Jusqu’à une centaine de maisons de Sainte-Marie devraient au final disparaître des abords de la rivière Chaudière.

Beauce: grande opération de démolition au centre-ville de Sainte-Marie [VIDÉO]

SAINTE-MARIE — La fin des vacances de la construction rime avec le début d’une grande opération de démolition au centre-ville de Sainte-Marie, en Beauce. C’est avec un noeud dans la gorge que des propriétaires de maisons inondées à répétition ont vu les pelles mécaniques s’activer lundi.

«Les larmes ont sorti ce matin, mais là, il faut se résigner. On n’avait pas d’autre porte de sortie», commente Danielle Potvin, en regardant sa maison située sur l’avenue Chassé passer sous le pic des démolisseurs.

L’inondation historique survenue la fin de semaine de Pâques aura provoqué «beaucoup de chambardements» dans la vie de Mme Potvin. Voyant les prix des maisons «monter en fou» à Sainte-Marie après la crue printanière, Mme Potvin est déménagée à Deschaillons, dans Lotbinière, et a changé d’emploi. 

Elle ne conteste toutefois pas la décision de la Ville et du gouvernement de délocaliser ceux dont la maison est inondée à répétition. «Au niveau collectif, je pense que c’est comme ça qu’il fallait que ça se fasse et ça aurait dû être fait avant.»

Son voisin Norbert Nadeau ne se sent quant à lui «pas prêt» à partir. «Ça fait 60 ans que je reste ici […] C’est décourageant de voir nos rues se défaire de même», commente celui qui a racheté la maison de ses parents. Bientôt, toutes les maisons voisines seront rasées et leurs terrains transformés en espace vert. «La Ville nous donne un an pour partir», lance M. Nadeau, dépité, qui croit que «quelque chose aurait pu être fait» pour contenir la rivière, au lieu de faire disparaître tout un quartier. 

«Une nouvelle vie»

À quelques mètres de là, sur l’avenue Saint-Patrice, les deux fillettes de Jean-Bernard Gilbert s’amusent avec les briques de leur maison anéantie en moins de quatre heures. «On commence une nouvelle vie», souligne M. Gilbert, même s’il laisse derrière de nombreux souvenirs. 

Le citoyen dit toutefois avoir dû multiplier les appels au ministère de la Sécurité publique et à la Ville depuis trois mois avant de pouvoir franchir cette étape. «Ça a été très long, ils se sont mêlés dans mes dossiers», déplore-t-il, alors que plusieurs voisins attendent toujours leur permis de démolition. 

Même si la maison n’existe plus, M. Gilbert raconte qu’il ne sait pas encore quand le gouvernement lui enverra son chèque final, avec lequel il pourra régler son hypothèque et tourner la page pour de bon. 

Le gouvernement du Québec a annoncé ce printemps qu’il accorde jusqu’à 200 000 $ par maison sinistrée, jusqu’à 50 000 $ pour le terrain et que les coûts de démolition sont remboursés. 

La Ville de Sainte-Marie a jusqu’à maintenant adopté 53 résolutions pour faire démolir des résidences et reprendre les terrains, mais jusqu’à une centaine de maisons de Sainte-Marie devraient au final disparaître des abords de la rivière Chaudière.

Comme celle de Réjean Lavoie, située dans l’ouest de la ville et construite en 1947. Ayant résisté à toutes les inondations dans le passé, cette maison située dans un petit coin paisible n’aura pas survécu à celle de 2019.

C’est avec un noeud dans la gorge que des propriétaires de maisons inondées à répétition ont vu les pelles mécaniques s’activer lundi.

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DES CORRECTIFS RÉCLAMÉS

Les maires des municipalités inondées par la rivière Chaudière se réuniront jeudi pour faire le point et réclamer plusieurs correctifs à la Zone d’intervention spéciale (ZIS) décrétée par le gouvernement.

Le député de Beauce-Nord, Luc Provençal, indique qu’il doit avoir «une discussion» avec les maires de Beauceville, de Saint-Joseph, de Saint-Joseph-des-Érables, de Vallée-Jonction, de Sainte-Marie et de Scott, afin d’entendre leurs doléances.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec, dont il fait partie, a décrété en juin une ZIS où il est jusqu’à maintenant interdit de reconstruire, en raison du potentiel d’inondation récurrente. Cette ZIS a été ajustée à la mi-juillet, mais pas assez au goût de ces municipalités beauceronnes. 

Selon le député Provençal, la démolition de maisons s’impose à certains endroits, mais il croit également que du travail pourrait être réalisé sur la Chaudière. Il rappelle qu’à l’époque, trois barrages avaient été prévus sur la rivière afin de retenir les glaces et prévenir les embâcles. Un seul a toutefois été construit, soit le barrage Sartigan à Saint-Georges. 

«Depuis que le barrage a été fait à St-Georges-de-Beauce, il y a à peu près plus de problèmes d’inondations [dans cette ville]. Si est capables de faire un barrage ou d’autres interventions qui pourraient limiter la formation d’embâcles sur la rivière, on va aider toutes les municipalités qui sont en aval de la ville de Beauceville», plaide-t-il. 

M. Provençal, ex-maire de Beauceville, compte sensibiliser ses collègues ministres à cet enjeu ou «à tout le moins, leur partager mon expérience de la rivière Chaudière».

La Ville de Beauceville demande d’ailleurs au gouvernement de pouvoir surélever le boulevard Renault, son artère principale, afin de permettre quelques reconstructions de commerces. Une demande à laquelle le gouvernement n’a pas encore répondu.