Après ses sept semaines d’entraînement pour devenir membre de la Réserve des FAC, Annie Tougas a reçu un certificat honorant ses «qualités supérieures».

Annie Tougas devient soldat: tout un accomplissement

L’automne dernier, elle accompagnait son fils intéressé par les Forces armées canadiennes aux portes ouvertes du Collège militaire royal de Saint-Jean. Le lendemain matin, c’est elle qui cherchait à s’enrôler ! Un tour de force qu’elle a réalisé en devenant membre de la Réserve en moins d’un an. Rencontre avec soldat Tougas.

Annie Tougas ne le cache pas : elle a toujours été attirée par l’uniforme. Mais jamais elle n’a osé plonger, dit la mère de deux enfants qui a de l’énergie à revendre. La rebelle en elle hésitait...

C’est un besoin de relever de nouveaux défis jumelé à sa visite de l’institution militaire l’an passé qui a agi comme bougie d’allumage. « Aux portes ouvertes au Collège militaire, dans le pavillon central, avec tous ces gens en uniforme, j’ai dit à mon chum ‘C’est exactement ça ! C’est ça que je veux faire ! ’ », raconte la femme de 43 ans, radieuse après avoir passé la moitié de son été à repousser ses limites, autant physiques que psychologiques.

Quand elle raconte son expérience « plus grande que nature », elle en a des frissons.

La grande forme
S’entraîner ou accompagner les autres dans leur entraînement a toujours fait partie de la vie d’Annie Tougas. Longtemps, elle a été franchisée Cardio plein air dans la région. Ainsi, elle s’est présentée au camp d’entraînement des recrues, à Valcartier, en pleine forme. D’ailleurs, sa rigueur, son organisation, sa capacité d’adaptation, sa maturité, sa détermination et sa persévérance ont fait dire à plusieurs supérieurs, pendant son séjour, qu’elle était une « candidate idéale » pour entrer dans l’armée.

« À 43 ans, j’avais une longueur d’avance, dit-elle. Je suis arrivée là, dans un groupe où la moyenne d’âge était d’environ 22 ans, avec un bagage énorme. J’étais prête pour ça. Même parmi des jeunes de 16 à 24 ans, je torchais ! »

Malgré tout, avoue-t-elle, elle a pensé lâcher à deux reprises. « Dans les Forces régulières, j’aurais fait 12 semaines de camp, raconte-t-elle, sourire en coin. Là, dans la Réserve, j’en ai fait ‘juste’ sept, et j’ai été trrrès, trrrrès bien servie ! Dans les 12 premiers jours, j’ai appelé mon chum deux fois en pleurant en me disant ‘Qu’est-ce que je fais ici ? ’ J’étais fatiguée, épuisée. Ils font tout pour te casser les deux premières semaines. Et, je me trompe, où il y a eu des canicules cet été ? ! »

Au total, huit personnes ont quitté dès les premiers jours d’entraînement. « À un moment donné, tu comprends que ta force doit devenir la force de l’autre et vice versa, explique-t-elle. L’esprit d’équipe, c’est la clé. Aussi, même si c’est super intense, un jour tu réalises que tout a une signification. Ils font tout pour te préparer au pire. »

Comme dans l’armée
Ainsi, tous les jours, soleil de plomb ou non, les futurs réservistes portaient leur uniforme complet (casque ou béret militaire, lunettes et veste tactiques, masque à gaz et fusil. « Il n’y a rien de confo là-dedans ! , lance Annie. J’ai sué comme jamais. En plus, on court toujours ! »

Soldat Tougas entourée de ses coéquipiers en formation.

Là-bas, autant à Valcartier qu’à Laval où elle a complété sa formation de sept semaines, Annie faisait toujours des journées de 19 heures entrecoupées de cours théoriques et d’entraînements divers. Par exemple, en entrant et en sortant d’une salle de cours, tous les futurs soldats devaient se plier à une série de push-ups et de chin-ups. « On pouvait en faire jusqu’à 200 par jour ! », rapporte-t-elle. Un horaire qui lui a fait prendre conscience que son corps pouvait fonctionner à plein régime, même si elle était au bord de l’épuisement.

« Moi qui étais allergique à ceux qui osent dire ne pas avoir l’énergie nécessaire pour s’entraîner après leur journée de huit heures de travail, je le suis encore plus ! , ne cache pas le nouveau soldat. La capacité du corps, c’est incroyable. Les barrières, c’est nous qui nous les mettons... »

Autant au point de vue physique que mental, insiste-t-elle.

« Habituée de leader, j’ai développé ma capacité d’écoute, dit Annie. J’ai renforcé mon ‘mental’, parce que là-bas, t’as pas le droit de t’écouter. Tu réagis. »

« Ils veulent voir comment tu réagis à la pression », ajoute-t-elle.

Capacité que tous ont pu évaluer lors de leur dernière semaine de formation. Un « clos » de cinq jours dans le bois, à l’image d’un véritable « état de guerre ».

« J’ai tripé, raconte Annie, des étoiles dans les yeux. On était des soldats fantassins. En cinq jours, j’ai dormi sept heures ! C’était ca-po-té ! Là, ta capacité d’adaptation doit être over the rainbow. »

Dans le cadre de cette Qualification Militaire de Base-Terre (QMBT), Annie a reçu un certificat honorant ses « capacités supérieures en tant que troisième finissante », sur 31 réservistes.

« Après l’arrivée de mes enfants, c’est mon plus grand accomplissement, insiste-t-elle. Je ne vivrai sans doute plus jamais quelque chose d’aussi grand. J’étais sans mots. Ce que j’ai accompli est pour moi inestimable. »

« Aujourd’hui, je ne suis pas une nouvelle Annie, mais une version améliorée de moi-même, conclut le soldat Tougas. J’espère que ce mindset va rester en moi toute ma vie. »

Et si la guerre éclate?

Lors d’un déploiement, les réservistes ne sont pas obligés de partir. Toutefois, tous peuvent se porter volontaires. Si le besoin se manifeste quelque part sur la planète, chose certaine, soldat Tougas répondra présent.

« C’est clair que s’il y a une mission, je me mets disponible ! , lance-t-elle to de go. Je veux le faire, c’est sûr. Je suis prête. Je suis mure pour ça ! »

Membre de l’Unité de Réserve des Forces armées canadiennes de la 52e Ambulance de campagne de Sherbrooke, Annie Tougas se prépare à suivre sa formation comme adjointe médicale. Son « cours de métier » durera six semaines, à l’été 2019, en Ontario. D’ici là, elle entend poursuivre son travail de gérante dans un resto sherbrookois tout en visant l’achèvement de son baccalauréat en kinésiologie à l’université. Dans un avenir pas si lointain, elle aimerait tenter sa chance comme recruteur au sein des Forces armées. « Ce que j’ai vécu cet été ça a touché un bouton : je serais prête à aller à la guerre n’importe quand, insiste-t-elle. Les deux pieds joints ! Je veux aider mon prochain à retrouver sa mobilité. L’aide médicale c’est de porter secours. J’espère vraiment vivre ça. »

D’ailleurs, Annie souligne que pour elle, le mot « armée » rime davantage avec « paix » qu’avec « guerre ».

« On défend notre pays, dit-elle, la première surprise par son nouveau côté patriotique. Mon sentiment d’appartenance est puissant. Et ça vient de l’esprit d’équipe. »

« Mon chum, qui est policier, m’a déjà dit un jour, en allant aider à Haïti, que s’il fallait qu’il meure en mission, il serait heureux, raconte Annie. Aujourd’hui, je comprends. C’est une force plus grande que nature que d’être formée pour la défense nationale. Ceci dit, l’habit ne fait pas le moine ! Ce qui compte, c’est ce qu’il y a sous l’uniforme ! »