Dans la capitale, les employeurs étaient nombreux à courtiser les étudiants au Carrefour de l'emploi de l'Université Laval, jeudi.

Chômage: encore des maux de tête à l’horizon

Le mois de septembre n’a pas atténué l’impact de la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe la grande région de Québec. Mince lueur, toutefois, le taux chômage a légèrement grimpé à 3,8 %, alors qu’il se situait à 3,7 % en août.

Selon les données de l’Enquête sur la population active publiées vendredi par Statistique Canada, il s’est perdu 4000 emplois le mois dernier dans la RMR de Québec, qui couvre essentiellement les territoires des villes de Québec et de Lévis. Il s’agit d’un quatrième recul consécutif.

Si on regarde à plus long terme, ce sont 10 300 postes qui ont disparu entre juillet et septembre, par rapport au trimestre précédent. Par ailleurs, le bassin d’individu à la recherche d’un boulot a également chuté durant cette même période (10 400).

«Pour la première fois depuis 2007, on observe un recul de l’emploi à temps plein sur une base mensuelle», avance dans une analyse l’économiste chez Québec International, Émile Émond. «Le secteur des services, plus particulièrement le commerce de détail ainsi que la finance et l’assurance, semble avoir essuyé l’essentiel de cette baisse», poursuit-il.

Il faut toutefois faire attention. Cette donnée ne signifie pas une baisse de régime du marché de l’emploi dans la RMR de Québec. Pour le troisième trimestre de l’année, on dénombre une croissance de 12 400 postes par rapport à la même période l’an dernier.

M. Émond affirme que les données du mois de septembre confirment de nouveau que la pénurie de main-d’oeuvre est «un enjeu majeur et que les efforts devront être maintenus pour aider les employeurs».

Justement, la semaine dernière, une enquête sur les salaires et la main-d’œuvre menée par l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) auprès de ses membres mentionnait que la clientèle et les ventes étaient au rendez-vous en 2018, mais pas les travailleurs.

Selon des éléments de l’analyse du marché, 50 % des répondants ont affirmé que leurs ventes, pour les six premiers mois de l’année, étaient supérieures à celles de 2017. 

Toutefois, en date de juin 2018, il manquait en moyenne 2,4 employés de cuisine et 1,9 employé de salle, par restaurant. La moyenne de temps déclarée pour pourvoir un poste était de sept semaines.

«Un tel achalandage, combiné à un manque de main-d’œuvre prononcé, crée dorénavant des situations difficiles à gérer pour les établissements de restauration», indique dans sa missive la direction de l’ARQ. «En plus des horaires surchargés pour le personnel en place, des réductions d’heures ou de journées d’ouverture pour donner du répit à l’équipe sont aussi souvent constatées. Dans les cas les plus critiques, on parle même de fermetures complètes faute de personnel, et ce, même si l’établissement était rentable.»

Diminution de 8300 emplois

Quant à la province, le taux de chômage a légèrement diminué, passant de 5,4 % à 5,3 %. Statistique Canada rapporte une baisse de 8300 emplois. 

«Les principaux gains ont été observés dans le commerce de gros et de détail (+15 000), mais ceux-ci ont été largement contrebalancés par les pertes, notamment dans l’information, la culture et les loisirs (-18 500) et les services d’enseignement (-11 200)», mentionne dans une analyse Joëlle Noreau, économiste principale aux Études économiques du Mouvement Desjardins.

Pour les prochains mois, Desjardins n’envisage pas une croissance fulgurante de l’emploi en raison de la signature du nouvel accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (AEUMC). «La situation de la rareté de la main-d’oeuvre demeure la même au Québec et en Ontario. Les problèmes d’adéquation entre les qualifications des gens à la recherche d’un emploi et celles requises par les employeurs ne sont pas résolus et constituent un frein à une croissance plus rapide de l’emploi.»

Au Canada, le taux de chômage est reparti à la baisse, pour s’établir à 5,9 %, soit 0,1 point de moins qu’en août, grâce à des créations d’emplois deux fois plus élevées que prévu. 

L’économie canadienne a créé 63 000 emplois en septembre, soit le meilleur résultat depuis le début de l’année et le double de ce que prévoyaient les analystes. Cette bonne performance est principalement liée à une hausse des emplois à temps partiel.

Les créations d’emplois ont été enregistrées principalement dans le privé, dans les secteurs de la construction, de la finance, de l’assurance ou de l’immobilier, note Statistique Canada.

Les secteurs de l’information, de la culture et du commerce ont pour leur part enregistré des pertes d’emplois.  Avec AFP