Les chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski étudient l’évolution de la biodiversité à Alert, à environ 800 km du pôle Nord.

Changements climatiques et perte de biodiversité: la planète se dirige-t-elle vers l’effondrement?

RIMOUSKI — Deux grandes crises frappent la planète : les changements climatiques et la perte de biodiversité. Dominique Berteaux, professeur à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), le confirme : la dégradation s’accélère si vite, surtout en zone nordique, qu’il devient impossible d’inverser la courbe. Certaines lignes de pensée vont jusqu’à prévoir l’effondrement.

Le premier rapport global sur l’évolution de la biodiversité planétaire, publié il y a environ un mois par l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), est sans équivoque : «La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine — et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier.» L’IPBES est à l’évolution de la biodiversité, ce que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est à l’évolution des changements climatiques.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Dominique Berteaux poursuit ses recherches dans un laboratoire de l’UQAR parmi les plus nordiques au monde. Le laboratoire d’étude de la faune est situé à la station militaire d’Alert, à quelque 800 km du pôle Nord. Alert est le lieu habité le plus au nord de la planète. Le chercheur y mène des recherches sur les changements climatiques et la faune arctique. «Les changements climatiques y sont encore plus perceptibles», constate-t-il.

Par ailleurs, le biologiste est impressionné par la diversité d’espèces animales qui y vivent, tels le lièvre arctique et une catégorie de caribous qui n’ont pas peur de l’être humain parce qu’ils ne sont pas chassés. «Les loups arctiques viennent nous toucher», s’étonne-t-il.

«Quartet endiablé»

Pour M. Berteaux, la perte de biodiversité se transforme en «quartet endiablé» : destruction des habitats, surexploitation, introduction d’espèces exotiques et pollution. À l’instar de l’IPBES et du GIEC, il croit qu’il n’est cependant pas trop tard pour freiner la détérioration.

En ajoutant les changements climatiques, le quartet devient un quintette. «Ça accélère le déclin, estime le professeur originaire de la France. En Europe, on est plus avancés. Il y a une pression très forte. C’est très visible. Les oiseaux et les insectes sont en déclin très sévère. C’est urgent! Comme la courbe d’augmentation de la population mondiale est exponentielle, avec 246 000 habitants de plus par jour, les ressources sont en train de s’épuiser.»

Se dirige-t-on vers l’effondrement? «Les survivalistes sont dans la réflexion de l’effondrement», mentionne le chercheur. Pour éviter la catastrophe, l’étude de l’effondrement, appelée «la collapsologie», propose les scénarios suivants : «augmenter le sentiment d’urgence, renforcer les petites communautés pour qu’elles soient plus résilientes, se réapproprier les savoir-faire essentiels, développer notre spiritualité et réévaluer nos valeurs». Si le professeur Berteaux s’abstient de prévoir l’effondrement, il croit cependant qu’il devient nécessaire d’y réfléchir.