Cannabis médical: de l’aide pour une prescription

À l’aube de la légalisation du cannabis, un nouveau service cible une clientèle qui souhaite s’en procurer à des fins thérapeutiques. L’entreprise l’Antidote Granby propose d’accompagner les patients dans leurs démarches pour l’obtention d’une prescription médicale préalable.

Depuis quelques jours, Kevin Robidas annonce sur les médias sociaux qu’il offre un nouveau service aux personnes cherchant à remplacer leurs médicaments antidouleurs par une prescription médicale de cannabis.

L’homme de 33 ans est nouvellement associé à L’Antidote, une entreprise fondée en novembre 2017 par Lyne Asselin dans la région de Sallabery-de-Valleyfield. La femme dirige ses activités sous la supervision de la compagnie Consult and grow, basée à Montréal, qui l’accompagne sous la forme d’un mentorat d’une durée de 52 semaines.

La mission d’Antidote est d’aider un patient dans ses démarches pour obtenir, au final, l’autorisation de Santé Canada de se procurer légalement du cannabis auprès d’un producteur autorisé par l’organisme gouvernemental, ou même d’avoir le feu vert pour cultiver ses propres plants — toujours à des fins médicales —, explique M. Robidas.

Bref, l’entreprise agit à titre « d’entremetteur » entre le patient, le médecin et Santé Canada.

« Pour la fibromyalgie par exemple, des antidouleurs assez puissants sont prescrits, mais il y a des effets secondaires et les gens ne veulent pas nécessairement prendre des produits pharmaceutiques, explique-t-il. C’est des gens qui tentent le naturel. »

Médecins de l’Ontario
La rencontre avec le patient a lieu au domicile de Kevin Robidas. La personne doit lui fournir une copie de son dossier médical et des prescriptions qui lui sont délivrées pour ses problèmes de santé, énumère-t-il.

« J’analyse son dossier médical : je m’assure que tout est légal, que tout est en ordre, que ce ne sont pas des copies de prescription qui [sont celles de] quelqu’un d’autre », explique le trentenaire.

Les différents formulaires sont ensuite remplis. Tout le dossier est par la suite acheminé à un médecin. La fondatrice d’Antidote explique que les médecins avec qui son entreprise travaille sont basés en Ontario. Mme Asselin a toutefois refusé de fournir à La Voix de l’Est le nom d’un seul médecin qui collabore avec elle.

Une rencontre entre le médecin et le patient est ensuite fixée. L’entretien se déroule via Skype. « C’est le médecin qui signe la prescription médicale », précise M. Robidas.

« Je n’ai aucune décision à prendre. Je fais la gestion des documents. C’est le médecin qui prend la décision après avoir consulté le dossier médical », renchérit Mme Asselin, pour expliquer son rôle et celui de son associé de Granby.

Au terme de la consultation, si le médecin donne son aval pour une prescription médicale de cannabis, les formulaires sont alors acheminés à Santé Canada, qui autorisera ou non le patient à s’en procurer.

« Un permis permet d’avoir le “droit de pousse” de Santé Canada et l’autre [permis], le nombre de grammes par jour. Ça te permet de t’affilier à deux ou trois producteurs agréés par Santé Canada pour commander par internet », explique Kevin Robidas.

Le prix de la consultation varie en fonction du nombre de grammes qui sera prescrit par le médecin, ajoute-t-il.

L’associé granbyen de l’Antidote, Kevin Robidas, offre un service d’accompagnement.

Ce que dit le Collège des médecins
L’entrée en vigueur d’un nouveau Règlement sur la marijuana à des fins médicales, en avril 2014, stipule que les médecins peuvent prescrire du cannabis séché à des fins médicales à des patients, explique par courriel Cassandre Corbeil, coordonnatrice aux communications au Collège des médecins du Québec.

Or, le cannabis séché n’est pas un traitement reconnu par la profession médicale et n’a pas fait l’objet de recherches scientifiques assez avancées, précise-t-elle.

Avant l’adoption du nouveau règlement, le rôle du médecin était uniquement de confirmer un diagnostic. Avec cette attestation, le patient pouvait envoyer sa demande à Santé Canada pour se procurer du cannabis séché à des fins médicales, explique Mme Corbeil.

À la suite de l’entrée en vigueur du nouveau règlement, le Collège des médecins du Québec privilégie la voie de la recherche, tel que le projet Registre Cannabis-Québec. Le médecin peut donc en prescrire, mais dans un contexte de recherche. En agissant ainsi, il respecte son code de déontologie.

L’entreprise Consult and grow, qui se décrit comme une firme de consultation spécialisée dans le Règlement sur l’accès au cannabis à des fins médicales, estime qu’il y a une plus grande ouverture face aux cannabinoïdes dans les autres provinces canadiennes.

« Les médecins enregistrés au Québec sont inconfortables face à leur ordre professionnel et ont peur des représailles qui pourraient leur être infligées, a fait savoir par courriel Francis Hébert, président de Consult and grow. D’autres sont seulement dans l’ignorance face à l’interaction des cannabinoïdes dans le corps humain et ont peur d’être reconnus comme un médecin prescripteur de cannabis. » Il précise que seulement deux ou trois médecins qui pratiquent au Québec en prescrivent, mais uniquement de petites doses et seulement en dernier recours.

La coordonnatrice aux communications précise que tous les collèges de médecins du Canada « se sont entendus pour interdire la télémédecine dans le cadre de prescription médicale », écrit-elle.

Faux, rétorque Francis Hébert, lorsque questionné à ce sujet. Il cite un article de la Loi sur les services de santé et les services sociaux pour appuyer ses dires. « Non seulement elle est légale au Québec et partout dans le Canada, mais elle est de plus en plus promue dans le pays entier puisqu’elle permet aux patients de prendre leurs douleurs chroniques en charge », explique M. Hébert.

Sa propre expérience
Afin d’accompagner d’éventuels patients, Kevin Robidas affirme avoir suivi différents cours et séminaires pour mieux connaître le cannabis et leurs effets. Le jeune homme a lui-même recours au cannabis à des fins médicales.

Depuis l’âge de 18 ans, il souffre d’épilepsie. Il a fait 17 crises en une seule année, dit-il. « C’était dangereux pour mon cœur », poursuit-il. Après avoir pris différents médicaments, il a opté pour le cannabis, substance qu’il a découverte en la consommant de façon occasionnelle et récréative.

« J’ai compris vite que quand je consommais, je ne faisais aucune crise, dit-il. Le cannabis médical n’avait pas d’effet secondaire et j’étais ultra fonctionnel. Je n’ai jamais refait de crise et je ne prends plus de médicaments. »