Le palais de justice de Québec

Alexandre Bissonnette: une personnalité limite, un risque de récidive inconnu

Il est impossible de se prononcer sur le risque de récidive spécifique que représente Alexandre Bissonnette, estime le psychiatre Gilles Chamberland. Et avec son trouble de personnalité limite, le travail de réhabilitation sera très ardu, prévient l’expert.

Le Dr Gilles Chamberland de l’Institut Philippe-Pinel a rencontré Alexandre Bissonnette durant quatre heures mercredi après-midi à la demande de la Couronne.

Il en arrive à un diagnostic qui n’avait pas été évoqué par les experts psychiatres de la défense, soit qu’Alexandre Bissonnette souffre d’un trouble de personnalité limite.

Ce problème de santé mentale expliquerait, aux yeux de l’expert, l’immense peur de Bissonnette d’être abandonné par ses parents, ses anxiétés, ses idées suicidaires récurrentes.

Pour le Dr Chamberland, qui avait notamment été entendu à la cour lors du procès du tueur Luka Rocco Magnotta, le trouble de personnalité de Bissonnette a joué dans le drame.

À l’adolescence, la vie apparaît de plus en plus lourde pour le jeune homme, victime d’intimidation. L’idée du suicide devient la solution à son problème.

Puis, la lecture d’articles sur des tueries de masse aux États-Unis génère une excitation dans la vie morne du tueur. «Il veut montrer que lui aussi veut s’imposer, que lui aussi peut se venger», analyse le Dr Chamberland.

Les armes deviennent le centre de sa quête et une véritable obsession, constate le psychiatre. Bissonnette se désintéresse de l’école, du travail. Il ne parvient pas à concrétiser son sinistre projet à quelques jours de son 27e anniversaire, dans le stationnement souterrain de Laurier Québec.

En janvier, à la veille de son retour au travail, la tension est maximale, estime le psychiatre.

Alexandre Bissonnette échafaude une construction mentale «fausse et totalement raciste», commente le psychiatre, en ciblant les musulmans du Centre culturel islamique de Québec.

Aux yeux du psychiatre de la Couronne, la tuerie du 29 janvier 2017 est un crime «empreint de racisme, même si monsieur ne le voit pas».

Mais si on lui demande s’il s’agit de terrorisme, le psychiatre répond par la négative. «C’est un crime trop égoïste pour que ce soit du terrorisme, dit le Dr Chamberland. Monsieur n’a aucune préoccupation de changer les choses, de porter une cause. C’est fait seulement en fonction de lui.»

Alexandre Bissonnette a fait une tuerie de masse parce qu’il était poussé par la vengeance, après avoir accumulé des années d’insultes, dit le psychiatre. L’idée d’avoir un pouvoir de vie et de mort sur quelqu’un était aussi bien présente, estime l’expert.

Outils inutiles

Le psychiatre Chamberland a qualifié «d’impeccable» le travail d’évaluation fait par ses confrères en défense, qui ont estimé de «faible à modéré» le risque de récidive de Bissonnette.

Le problème, dit le Dr Chamberland, c’est que les outils d’évaluation de la dangerosité, qui mesurent les risques de commettre à nouveau un délit en général, sont peu utiles dans un cas aussi rare qu’une tuerie de masse. «Il y aura toujours un doute et on aura toujours seulement des probabilités», fait remarquer le psychiatre.

Le Dr Chamberland a du mal à se prononcer sur le potentiel de réhabilitation du meurtrier.

Oui, le jeune homme est intelligent et le milieu carcéral fédéral offre beaucoup de programmes de thérapie. «Mais il a une personnalité rigide et [la thérapie] nécessite beaucoup de remises en question, fait remarquer le psychiatre. Je ne suis pas sûr qu’il voit la thérapie comme la solution à sa souffrance.»

Est-ce qu’il faut laisser à Bissonnette un espoir de sortir de prison de son vivant pour qu’il veuille changer? «C’est sûr que ça prend un espoir pour changer, concède le psychiatre de la Couronne. Mais est-ce que l’espoir de sortir dans 25 ans est un moteur pour lui pour aller en thérapie? Je ne pense pas.»

Pas de peine avant septembre

Après avoir déclaré la preuve close, le juge François Huot de la Cour supérieure s’est adressé directement à Alexandre Bissonnette. Le visage sombre, le jeune homme de 28 ans écoutait attentivement.

Le juge a indiqué qu’à la lumière de la preuve entendue, l’imposition de peines consécutives était une possibilité. Le juge devra donc entendre le débat sur la constitutionnalité des peines consécutives en juin, à une date qui reste à être déterminée.

Après les plaidoiries des avocats, le juge Huot prendra la cause en délibéré. «Il serait illusoire pour vous d’espérer une peine avant septembre», a indiqué le juge Huot.

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MENACES ENVERS LES MUSULMANS

Un homme qui suivait assidûment les représentations sur la peine d’Alexandre Bissonnette a été accusé jeudi de menaces de mort envers la communauté musulmane.

Antonio Dion, 55 ans, qui se déplace lentement avec une marchette, se dit «pasteur chrétien» sur les réseaux sociaux. Il s’était souvent fait avertir parce qu’il faisait des commentaires dans la salle d’audience. 

Mercredi matin, Dion aurait dit à un constable spécial que s’il avait des armes, il aurait agi comme Bissonnette. Il a ajouté qu’il allait «faire quelque chose» si jamais une peine de 150 ans était imposée à l’auteur de la tuerie à la Grande Mosquée. 

La Couronne s’est opposée à la remise en liberté de l’individu, aussi accusé de bris de probation. Dion a des antécédents judiciaires de vol et recel de cartes de crédit. 

Antonio Dion, 55 ans, a été accusé jeudi de menaces de mort envers la communauté musulmane.