Les Mohawks ont bloqué l’accès au parc mercredi, alors qu’il devait être rouvert à la population pour la pratique de certaines activités limitées de plein air.
Les Mohawks ont bloqué l’accès au parc mercredi, alors qu’il devait être rouvert à la population pour la pratique de certaines activités limitées de plein air.

Blocage du parc d’Oka: le milieu politique s’en remet au dialogue

Pierre Saint-Arnaud
Le Presse Canadienne
Le monde politique marche sur des oeufs face à la décision des Mohawks de Kanesatake de bloquer l’accès au parc national d’Oka, dans la région de Montréal.

Tant Ottawa que Québec s’en remettent au dialogue en cours entre la ministre provinciale des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, et le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon.

Les Mohawks ont bloqué l’accès au parc mercredi, alors qu’il devait être rouvert à la population pour la pratique de certaines activités limitées de plein air. Le conseil de bande de Kanesatake réclame un report de l’ouverture, disant craindre une contamination à la COVID-19 qui serait amenée par les Montréalais et les Lavallois, deux municipalités où la pandémie a fait des ravages.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a fait valoir que «nous voulons tous la même chose; nous voulons protéger nos citoyens de la COVID-19, assurer la santé et la sécurité, particulièrement de nos populations vulnérables».

M. Trudeau a déclaré que «les différents paliers de gouvernement, y compris les gouvernements autochtones, se doivent de travailler ensemble pour assurer qu’on prend des décisions appropriées pour protéger les citoyens. (...) Je pense que le leadership des différentes communautés devrait pouvoir s’entendre sur la meilleure façon à suivre.»

De passage à Montréal, son homologue québécois François Legault a tenu un discours similaire: «Je comprends que certaines nations, des représentants de nations autochtones soient inquiets de l’éventualité d’être infectés par des gens qui viendraient de l’extérieur dans le parc à Oka. C’est légitime. On essaie de discuter avec eux autres pour régler ça à l’amiable.»

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, refuse toujours, pour sa part, de parler de «barricades» ou de barrages routiers, et ce, même si l’accès au parc est bel et bien bloqué par les Autochtones. Cependant, ceux-ci ont aussi érigé depuis quelques semaines cinq points de contrôle routier non seulement autour du territoire de Kanesatake, mais aussi de la municipalité d’Oka, dans laquelle ils ne laissent entrer que les résidants.

«On parle de points de sécurité routiers. Ce ne sont pas des barricades. Il y a un différend avec le maire d’Oka et le grand chef (Simon) sur la façon d’exécuter ces points de sécurité», a-t-il affirmé.

«Une tragédie pour leur langue»

Marc Miller a beaucoup insisté sur le fait que cette communauté compte une soixantaine de personnes qui parlent toujours la langue mohawk et qu’il s’agit surtout de personnes âgées.

«Ce sont des personnes très vulnérables, vieilles en règle générale, donc il y a une certaine sensibilité évidemment qu’il faut respecter. Chaque fois qu’une personne d’âge avancé meurt, c’est une tragédie pour leur langue. Il faut comprendre la situation dans laquelle ils se trouvent», a-t-il plaidé.

Quant au fait que les personnes qui érigent ces barricades soient payées avec l’enveloppe de plus d’un demi-million $ fournie par Ottawa pour lutter contre la COVID-19, le ministre Miller n’a pas osé s’aventurer sur ce terrain.

«L’argent qui a été alloué à Kanesatake, entre autres, et dans toutes les communautés autochtones à travers le Canada est voué - à la discrétion de ces communautés - à l’approvisionnement de produits d’hygiène sanitaire de base pour protéger contre la pandémie, à mettre en oeuvre leur plan pandémique sur lequel ils ont oeuvré pendant des années et de s’assurer que les gens se tiennent en sécurité et observent et respectent les consignes médicales, sanitaires qui s’imposent.

«Loin de moi de juger de la façon dont les communautés exercent ce droit, qui est un droit des plus profonds», a tranché le ministre.

Marc Miller a ajouté que «si on est voué à l’autodétermination, il faut respecter les choix qu’ils font» et il en a profité pour souligner le travail «exemplaire» accompli par les différentes communautés autochtones, notant que «les preuves sont à l’appui en ce qui a trait au nombre de gens qui ont été infectés et les mesures qui ont été prises dans la plupart des communautés. Dans la mesure où il y avait une certaine éclosion, l’éclosion s’est estompée par l’intervention agressive des intervenants en santé, qu’on parle d’infirmières avec des ressources, soyons très francs, limitées.»

Déblocage en vue?

Ce dialogue sur lequel tous insistent pourrait débloquer sur une entente, si l’on en croit le ministre Miller.

«Jusqu’à présent, la ministre D’Amours est intervenue, est en discussion entre autres avec le maire d’Oka et le grand chef Simon et ces discussions portent fruit», a-t-il révélé, sans donner davantage de détails.

Il s’est dit disponible pour intervenir en cas de besoin.

«S’ils ont besoin, je suis en contact constant avec la ministre, le grand chef. Ils n’ont qu’à appeler, mais je reste, le gouvernement du Canada reste prêt à agir s’il y a quoi que ce soit, mais ils sont en train de gérer la situation.»

Marc Miller n’a pas hésité à rappeler à plus d’une reprise la récente crise ferroviaire, alors que des Autochtones et des sympathisants ont érigé des barricades sur des voies ferrées durant quelques semaines en appui à un groupe de protestataires autochtones opposés au passage d’un pipeline sur leur territoire en Colombie-Britannique.

«Comme vous le savez évidemment, si vous avez suivi durant le mois de février, ça prend une communication constante avec ces communautés pour pouvoir régler des différends», a-t-il dit.