L’Armée du Salut justifie l’éventuelle fermeture le 31 juillet de l’Hôtellerie pour hommes et de la Maison Charlotte par la «non-viabilité» des installations.
L’Armée du Salut justifie l’éventuelle fermeture le 31 juillet de l’Hôtellerie pour hommes et de la Maison Charlotte par la «non-viabilité» des installations.

Armée du Salut au Canada: des placements de plus de 1 milliard $

L’Armée du Salut a évoqué la semaine dernière des difficultés financières pour justifier sa décision de fermer ses deux centres d’hébergement du Vieux-Québec. Une explication que met en doute l’ancien directeur d’école Roger Lessard, qui s’est intéressé aux revenus de l’organisation au Canada. L’an dernier, constate-t-il, le Conseil de direction de l’Armée du Salut du Canada a déclaré des placements à long terme d’une valeur de plus de 1,1 milliard $ et des revenus d’intérêts et de placements s’élevant à plus de 78 millions $. À l’Armée du Salut, on assure que l’Hôtellerie pour hommes et la Maison Charlotte n’étaient «plus viables».

Après avoir lu le reportage du Soleil annonçant la fermeture le 31 juillet de l’Hôtellerie pour hommes et de la Maison Charlotte de l’Armée du Salut, celui qu’on connaît surtout comme un défenseur des victimes de prêtres a écrit aux médias pour leur partager le fruit de ses observations. 

Roger Lessard ne comprend pas comment l’Armée du Salut peut évoquer des difficultés financières pour justifier sa décision de mettre un terme à sa mission d’hébergement dans le Vieux-Québec alors que l’organisme de bienfaisance a déclaré en mars 2019 des placements à long terme de 1 127 163 905 $ et des revenus d’intérêts et de placements de 78 392 521 $, des montants qui apparaissent effectivement aux lignes 4140 et 4580 de la Déclaration de la situation financière de l’organisation, a constaté Le Soleil. 

Selon M. Lessard, en 2009, les placements à long terme de l’Armée du Salut au Canada s’élevaient à environ 4,9 millions $, un montant que nous n’avons pas pu vérifier sur le site de l’Agence du revenu du Canada, les renseignements financiers pour cette année n’y étant plus disponibles. 

En 10 ans, les placements de l’organisme de charité auraient donc plus que doublé, calcule le Thetfordois. «D’année en année, l’Armée du Salut accumule des placements et des revenus de placements et d’intérêts» à partir des dons qu’il reçoit de la population, observe Roger Lessard, selon qui ces sommes «ne sont pas retournées dans la communauté». 

«L’accumulation de sommes faramineuses fait-elle partie de la mission et des valeurs de l’organisme» à but non lucratif? demande M. Lessard, qui croit que l’Armée du Salut du Canada a tout à fait les moyens d’assumer les coûts annuels de 650 000 $ associés aux services d’hébergement de l’organisation dans le Vieux-Québec. 

Au 31 mars 2019, les actifs de l’organisme s’élevaient à 1 258 358 859 $, ses passifs, à 704 024 426 $, ses revenus, à 233 744 991 $, et ses dépenses, à 199 062 955 $.

Installations «non viables»

Nous avons fait part des observations et des interrogations de Roger Lessard au service des communications de l’Armée du Salut, qui nous dit que la «difficile» décision de fermer l’Hôtellerie pour hommes et la Maison Charlotte à Québec, de même que la résidence pour personnes âgées Montclair à Montréal, a été prise «à la lumière d’une évaluation approfondie de nos opérations et selon les recommandations qui nous ont été fournies par un cabinet comptable professionnel». 

«Nous évaluons régulièrement nos opérations à travers le pays et concentrons nos ressources sur les programmes et services qui assurent le plus de valeur aux communautés que nous desservons», indique-t-on. 

«Malheureusement, les deux installations de Québec ne sont plus viables», et la Résidence Montclair de Montréal n’était pas utilisée à pleine capacité, explique l’organisation.

L’Armée du Salut assure que cette décision n’a pas été prise «à la légère», et que ces fermetures «nous permettront de mieux servir la communauté québécoise grâce à nos autres programmes qui fournissent des services alimentaires, des vêtements et des meubles d’occasion, des services d’urgence et d’aide aux sinistrés, ainsi que des services sociaux aux personnes et aux familles dans le besoin». 

«Nous nous engageons à travailler avec des partenaires locaux pour nous assurer que ceux qui en ont besoin continuent de recevoir l’aide au logement dont ils ont besoin», ajoute-t-on.

Gérer de façon «responsable»

L’organisation chrétienne souligne du reste que le Conseil de gestion territorial «veille à superviser la gestion de toutes les ressources financières et immobilières de l’Armée du Salut au Canada». 

«Le conseil d’administration gère les ressources financières de façon responsable et avec diligence afin de s’assurer que nous sommes en mesure de continuer à soutenir les personnes dans le besoin, et ce, partout au pays», indique l’Armée du Salut. Les états financiers de l’organisme, précise-t-on, sont «vérifiés par des professionnels et accessibles en ligne pour le public». 

La semaine dernière, l’Armée du Salut nous avait expliqué qu’elle n’était pas admissible aux subventions du Programme québécois de soutien aux organismes communautaires, sa structure ne répondant pas aux critères. 

«Ça fait plusieurs années qu’on veut avoir ces subventions, mais c’est refusé parce que le conseil [de direction] de l’Armée du Salut est à Toronto. Il y en a un par pays, et le nôtre est à Toronto», nous avait dit la porte-parole de l’organisation pour le Québec, Brigitte St-Germain.

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L’ARMÉE DU SALUT DU CANADA ET… DES BERMUDES

À l’échelle internationale, l’Armée du Salut est divisée en territoires, en secteurs et en régions. Le territoire de l’Armée du Salut du Canada a été jumelé avec celui et des Bermudes, mentionne-t-on sur le site Internet de l’organisation. 

Le Conseil de direction de l’Armée du Salut au Canada est la principale personne morale qui régit les activités de l’Armée du Salut au Canada. Cette société sans but lucratif, établie par une loi spéciale du Parlement canadien, administre la majorité des actifs de l’Armée du Salut. Aux Bermudes, l’Armée du Salut gère ses actifs par l’entremise de The Salvation Army Corporation of Bermuda, établie par une loi spéciale du Parlement bermudien.

Question de taille de territoire

Questionnée à savoir pourquoi les territoires du Canada et des Bermudes ont été jumelés, la responsable des communications de l’Armée du Salut pour le Québec, Brigitte St-Germain, explique qu’historiquement, «le territoire des Bermudes était et est toujours trop petit pour former un territoire à lui seul». «Il fallait donc qu’il soit jumelé avec un autre [comme la Belgique et la France ensemble, par exemple]. Comme ils ne sentaient pas vraiment de lien avec les États-Unis [...], ils ont préféré se joindre au Canada qui, comme eux à l’époque, était une colonie britannique», explique Mme St-Germain.

L’Armée du Salut est présente dans 125 pays et est dirigée par le «général», dont le bureau est à Londres, en Angleterre.  

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L’ARMÉE DU SALUT AU CANADA, EN BREF

  • Organisation chrétienne internationale implantée au Canada depuis 1882
  • Présente dans 400 collectivités canadiennes

En 2017-2018

  • 1,7 million de personnes aidées au Canada et aux Bermudes
  • 3,2 millions de repas servis gratuitement 
  • 7300 places offertes dans des refuges et des établissements de traitement (toxicomanie ou santé mentale)
  • 21 000 victimes de sinistres ou de catastrophes naturelles soutenues 
  • Paniers de Noël et jouets distribués à 269 000 personnes 

Source: rapport annuel 2017-2018 de l’Armée du Salut au Canada