Éric Michaud

Bébé brûlé aux mains: le bon thermomètre?

SHAWINIGAN — La présentation de la preuve au procès d’Éric Michaud a pris fin jeudi après-midi sur un débat concernant la pertinence d’utiliser un thermomètre à infrarouges pour mesurer avec précision la température de l’eau.

La défense a ainsi soumis sa thèse aux membres du jury réunis au palais de justice de Shawinigan. Éric Michaud, accusé de voies de fait graves contre une enfant de 15 mois, n’a pas témoigné durant son procès. Mais un chimiste est venu expliquer à la cour que l’utilisation de ce type de thermomètre n’est pas la bonne façon pour obtenir une mesure juste de la température de l’eau.

La poursuite avance que Michaud a délibérément plongé les mains de la fillette dans une friteuse en juillet 2017, causant des brûlures de deuxième degré. La défense plaide un événement accidentel causé par de l’eau chaude provenant de la baignoire.

Les tests effectués par la Sûreté du Québec avec un thermomètre à infrarouges emprunté au service de sécurité incendie de la Ville de Shawinigan ont démontré que la température de l’eau était de 51,3 degrés Celsius. Selon une experte qui a témoigné mercredi à la demande de la poursuite, un enfant en contact avec une eau indiquant une telle température doit être exposé au liquide durant plusieurs minutes pour subir des blessures aussi sérieuses. D’après la docteure Karine Pépin, un enfant sera brûlé au premier degré en six secondes et au troisième degré en 10 secondes s’il est exposé à une eau dont la température est de 54 degrés Celsius.

Me Pénélope Provencher, avocate de l’accusé, a fait témoigner Jocelyn Gagné. Selon ce chimiste de carrière, les policiers auraient dû utiliser une autre méthode.

«Le thermomètre à infrarouges n’est pas le type de thermomètre pour mesurer l’eau», a dit M. Gagné aux jurés.

Selon lui, il faut récupérer l’eau du robinet dans un récipient et y plonger un thermomètre de laboratoire afin d’obtenir la vraie température. Il a raconté à la cour avoir effectué différents tests qui ont démontré, selon lui, une différence positive de deux degrés lorsqu’un thermomètre de laboratoire est utilisé comparativement à la lecture obtenue via un thermomètre à infrarouges. De plus, lors de la prise de la température de l’eau bouillante, le thermomètre de laboratoire a indiqué 100 degrés Celsius, soit le degré d’ébullition, et le thermomètre à infrarouges a affiché 91 degrés.

La vapeur, les bulles, la poussière et des gouttelettes d’eau sur la lentille sont des éléments qui peuvent influencer la prise de température avec un thermomètre à infrarouges, soutient M. Gagné.

Contre-interrogé par le procureur de la poursuite, Me Benoit Larouche, M. Gagné a répondu ne pas avoir mené ses tests à la résidence de l’accusé, car la demande en ce sens déposée par Me Provencher a été refusée. M. Gagné a précisé ne pas avoir utilisé le thermomètre appartenant aux pompiers, car un thermomètre est un thermomètre. Il affirme qu’avoir utilisé ledit thermomètre n’aurait pas donné davantage de valeur à ses tests. M. Gagné a précisé à Me Larouche ne jamais avoir vu de gouttelettes d’eau sur la lentille du thermomètre utilisé par la police pour le test de température. Sa déclaration concernant les gouttelettes était une mise en garde.

D’entrée de jeu, Me Provencher avait mis la table concernant la position de la défense en indiquant au jury que son client réfute l’accusation à laquelle il fait face. Selon la version de la défense, Michaud était dans le salon de la résidence lorsque l’accident s’est produit, une version corroborée par des témoins. De plus, Me Provencher a soutenu que la thèse de la poursuite est impossible en considérant l’état physique des lieux et qu’aucune trace d’huile n’a été trouvée sur le comptoir de la cuisine ni sur le plancher. Elle a aussi relevé l’absence de trace d’ADN dans la friteuse.

L’avant-midi de jeudi a permis à la poursuite de clore sa preuve avec la fin du témoignage de Cynthia Dauphinais. La conjointe de l’accusé a admis avoir menti aux policiers en disant qu’elle se trouvait dans la résidence lors des faits, alors qu’elle se trouvait plutôt sur la véranda. Elle a rappelé avoir menti par crainte d’être prise à partie par le jugement populaire. Elle a précisé vouloir protéger des gens et a affirmé être convaincue que Michaud n’avait rien fait à la fillette.

Elle a aussi déclaré au procureur de la poursuite ne jamais s’être ébouillantée avec l’eau du robinet de la baignoire, mais qu’elle prenait soin d’actionner l’eau chaude et l’eau froide en même temps.

Durant le contre-interrogatoire de Cynthia Dauphinais mené par Me Provencher, celle-ci s’est attardée à mettre l’accent sur les contradictions relevées dans les différentes déclarations. Cynthia Dauphinais a dit qu’elle était en train de nettoyer la cuisine au moment du drame, qu’elle était partie chercher des vêtements pour la victime pour finalement dire qu’elle était sur la véranda.

Les plaidoiries des avocats auront lieu lundi. Le juge Étienne Parent devrait aussi y aller de ses directives au jury durant la journée de lundi ou mardi avant que les jurés ne se retirent pour déterminer le sort à réserver à Éric Michaud.