Air Canada a annoncé des compressions d’effectif visant environ 20 000 employés, soit plus de 50 % de son personnel.
Air Canada a annoncé des compressions d’effectif visant environ 20 000 employés, soit plus de 50 % de son personnel.

Air Canada : perte de 1,75 G$ au 2e trimestre, son patron veut des assouplissements

MONTRÉAL — Le chef de la direction d'Air Canada a accusé vendredi le gouvernement fédéral d'imposer des restrictions «parmi les plus strictes du monde» pour le secteur de l'aviation commerciale et a appelé à des assouplissements après que la ligne aérienne a subi une perte de 1,75 milliard $ au deuxième trimestre et que l'incertitude est la principale figure à l'horizon.

Les revenus passagers de la société montréalaise ont chuté de 95 % par rapport à la même période l'an dernier, tandis que le transporteur a dépensé 19 millions $ par jour alors que s'écroulait la demande en raison de la pandémie de COVID-19.

Ottawa et les provinces devraient abaisser les barrières de voyage avec «une extrême urgence», a déclaré le directeur général Calin Rovinescu.

Il a évoqué l'interdiction générale visant les voyageurs étrangers, la fermeture de la frontière canado-américaine et la quarantaine de deux semaines exigée de toute personne entrant au pays.

Le chef de la direction a également mentionné les obstacles permanents aux voyages interprovinciaux, qu'il a qualifiés d'«incompatibles» avec la Charte des droits et libertés, ainsi que les avis du gouvernement d'éviter les voyages non essentiels, qui empêchent les passagers de souscrire une assurance.

«Bien que nécessaires et appropriées au début, en mars, ces contraintes restent en place, non ajustées, malgré la disponibilité de mesures plus ciblées qui peuvent atteindre les objectifs légitimes de santé publique. Et leur effet combiné a été de décimer l'activité aérienne et d'empêcher la possibilité d'une véritable reprise à un moment où la demande était par ailleurs fragile», a affirmé M. Rovinescu lors d'une conférence téléphonique avec des analystes.



« Bien que nécessaires et appropriées au début, en mars, ces contraintes restent en place, non ajustées, malgré la disponibilité de mesures plus ciblées qui peuvent atteindre les objectifs légitimes de santé publique. »
Calin Rovinescu, directeur général d'Air Canada

«Et leur effet combiné a été de décimer l'activité aérienne et d'empêcher la possibilité d'une véritable reprise à un moment où la demande était par ailleurs fragile», a-t-il poursuivi.

Les retombées ont incité Air Canada à mettre à pied plus de 20 000 de ses 38 000 employés au dernier trimestre. LE transporteur a également procédé au retrait définitif de 79 avions, soit près de 30 % de sa flotte, et en a cloué d'autres au sol pour réduire sa capacité en sièges de 92 %.

La société a suspendu tout service vers les États-Unis pendant la majeure partie du mois de mai, maintenant une présence internationale dans seulement cinq aéroports à l'étranger.

La piste vers la reprise semble longue. La fermeture de la frontière canado-américaine a été prolongée jusqu'au 21 août, mais M. Rovinescu a souligné que cette date était «improbable», Air Canada s'attendant plutôt à une réouverture au plus tôt en octobre.

Un retour du nombre de passagers au niveau de 2019 «pourrait bien prendre plus de trois ans», a-t-il dit, notant les prévisions de reprise sur quatre ans de l'Association du transport aérien international.

Air Canada prévoit desservir 91 destinations cet été, soit près du double du creux de mai, mais bien moins de la moitié du sommet de l'an dernier.

La société n'exclut pas d'autres suspensions de route ou annulations de commandes pour l'Airbus A220 — les appareils de l'ancienne C Series construits par Bombardier à Mirabel — ou des avions Boeing 737 Max «en ces temps incertains», a affirmé M. Rovinescu.

Air Canada a vu son bénéfice net chuter de 84 % d'une année à l'autre, tandis que les revenus totaux ont plongé à 527 millions $ au cours du trimestre terminé le 30 juin, contre 4,74 milliards $ un an plus tôt.

Le transporteur a perdu 6,44 $ par action, comparativement à un bénéfice net de 1,26 $ par action, ou 343 millions $, un an plus tôt.

Les revenus passagers sont tombés à 207 millions $, ce qui a été atténué par un doublement des revenus de fret à 269 millions $. C'était la première fois que ces derniers dépassaient les premiers, a noté la chef des affaires commerciales d'Air Canada, Lucie Guillemette. La compagnie aérienne a arraché les sièges de quatre Boeing 777 et de trois Airbus 330 — tous deux des gros-porteurs — pour les convertir en cargo.

Les analystes s'attendaient à voir Air Canada perdre 1 milliard $, ou 3,96 $ par action, et à réaliser un chiffre d'affaires de 436,3 millions $, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

La plus grande compagnie aérienne du pays affirme avoir accès à 9,12 milliards $ de liquidités après avoir mobilisé 5,5 milliards $ en nouveaux financements en actions, en dette et en avions depuis mars.

«À l'instar de nombreuses autres grandes sociétés aériennes de par le monde, les résultats d'Air Canada pour le deuxième trimestre confirment les effets dévastateurs et sans précédent de la pandémie de COVID-19 et des restrictions de déplacements, fermetures de frontières et mesures de mise en quarantaine imposées par les autorités gouvernementales», a affirmé M. Rovinescu.

L'action d'Air Canada a perdu vendredi 98 cents, ou 6,1 %, à 15,11 $ à la Bourse de Toronto.