Bianca Andreescu a été championne du Challenger de Gatineau en 2016 avant de remporter l’Omnium des États-Unis la semaine dernière.

C'est la fin pour le Challenger de Gatineau

Le tournoi qui a vu naître Bianca Andreescu, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime n’est plus.

Le Challenger Banque Nationale de Gatineau ne vivra pas de septième édition en 2020. Mathieu Toupin et Johanne Demers, les codirecteurs qui tenaient les Internationaux de tennis de Gatineau à bout de bras depuis six ans, ont remis leur démission.

Devant ce constat et les défis grandissants de l’organisation au niveau du financement, des infrastructures et des bénévoles, le président du conseil d’administration David Hood a dû se rendre à l’évidence et mettre un terme à son contrat le liant à Tennis Canada. Trop de risques et de contraintes s’ajoutaient à la présentation d’une septième édition. Selon lui, le tournoi n’était plus viable.

« Si nous avons eu la chance d’organiser des tournois professionnels à Gatineau, c’est surtout grâce à la vision, l’énergie et le professionnalisme des codirecteurs Mathieu Toupin et Johanne Demers. Ils ont consacré des heures incroyables au tournoi. Je tiens à les féliciter pour tout ce qu’ils ont accompli. Ç’a été impressionnant. Cela dit, notre défi devenait aussi de plus en plus grand chaque année », a d’abord expliqué David Hood.

À la conclusion de l’édition de 2018, d’énormes drapeaux rouges avaient été agités, mais le conseil d’administration avait décidé de poursuivre l’aventure en essayant de trouver des pistes de solution à long terme. Après le tournoi de 2019, les défis s’annonçaient insurmontables. Par conséquent, les codirecteurs ont démissionné.

Trois facteurs incontrôlables feront en sorte que le parc de l’Île sera désert l’été prochain selon M. Hood. Le problème de financement arrive au premier rang.

« Des organismes ont participé, mais pour aller chercher du financement, ça exigeait énormément d’heures de la part des codirecteurs. En Outaouais, la communauté des gens d’affaires est moins impliquée. Nous avons eu de très bons partenaires d’affaires, mais trop peu. À Drummondville, dans un tournoi similaire, les gens d’affaires se sont ralliés. »

Le deuxième facteur est lié aux infrastructures vieillissantes du parc de l’Île qui ne répondent plus aux normes des circuits de l’ATP et de la WTA.

« Le site doit être monté à partir de zéro chaque année. C’est un long processus. La Ville de Gatineau a fait ce qu’elle a pu du côté des estrades, des terrains et des lumières, mais l’éclairage actuel nous empêcherait de présenter des matches en soirée l’an prochain. La Ville a augmenté sa participation d’année en année. Elle a été un partenaire important, mais les demandes pour la prochaine édition vont sûrement surpasser ce qu’elle peut ou veut faire. Nous avons un manque de terrains ici. Une semaine avec deux ou trois jours de pluie nous empêcherait de faire le tournoi. C’est trop risqué », a ajouté M. Hood.

Enfin, un manque de bénévoles a aussi forcé l’organisation à abandonner son tournoi.

« Les exigences de l’ATP et de la WTA augmentaient chaque année. Il fallait toujours plus de monde et c’était devenu difficile de satisfaire leurs critères rigides. »

Toupin secoué

De son côté, Mathieu Toupin avait des trémolos dans la voix lorsqu’il s’est adressé aux médias en son nom et en celui de Johanne Demers. Fier compétiteur, il était émotif au moment de commenter sa démission.

« Je prends la parole parce que j’ai cru en notre projet. Sans toi, Johanne, ce tournoi n’aurait jamais eu la qualité et l’ampleur qu’il a connues. Je veux retenir le positif et je peux dire que la sixième édition a été la plus belle. Tout le monde nous l’a dit. Nous en sommes fiers. C’est clair dans ma tête que nous quittons comme des gagnants. Par contre, personnellement, là où nous sommes rendus, je vois ça comme une défaite. Nous avons tout fait pour que ça fonctionne et ça ne peut pas fonctionner. »

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AUCUN SAUVETAGE POSSIBLE

Les pistes de solution ont été explorées. Il serait trop tard pour sauver le Challenger de Gatineau 2020, surtout avec la démission de Mathieu Toupin et Johanne Demers. Ils n’ont jamais compté leurs heures pour organiser les six éditions d’un tournoi qui roulait  rondement malgré un manque d’effectifs par rapport aux équipes qui travaillent aux Challengers de Granby et Drummondville.

Le duo Toupin/Demers s’est rendu jusqu’au bout de ce qu’il pouvait offrir. Aujourd’hui, il va s’attaquer à d’autres priorités. Déjà, l’année dernière, les Internationaux de tennis de Gatineau avaient abandonné la présentation de son tournoi Futures d’hiver à la suite de changements aux règles de l’ITF. Encore une fois, Mathieu Toupin a rappelé la raison d’être de ces deux tournois.

« Il y a 11 ans, Tennis Outaouais Performance (TOP) a été créé. Ce n’est pas facile de faire de la haute performance en région. Il nous fallait des événements pour donner une belle vision à nos jeunes. Ç’a fonctionné avec Sébastien Collard qui vient de partir dans un collège américain. L’année dernière, c’était Claudelle Labonté-Frey. De voir Mélodie Collard [longue pause suivie d’un soupir] performer au US Open comme elle l’a fait et d’être rendu dans le top-40 au monde, ça prouve que les idées que nous avions étaient les bonnes. »

Justement, Mathieu Toupin compte revenir à la base au cours des prochains mois.

« Il reste des clubs de tennis extérieurs, la Sporthèque et TOP avec de nombreux athlètes. Il y a aussi Mélodie Collard. Personnellement, c’est là que mon énergie va aller. Bianca Andreescu vient de gagner le US Open. Elle va tenir le tennis à flot pendant un certain temps. La prochaine, ce sera Mélodie... »