Le début de la deuxième partie de l’audience publique sur la construction du tramway de Québec avait lieu lundi soir.
Le début de la deuxième partie de l’audience publique sur la construction du tramway de Québec avait lieu lundi soir.

BAPE sur le tramway: craintes, appuis et questions sans réponses [PHOTOS]

Léa Martin
Léa Martin
Le Soleil
Un niveau de décibels trop élevé, des arbres matures en périls, des expropriations floues et un projet peu inclusif: le début de la deuxième partie de l’audience publique lundi soir sur la construction du tramway de Québec a donné le ton des échanges sur un projet encore controversé.  

Les chaises distancées sont vides dans la grande salle qui peut accueillir jusqu’à 250 personnes. Environ une douzaine de citoyens et représentants d’associations se sont déplacés pour faire part de leur mécontentement face au projet de tramway tel que présenté aujourd’hui. «Il ne faut pas oublier que c’est l’été et qu’il est possible de suivre l’audience sur notre site, sur MAtv, sur Youtube et sur notre page Facebook», a expliqué le coordonnateur au développement des communications au BAPE, Pierre Turgeon. Pour les séances de mardi, un rideau sera installé afin que la salle ait l'air moins vide.    

Des étudiants de l’Université Laval semblent toutefois plutôt satisfaits du projet. «Nous savons que le secteur des transports est responsable de l’émission de gaz à effet de serre au Québec», a indiqué la présidente de l’AELIES, Aurele Fanny Deutcha Nguelieu. «Ce projet va participer de manière importante à réduire les GES depuis que le tramway sera propulsé entièrement par l’électricité.»

La présidente de l’AELIES, Aurele Fanny Deutcha Nguelieu prend la parole en compagnie de Keven Imbeault, président de la CADEUL. 

Pour sa part, Danielle Chapleau, géographe et artiste, est venue exprimer le mécontentement des résidents du boulevard René-Lévesque Ouest face aux lettres d’expropriation qu’ils ont reçu aux alentours du 10 juillet dernier. «Les lettres d’expropriations sont d’un ridicule consommé», a-t-elle déclaré. 

Elle déplore la communication «douteuse» sur les tenants et aboutissants de cette expropriation qui crée du «stress et de l’anxiété» chez les résidents. Elle s’inquiète tout particulièrement pour le futur des «grands arbres» qui arborent la rue dont elle montre des photos. «Quelle que soit la dimension de la bande de terrain expropriée, cette intrusion aura un impact majeur sur ces arbres d’exception […]. Abattre des arbres matures de cette taille serait une erreur monumentale», indique-t-elle en soulignant l’importance d’un impact qui peut sembler si mince à l’échelle du projet.  

Danielle Chapleau est venue exprimer le mécontentement des résidents du boulevard René-Lévesque Ouest face aux lettres d’expropriation.

Si Denis Lemay, du regroupement des riverains de l'emprise d’Hydro-Québec, présente tous les arguments possibles contre le bruit que provoquera le tramway avec chiffres à l’appui, Michel Masse du comité des citoyens du Vieux-Québec est déçu de l’abolition de la station qui devait voir le jour à la place D’Youville.  

 Un plan pour contrer les inégalités   

De leur côté, Yvon Charest (signataire d'une lettre collective) et le comité populaire Saint-Jean-Baptiste apportent leur appui au projet, mais rappellent l’importance de contrer les répercussions néfastes de l’embourgeoisement sur les populations plus vulnérables de la ville. Pour ce faire, ils proposent un nombre minimum de logements sociaux à proximité de la ligne, ainsi qu’un accès au service à coût modique pour les personnes à faible revenu.   

Marc Fafard et Diane Tremblay sont aussi venus militer pour le maintien d’une station de tramway à la hauteur de la rue Gérard-Morisset. «On parle beaucoup du Cégep, alors qu’ils peuvent marcher, alors que les nôtres, ils ne peuvent pas marcher», ajoute Diane Tremblay en parlant des occupants de la résidence pour personnes âgées, La Champenoise, qui sont très dépendants du transport en commun, notamment pour faire leurs courses. 

34 questions encore sans réponses  

Plus tôt dans la journée, une lettre du BAPE rendue publique a traduit l’impatience de l'organisme devant 34 questions qui restent sans réponse de la part de la Ville de Québec. «Vous comprendrez que pour remplir son mandat, il est nécessaire que la commission d‘enquête ait accès à l’information qu’elle juge pertinente à ses travaux», a écrit la présidente de la commission d’enquête, Corinne Gendron, dans une lettre adressée au directeur de projet de la Ville de Québec, Daniel Genest, rendue publique le 3 août. «Vous comprendrez également que la commission doit obtenir les informations demandées le plus rapidement possible considérant les courts délais qui lui sont impartis par la loi afin de compléter son mandat», peut-on aussi lire dans la missive.  

Les chaises étaient distancées dans la grande salle qui peut accueillir jusqu’à 250 personnes, mais seulement une douzaine de citoyens et représentants d’associations se sont déplacés.

Le 29 juillet, la commission a déposé 34 questions et s’attendait à une réponse de la part de la Ville le 31 juillet. Cette dernière a demandé un délai à la commission qui a fini par accepter un premier bloc de réponses le 5 août et le second pour le 7. «On leur a donné deux jours pour répondre, mais il faut comprendre que les réponses à ces questions sont déjà existantes», indique Pierre Turgeon. «C’est la deuxième fois qu’ils nous demandent des délais.» 

Parmi les préoccupations, il est question entre autres des conditions hivernales du tramway, les impacts sur la santé des citoyens, sur l’environnement, ainsi sur le partage des routes. On demande des exemples d’autres villes ayant un climat similaire qui utilisent un tramway, plus d’information sur les habitudes de déplacement des futurs utilisateurs, si le projet touche le travail des taxis, etc.