L’Association des médecins psychiatres du Québec propose un maximum de 15 % du taux de THC.

Cannabis: un taux de THC maximal de 15% réclamé

Il serait irresponsable de ne pas fixer une limite de concentration de THC dans le cannabis au Québec, croit l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), qui propose un maximum de 15 %.

«Est-ce que c’est un chiffre parfait, absolument pas. Mais il faut tracer une ligne quelque part, parce que si on ne la trace pas maintenant, ça va être difficile de tracer une ligne, quelle qu’elle soit, plus tard», a lancé Karine J. Igartua, présidente de l’AMPQ, en marge de la dernière journée de commission parlementaire sur le projet de loi 157 encadrant le cannabis mercredi. 

Selon elle, les Pays-Bas et le Colorodo se mordent les doigts aujourd’hui de ne pas avoir fixé une limite de THC (molécule aux effets psychotropes) lorsqu’ils ont légalisé le cannabis. Aux Pays-Bas, le taux de THC peut parfois s’élever jusqu’à 30 %. 

«Ils se rendent compte maintenant que le cannabis n’est plus une drogue douce, mais une drogue forte et ils sont pris avec une législation qui n’est plus adaptée à la concentration de ce qu’ils voient sur le marché», avertit Mme Igartua. 

Le gouvernement des Pays-Bas a tenté d’imposer une limite de concentration de THC ces dernières années, mais il a échoué, le lobby du cannabis étant rendu «trop puissant», selon Mme Igartua.

L’AMPQ croit également qu’il doit y avoir limite de THC encore plus basse pour le cannabis qui sera vendu aux jeunes adultes, d’environ 8 %. Elle s’inquiètent grandement des risques de psychoses, qui s’accentuent plus le taux de THC est élevé. 

«Une chose que j’aimerais que les parents comprennent aussi, c’est que le cannabis d’aujourd’hui n’est pas le cannabis qu’ils ont fumé lorsque qu’ils avaient 15 ans», soutient Mme Igartua. Elle donne comme exemple qu’aux États-Unis, le taux de THC moyen de la marijuana saisie dans la rue en 1995 était de 4 %, alors qu’il est autour de 12 % aujourd’hui. 

La ministre de la Santé publique Lucie Charlebois s’est montrée ouverte à la proposition des psychiatres. «J’ai trouvé ça intéressant. On va réfléchir là-dessus», a-t-elle lancé, sans faire de promesses. À l’heure actuelle, le projet de loi 157 est muet sur une quelconque limite de THC.

La ministre Charlebois, qui a achevé mercredi son exercice de consultation sur le projet de loi, devra le faire cheminer au cours des prochaines semaines à l’Assemblée nationale. Elle a appelé les partis d’opposition à travailler de concert avec elle, étant donné l’enjeu de santé qu’elle juge «tellement important». 

Elle a confirmé qu’elle allait déposer des amendements à son projet de loi, sans préciser lesquels. Appelée par plusieurs groupes de pression à hausser à 21 ans l’âge légal pour acheter du cannabis, la ministre ne semble pas avoir été convaincue. «J’adhère à la théorie du 18 ans tout simplement parce que ça va nous donner la chance de parler avec ces jeunes-là, d’échanger et de les retirer d’un marché qui est illégal.»

La ministre dit vouloir régler la question du partage des revenus avec les municipalités «le plus rapidement possible», mais elle ne s’est pas donnée d’échéancier précis. L’Union des municipalités a réclamé une entente avec le gouvernement avant le 28 février. 

+

LE BARREAU VEUT DES AVIS CLAIRS SUR L'EMBALLAGE

Comme pour la cigarette, les effets nocifs du cannabis devront être écrits en toutes lettres sur l’emballage du produit bientôt en vente légale au pays, estime le Barreau du Québec.

Présent en commission parlementaire, l’ordre professionnel des 26 500 avocats de la province s’est dit globalement satisfait du projet de loi 157 édictant la Loi encadrant le cannabis.

Le Barreau sert quelques conseils au gouvernement du Québec, notamment d’avoir un régime d’étiquetage plus strict pour le cannabis. «Dans un souci de santé publique, particulièrement dans un contexte où les jeunes de 18 à 24 ans sont les plus grands consommateurs de cannabis, nous croyons que l’emballage des produits de cannabis devrait comporter des images et informations dissuasives à l’instar de ce qui se fait pour le tabac», écrit le Barreau du Québec dans son mémoire.

En plus d’informer les consommateurs, la présence d’avertissements clairs contribuera à mettre producteurs et manufacturiers à l’abri de poursuites judiciaires, croit le Barreau du Québec.

L’ordre professionnel approuve la fixation de l’âge légal pour la consommation de cannabis à 18 ans. Un âge minimal supérieur à 18 ans serait susceptible d’être contesté sur la base d’une discrimination fondée sur l’âge en vertu des chartes des droits, signale le Barreau.

Tolérance zéro au volant

Le gouvernement du Québec a annoncé son intention de mettre en veilleuse la mesure de tolérance zéro pour les automobilistes conduisant avec les facultés affaiblies par le cannabis jusqu’à ce que les appareils de détection puissent déceler la consommation récente de cannabis.

Le Barreau invite les élus à conserver dans le projet de loi la règle de tolérance zéro pour les jeunes conducteurs exclusivement, à l’instar de ce qui est déjà prévu pour l’alcool.

Le Barreau suggère une gradation des peines pour les jeunes contrevenants plutôt que la suspension automatique du permis pour 90 jours, tel qu’il est prévu. 

À quelques mois de la légalisation du cannabis, le Barreau du Québec insiste sur l’importance des campagnes de prévention et d’éducation concernant les conséquences médicales et juridiques de la consommation de cannabis.  Isabelle Mathieu