La nomination de Charles Émond, banquier d’affaires de 47 ans, a été confirmée par le gouvernement Legault mercredi.

Charles Émond, nouveau patron de la Caisse de dépôt

Contrairement à son prédécesseur, Charles Émond n'aura pas à rebâtir la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Le nouveau président et chef de la direction de l'institution est toutefois bien conscient que son principal défi sera de s'assurer qu'elle puisse traverser la prochaine décennie, qui selon plusieurs observateurs, s'annonce plus tumultueuse.

La nomination du banquier d'affaires de 47 ans a été confirmée par le gouvernement Legault, mercredi. M. Émond prendra la relève de Michael Sabia, qui tirera sa révérence vendredi après avoir tenu les rênes du bas de laine des Québécois pendant environ 11 ans.

«Il est évident que lorsqu'on regarde la prochaine décennie, elle va être différente de la dernière», a-t-il souligné au cours d'une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, à propos des prévisions de nombreux observateurs anticipant une détérioration des conditions économiques après une décennie de marché haussier.

Celui qui était premier vice-président, Québec et placements privés et de la planification stratégique de la CDPQ - un poste qu'il continuera d'assumer sur une base intérimaire - n'a pas raté l'occasion de vanter le bilan de son prédécesseur, en estimant que les assises du gestionnaire de régimes de retraite, qui compte 41 déposants, sont «solides».

Nommé en mars 2009 au terme d'un passage à la tête du conglomérat de télécommunications BCE, M. Sabia, 66 ans, était débarqué à la CDPQ alors que l'institution était secouée par la crise financière, ce qui s'était notamment traduit par des pertes de 40 milliards $ l'année précédente.

Sous sa gouverne, l'actif de la Caisse a presque triplé, pour atteindre 326,7 milliards $. La CDPQ a ajusté sa stratégie en se tournant davantage vers les infrastructures ainsi que les placements privés - les sociétés qui ne sont pas cotées en bourse.

Le portefeuille de la Caisse est déjà résilient, selon son nouveau président. Il faudra toutefois aller plus loin.

«Il y a beaucoup de concurrence pour les mêmes actifs, a rappelé M. Émond. Il y a énormément de capital par rapport à il y a 10 ans, les actifs sont dispendieux, les taux sont maintenant très bas. Il est évident que la marge de manœuve (est moins grande).»

D'une étape à l'autre

Diplômé de HEC Montréal et détenteur du titre de CPA et du titre d'expert en évaluation d'entreprises, M. Émond a passé 18 ans à la Banque Scotia. Il a notamment occupé, chez Scotia Capitaux, le poste de chef mondial de la banque d'affaires et des marchés des capitaux ainsi que de chef canadien pour les services de financement bancaire aux grandes entreprises. Quand il a quitté l'institution financière, il dirigeait une équipe de plus de 500 personnes réparties au Canada, aux États-Unis, en Asie ainsi qu'en Amérique latine.

À la Caisse, il était à la tête de l'équipe responsable des placements privés dans environ 800 sociétés établies au Québec ainsi qu'à l'extérieur de la province.

«C'est un leader reconnu pour la qualité de son jugement, ses compétences à la fois techniques et de gestionnaire ainsi que pour ses habiletés de communicateur», a souligné le président du conseil d'administration de la CDPQ, Robert Tessier, dans un communiqué.

M. Émond aurait coiffé au fil d'arrivée Macky Tall, le chef des marchés liquides, qui dirige les équipes de marchés boursiers et de revenu fixe et qui compte 16 années de service à la CDPQ, ainsi qu'André Bourbonnais, l'ex-chef de la direction d'Investissements PSP qui est actuellement à l'emploi de la firme Blackrock.

Avant qu'il ne confirme la nomination du nouveau patron de la Caisse, le premier ministre François Legault avait vanté, à son arrivée au conseil des ministres, la «belle expérience» du secteur bancaire de M. Émond.

Pas le temps de chômer

Des défis immédiats attendent M. Émond. Celui-ci pourrait être appelé à prendre une décision à l'endroit de Bombardier, qui tente d'accélérer son désendettement, ce qui pourrait mener à d'autres cessions d'actifs. La CDPQ détient 30 % de Bombardier Transport après avoir effectué un investissement de 1,5 milliard $ US en 2016.

«C'est une société extrêmement importante pour le Québec, un investissement important pour nous dans Bombardier Transport et c'est une situation que l'on suit de près», a répondu M. Émond, sans en dire davantage, lorsqu'interrogé sur la situation du constructeur d'avions et de trains.

Le choix du gouvernement Legault n'a pas étonné le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP) et ancien haut dirigeant de la Caisse, Michel Nadeau.

Au cours d'un entretien téléphonique, celui-ci a estimé que M. Émond connaissait bien l'économie québécoise et les valeurs entourant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance en matière d'investissement.

«Il était important de choisir un candidat interne parce que cela envoie le message que M. Sabia a préparé le terrain», a estimé M. Nadeau.

Selon lui, le défi le plus important pour M. Émond consistera à «montrer son indépendance» à l'endroit du gouvernement l'ayant nommé. Le directeur général de l'IGOPP a rappelé que le patron de la Caisse n'avait pas à obéir aux demandes gouvernementales.