L'autoroute 20 à Kamouraska
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Bas-Saint-Laurent: l'incendie de tourbières hors de contrôle

L'incendie qui fait rage depuis vendredi à la Tourbière Lambert de Rivière-Ouelle a repris en intensité samedi. Une soixantaine de résidents ont été évacués dans un secteur abritant une trentaine de maisons situées à moins d'un kilomètre du brasier.

«L'incendie n'est pas contrôlé», confirme le maire de la municipalité du Kamouraska, Louis-Georges Simard.

La majorité des citoyens évacués sont hébergés par des proches et cinq travailleurs de la tourbière ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Sept autres municipalités limitrophes sont sur le qui-vive et prêtes, elles aussi, à procéder à des évacuations.

L'incendie a été rapporté à la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) vers 15h vendredi. «On est intervenus dans l'heure qui a suivi avec des pompiers forestiers et trois avions-citernes, raconte la porte-parole, Mélanie Morin. On a été sur les lieux jusqu'à la noirceur.» Un hélicoptère de la SOPFEU est également sur place afin de transporter le matériel et le personnel d'un bord du sinistre à l'autre, pour surveiller la progression de l'incendie du haut des airs et pour faire de l'arrosage. Très tôt samedi, 20 pompiers forestiers de la SOPFEU étaient de retour.

120 hectares ravagés

De 15 hectares de forêt ravagés vendredi, la superficie est passée à 120 hectares samedi, équivalent ainsi à 168 terrains de football. Du côté de la tourbière, la surface rasée par le feu serait au moins trois fois plus grande. «C'est certain que la superficie brûlée est plus grande que ça, mais la SOPFEU se charge de la portion en forêt, précise Mme Morin. Les pompiers municipaux se chargent de la portion dans la tourbière.» «Le feu est pris dans de grosses meules de tourbe, remarque le maire Simard. C'est ça qui doit être éteint.»

En fin de journée samedi, la SOPFEU considérait que l'incendie de la portion en forêt était contenu. «Ça veut dire que sa progression libre est arrêtée temporairement, explique la porte-parole. Il n'est pas exclu qu'il y ait encore un peu de progression. Les conditions météo font en sorte qu'on voit quand même une activité à l'intérieur du périmètre. C'est en raison des vents, de la chaleur et de la sécheresse qu'on connaît présentement.»

À son avis, il est tout à fait normal que des flambées et de la fumée aient pu réapparaître plus tard dans la journée. «Le matin, il y a plus d'humidité, c'est plus frais, il y a moins de fumée. Lorsque la journée se réchauffe, lorsque les vents se lèvent, on a plus de flammes.» C'est la raison pour laquelle un avion-citerne de la SOPFEU est retourné arroser les lieux sur l'heure du dîner samedi.

Centre de coordination

Un centre de coordination, qui avait d'abord été installé à la salle municipale de Rivière-Ouelle, a dû être rapidement déménagé au Centre Bombardier de La Pocatière, par crainte que la fumée n'envahisse l'endroit situé au coeur du village. «On n'a pas pris de chance», indique M. Simard.

En fin de journée samedi, aucune résidence ni aucun bâtiment n'étaient menacés d'incendie. Mais, bien qu'il ne le souhaite évidemment pas, le maire n'écarte aucune possibilité. «Ça se pourrait dans le futur. Mais présentement, à ma compréhension, il n'y a pas réellement de bâtiments menacés. Il y a beaucoup d'arrosage qui a été fait à côté des bâtiments pour réduire la propagation de l'incendie. Mais, ça pourrait changer!» L'élu soulève par ailleurs que, dans l'éventualité où le feu se propagerait à des fermes du secteur et qu'il faudrait évacuer des animaux, la direction régionale de la sécurité civile et le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec seraient prêts à intervenir.

Agriculteurs en renfort

Avec leurs tracteurs et des citernes, une trentaine d'agriculteurs n'ont pas hésité à venir en renfort aux pompiers venus de plusieurs municipalités pour tenter de circonscrire l'élément destructeur du côté de la tourbière. «Ils s'approvisionnent en eau et vont arroser en mode préventif, salue le maire Simard. Il faudra voir comment on pourra remplacer ces gens-là parce qu'il y en a qui travaillent depuis plus de 24 heures. C'est un défi!»

Pour dimanche, la SOPFEU prévoit doubler le nombre de pompiers forestiers. «On va y aller en force pour s'assurer que pour la portion en forêt, on puisse atteindre nos objectifs», souligne la porte-parole. Elle s'attend à ce que cet incendie dure encore quelques jours. «Une tourbière, ça brûle profondément, lentement et longuement.» Pour l'instant, la cause reste à déterminer. «C'est tellement sec, laisse tomber Louis-Georges Simard. C'est désolant, cette sécheresse en juin!»

Avertissement de smog

Un imposant panache de fumée est visible à plusieurs kilomètres. L'odeur qui s'en dégage et le smog qu'il provoque sont perceptibles dans plusieurs municipalités du Bas-Saint-Laurent, de Chaudière-Appalaches et de la Beauce. Selon la SOPFEU, c'est d'ailleurs ce qui complique le combat. «Une tourbière, juste en raison de son contenu, produit énormément de fumée, décrit Mme Morin. Donc, ça fait en sorte que quand on fait une évaluation du haut des airs, c'est difficile de voir la superficie touchée et de la calculer. C'est également ce qui va incommoder les gens aux alentours et le long des chemins.»

Environnement Canada a d'ailleurs émis un avertissement de smog pour les secteurs de Kamouraska, Pohénégamook, Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles. «Des concentrations élevées de particules fines sont prévues et entraîneront une mauvaise qualité de l'air», peut-on lire dans un communiqué publié par le ministère. Selon la direction de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le smog représente une menace pour la santé des citoyens des municipalités environnantes. «La fumée de feux de forêt est un mélange complexe de gaz et de particules, explique l'organisme par voie de communiqué. Le panache de fumée contient des substances irritantes qui peuvent aggraver ou provoquer des symptômes chez des personnes fragiles ou vulnérables.» Il est donc recommandé de rester à l'intérieur, de fermer les fenêtres et l'échangeur d'air ainsi que d'éviter toute autre source polluante, comme la peinture.

Fumée jusqu'à Québec

Les pompiers de la Ville de Québec ont reçu plusieurs appels en fin de journée samedi, concernant la présence de fumée dans le ciel.

Après plusieurs vérifications des différents secteurs, aucun incendie n'était en cours dans la ville, il s'agirait en fait de la fumée résiduelle provenant de l'incendie de tourbières de Rivière-Ouelle, elle vient de la rive-sud du fleuve Saint-Laurent. 

«Dans les conditions actuelles, cette fumée ne présente aucun risque pour les habitants de Québec», note Alexandre Lajoie, porte-parole du service d'incendie. Avec la collaboration de Judith Desmeules

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Le point bleu montre l'endroit où les photos ont été prises.