Une usine Bombardier à Montréal

Bombardier veut vendre d’autres usines et tempère ses cibles pour 2020

MONTRÉAL — Le redressement entamé il y a cinq ans demeure turbulent pour Bombardier, qui, en plus de vouloir vendre ses usines situées à Belfast en Irlande du Nord, et au Maroc, se distancie de ses objectifs de 2020.

Une semaine après avoir sabré ses prévisions pour l’exercice en cours, ce qui avait fait plonger le cours de l’action, le président et chef de la direction de l’entreprise, Alain Bellemare, a affirmé jeudi que les chiffres fournis pour 2020 ne constituaient pas une prévision en bonne et due forme.

«Ces cibles avaient été mises en place en 2015 afin de bâtir une organisation de classe mondiale, a-t-il déclaré, en point de presse, au terme de l’assemblée annuelle des actionnaires. Avec les défis devant nous dans le segment des trains, nous adoptons une approche prudente.»

Le changement de ton a été accueilli froidement par les investisseurs, puisque jeudi, à la Bourse de Toronto, le titre de l’avionneur a retraité de 12 cents, ou 5,13 pour cent, pour clôturer à 2,22 $.

Bombardier Transport est aux prises avec des problèmes d’exécution en lien avec cinq contrats d’envergure, ce qui fait en sorte que le chiffre d’affaires de cette division devrait être inférieur de 750 millions $ US cette année.

C’est ce qui a incité la direction à ne pas vouloir confirmer qu’à la fin de 2020, les revenus consolidés de la société seraient d’environ 20 milliards $ US et que les flux de trésorerie générés seraient d’au moins 750 millions $ US.

La multinationale espère tourner la page sur quelques contrats dès cette année et mise sur le nouveau dirigeant de Bombardier Transport, Danny Di Perna, en poste depuis février dernier à la place de Laurent Troger, pour y arriver.

«Nous voulons voir les progrès qui seront réalisés dans la division (transport) dans les prochaines semaines, les prochains mois, avant de parler de 2020», a dit M. Bellemare, lorsqu’interrogé sur la question.

Pourtant, pas plus tard qu’en décembre dernier, dans le cadre de sa journée consacrée aux investisseurs, Bombardier confirmait, dans un communiqué, «ses objectifs financiers pour 2020».

Même si la direction de l’entreprise a rapidement changé de ton depuis, elle ne devrait pas perdre sa crédibilité pour autant, a estimé M. Bellemare, citant notamment une amélioration au chapitre des revenus et du bénéfice d’exploitation depuis 2015.

«Bien que la direction ait indiqué qu’elle croit toujours qu’elle peut atteindre les chiffres de 2020, nous estimons que cela est risqué et nos estimations sont inférieures», a indiqué l’analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans un rapport.

Encore des ventes

Parallèlement, au cours des prochains mois, Bombardier tentera de trouver preneur pour ses usines de fabrication de composantes situées Belfast et Casablanca alors qu’elle regroupera son secteur aéronautique en une entité.

Les deux usines représentent environ la moitié des activités de la division aérostructures, qui a généré un bénéfice d’exploitation ajusté de 239 millions $ US en 2018.

Cette nouvelle vente d’actifs survient alors que Bombardier poursuit son retrait de l’aviation commerciale après avoir cédé le contrôle de la C Series, vendu le programme Q400 et des activités de formation de pilotes.

À terme, c’est quelque 3900 employés qui devraient passer dans le giron d’un éventuel acheteur. Cela signifie aussi que Bombardier cessera de construire les ailes de l’A220, l’ancienne C Series désormais contrôlée par Airbus. Le reste des activités de la division aérostructures sera concentré à Montréal, au Texas ainsi qu’au Mexique.

Bombardier Aviation, qui regroupera les activités des jets d’affaires, du programme d’avions régionaux CRJ - dont l’avenir demeure incertain - ainsi que de la fabrication de composantes, relèvera de David Coleal, qui dirigeait jusqu’ici la division des jets d’affaires.

M. Bellemare n’a pas voulu identifier d’acheteur potentiel ni précisé ce que l’entreprise pourrait empocher grâce à ses ventes. Selon l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, Bombardier pourrait obtenir de 400 millions $ US à 700 millions $ US.

Toutefois, une chose est certaine, l’argent ne servira pas à verser un dividende, ce qu’attendent de petits actionnaires qui ont fait connaître leur point de vue à ce sujet dans le cadre du rendez-vous annuel.

«Nous avons encore une dette de 9 milliards $ US, a rappelé M. Bellemare. Alors la prochaine étape sera de se pencher sur cette dette avant de penser où l’on va investir.»

Les intentions de Bombardier ont toutefois provoqué un tollé en Irlande du Nord, où l’entreprise compte 3600 employés, qui fabriquent également des pièces pour les A320 d’Airbus. Le syndicat Unite a exhorté le gouvernement britannique à agir pour préserver les emplois.

«Bombardier est tout simplement trop importante pour l’économie d’Irlande du Nord pour permettre une solution moins avantageuse», a fait valoir Unite, dans un communiqué.

M. Bellemare a assuré que la vente du site de Belfast n’était pas liée au Brexit, soulignant que la société comptait toujours 4000 employés dans sa division transport au Royaume-Uni.

Quant à sa performance financière pour le premier trimestre terminé le 31 mars, l’entreprise a affiché une perte ajustée de 122 millions $ US, ou sept cents US par action, par rapport à un profit ajusté de 35 millions $ US, ou un cent US par action, il y a un an. Pour leur part, les revenus se sont contractés de 13 pour cent, à 3,52 milliards $ US.

Les analystes sondés par Thomson Reuters tablaient sur une perte ajustée d’un cent US par action et sur un chiffre d’affaires de 3,62 milliards $ US.