Colleen Gifford et Ned Ellis constatent avec désarroi que l’une de leurs proches atteinte d’Alzeihmer, Peneloppe Ellis, dont ils tiennent la photo, est victime de la pénurie de préposés à la résidence pour personnes âgées où elle demeure.

Alzheimer: laissée seule pendant 14h

Tout n’est pas rose dans le secteur privé de la santé, qui souffre lui aussi de la pénurie de main-d’œuvre observée dans le système public. Un couple de Chelsea le constate avec désarroi, depuis six mois, alors qu’une de leurs proches atteinte de la maladie d’Alzheimer a été laissée à elle-même, pendant 14 heures, dans sa chambre d’une résidence pour personnes âgées de Gatineau.

La vie de Peneloppe Ellis, 76 ans, a basculé en mai dernier, à la suite d’une crise cardiaque déclenchant chez elle la maladie d’Alzheimer. D’une personne âgée autonome, se rendant à l’église quatre fois par semaine, elle est devenue une tout autre personne.

Résidente au Château Symmes, dans le secteur Aylmer, elle est passée de l’étage des personnes autonomes à celui des gens incapables de subvenir à leurs besoins de base.

« Tout s’est bien passé pendant les deux premières années, dit sa belle-sœur, Colleen Gifford. Elle résidait déjà à cet endroit, alors nous avons décidé d’y rester. »

L’affreuse maladie a fait ses ravages : désorientation, perte de mémoire et incontinence.

Entretenant des doutes sur les soins que Mme Ellis recevait, la famille a placé deux caméras dans la chambre, au su de la direction du Château Symmes. Ces caméras s’activent lorsque des mouvements sont décelés.

« C’est à ce moment que nous avons constaté qu’elle avait passé une nuit entière seule, sans surveillance. Nous l’avons trouvée le lendemain, dans ses excréments — il y en avait partout — et personne n’était intervenu pendant tout ce temps », raconte Mme Gifford.

Selon elle, Mme Ellis est restée seule de 20 h à 10 h, une nuit d’octobre. « Le personnel est censé faire des vérifications toutes les deux heures », déplore-t-elle.

Elle aurait par ailleurs été laissée à elle-même, dans un lit et des vêtements souillés. « Ma femme a dû la laver le lendemain et nettoyer la chambre. À qui de faire le travail ? » demande le frère de la résidente, Ned Ellis.

La famille craint que d’autres situations semblables se soient produites. « J’ai l’impression que je dois former le personnel, quand j’y suis, indique Mme Ellis. Il nous a fallu engager une préposée à temps partiel, pour s’assurer que Penny reçoive plus d’aide. »

Depuis le mois de juin, la famille a écrit à plusieurs reprises à la direction pour se plaindre du manque de propreté dans la chambre.

Pénurie

La directrice générale de la résidence, Marie-Andrée Malette, dit être au fait de la situation, et mentionne qu’un plan d’intervention a été élaboré avec la famille.

« Mon enquête n’est pas terminée, mais nous prenons cette situation au sérieux », explique Mme Malette.

« Si vous appelez partout, vous constaterez que c’est un domaine où il y a pénurie de main-d’œuvre. C’est ainsi partout dans le domaine de la santé. Il arrive qu’on n’est pas capable de remplacer les employés qui sont absents, en congé de maladie. Je dis souvent aux familles que je n’ai pas d’arbre, à l’extérieur, qui fait pousser des préposés. »

Par ailleurs, plusieurs préposés sont de nouveaux arrivants qui ne comprennent pas assez bien la langue du pays d’accueil, selon Mme Gifford. « Le secteur privé ne devrait pas s’occuper des cas comme ceux-là, affirme M. Ellis. On constate, en tant que clients anglophones, qu’il existe une barrière de la langue avec les employés. »

« Je comprends, dit Mme Malette, que l’on a parfois à gérer différentes cultures, des gens qui n’ont pas la même approche avec les résidents. »

Le couple affirme cependant pouvoir communiquer adéquatement avec la direction.

Marie-Andrée Malette admet que personne n’est parfait, mais qu’il n’existe pas « 1001 solutions ».

« Je comprends très bien leur frustration, mais ce matin, Penny est bien, et de bonne humeur. »

La directrice explique que les résidences privées sont comparées aux soins à domiciles aux yeux du gouvernement, et que les subventions ne sont pas les mêmes que dans le secteur public.