière, Chris Neil chaussera ses patins et enfilera son maillot rouge et noir. Il participera au match des anciens des Sénateurs, ce vendredi, sur la colline du Parlement.

«J’espère que Philly fera de moi son premier choix», a-t-il dit en faisant un clin d’œil à Chris Phillips. L’ancien défenseur assistait à la conférence de presse de Neil, jeudi matin. Vendredi soir, Daniel Alfredsson et lui seront les capitaines des deux formations qui croiseront le fer.

Après ce match amical, Neil aura l’option de continuer à travailler dans l’entourage des Sénateurs.

Il n’a pas de plan bien précis pour la suite des choses. «J’aimerais devenir commentateur et remplacer Dean Brown et Gord Wilson», a-t-il déclaré, à la blague, quand on lui a demandé s’il comptait continuer à travailler dans le monde du hockey.

Quand la foule s’est dissipée, le directeur général adjoint Randy Lee nous a fait comprendre que l’organisation des Sénateurs aura toujours du travail à lui offrir.

«Je lui ai justement fait une offre aujourd’hui. Je lui ai proposé d’accompagner Shean Donovan dans ses déplacements à Belleville. Chris a encore beaucoup à offrir aux jeunes joueurs», croit-il.

Lee occupait un poste de préparateur physique, dans l’organisation des Sénateurs, lorsque Neil a été repêché.

Pour lui, le costaud gamin qui venait de connaître deux saisons consécutives de 25 buts et 200 minutes de pénalité dans les rangs juniors constituait un beau projet à long terme.

«Il a réussi à se bâtir une réputation en se bagarrant devant des gars qui étaient bien plus grands et gros que lui. Pour moi, il était aussi le gars qui travaillait plus fort que tout le monde. Il fallait l’empêcher de s’entraîner, une fois la saison terminée, pour offrir à son corps un peu de repos.»

«Plusieurs jeunes joueurs ont l’impression qu’ils travaillent fort, ils n’ont aucune idée. Chris peut les aider. Pour l’instant, il sent que sa place est auprès de sa famille. Avant longtemps, il va ressentir le besoin de revenir au hockey.»