Agressions sexuelles sur des patientes: deux ans en société pour le médecin Laval Claveau

Le médecin à la retraite Laval Claveau plaide coupable à des accusations d’agressions sexuelles sur quatre de ses anciennes patientes. Il reçoit une peine de deux ans moins un jour de détention dans la communauté.

Le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, devait entendre le procès prévu pour quatre journées au Palais de justice de Chicoutimi. Mais au moment d’entreprendre les procédures judiciaires, les avocates au dossier, Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et Me Arianne Bergeron-Saint-Onge, en défense, ont annoncé qu’une entente était intervenue entre les parties et qu’il n’y aurait donc pas de procès.

Claveau, qui a pratiqué la médecine durant plus de 40 ans, a plaidé coupable à cinq chefs d’accusation. Il a abusé de sa première plaignante entre le 1er juin 2009 et le 1er août 2012, et entre le 9 août 2012 et le 17 janvier 2015 ; de la seconde victime entre le 1er octobre 2014 et le 30 janvier 2015 ; de la troisième patiente, entre le 12 janvier 2014 et le 31 décembre 2014 ; de la quatrième victime entre le 1er septembre 2009 et le 12 janvier 2010. 

Les quatre femmes étaient des patientes de Laval Claveau, de la Clinique médicale de Rivière-du-Moulin, à Chicoutimi.

Même s’il a fait de drôles mimiques et quelques grimaces, laissant sous-entendre que le résumé des faits n’était pas tout à fait véridique, Laval Claveau a finalement reconnu les faits et a plaidé coupable.

Le médecin a notamment tâté souvent les poitrines de ses patientes et a même poussé l’audace jusqu’à embrasser un sein de l’une de ses victimes.

« Les plus beaux seins »

« La première victime le consultait pour un congé de maladie. Après avoir discuté avec elle, il l’a amené sur la table de travail pour l’examiner. Il a lui-même défait son soutien-gorge, lui a tâté le cou, le ventre et les seins, tout en faisant des commentaires sur sa poitrine », a mentionné Me Nicole Ouellet.

Elle ne se souvient pas du nombre de fois où il a fait des commentaires, mais Claveau a mentionné qu’une pareille beauté, il ne fallait pas la cacher. Il faut montrer sa craque, lui a-t-il dit.

À une autre occasion, Laval Claveau a même mentionné à sa patiente de regarder la beauté de ses seins dans le miroir, pour voir à quel point ils étaient beaux.

« L’accusé a immédiatement envoyé une lettre à sa patiente pour exprimer ses regrets et ses remords, tout en faisant des aveux et en lui précisant qu’il était un obsédé sexuel. Il lui a même offert de lui payer un voyage, ce qui n’a pas été fait », a poursuivi Me Ouellet.

Une autre patiente, qui était enceinte, a indiqué à son médecin la présence d’une bosse sur un sein et le fait qu’il s’en écoulait un liquide brunâtre. L’accusé lui a dit de ne pas s’en faire et n’a pas voulu lui faire passer d’examens, de peur de faire rire de lui.

La dame a été provoquée à la 39e semaine de sa grossesse, et les médecins lui ont diagnostiqué un cancer du sein.

« Pourquoi ça arrive juste à celles qui ont les plus beaux seins ? », aurait lancé Laval Claveau, en apprenant la nouvelle.

Pour les deux autres victimes, il y a eu des attouchements aux seins et des commentaires voulant que les femmes ne devaient pas hésiter à montrer leur poitrine et à exposer leur craque de sein. Il a même demandé à embrasser les seins d’une plaignante. Et il s’est même exécuté. 

À une patiente enceinte, il a demandé si elle avait l’intention d’allaiter. Il a pincé le bout du sein pour confirmer qu’elle n’aurait pas de problèmes à le faire.

Même si Mes Bergeron-Saint-Onge et Ouellet ont suggéré une peine commune, le juge Simard a tout de même pris plusieurs minutes afin d’analyser cette recommandation.

« Je vais entériner la suggestion malgré la réprobation de la société envers ces gestes. Votre plaidoyer permet aux victimes d’avoir une reconnaissance immédiate du statut de victimes et de les empêcher de revenir témoigner sur des faits et gestes intimes, qui ne sont pas agréables à dévoiler », a indiqué le magistrat.

L’homme de 69 ans est aussi condamné à faire 100 heures de travaux communautaires et à faire un don de 500 $ à la Fondation québécoise du cancer du sein.

Laval Claveau doit fournir un échantillon d’ADN et sera inscrit au Registre national des délinquants sexuels.

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PAS UNE SENTENCE BONBON

Même si Laval Claveau purgera sa peine en collectivité, celle-ci ne sera pas de tout repos. Sans dire qu’elle sera aussi difficile qu’un emprisonnement ferme, les deux prochaines années pourraient s’annoncer assez pénibles.

À ceux qui seraient portés à dire qu’il s’agit là d’une sentence bonbon et qu’elle a été obtenue parce que l’accusé est médecin, Me Julien Boulianne a précisé que ce n’est vraiment pas le cas.

« On est loin d’une sentence bonbon. Nous en sommes à une sentence de deux ans d’emprisonnement. Il est possible qu’elle soit purgée au sein de la collectivité, car l’accusé ne constitue pas un danger pour la société. Le risque est assumable. Ce n’est tout de même pas banal comme sentence », dit le criminaliste.

Bien que la peine se fasse à la maison, Claveau devra se rapporter régulièrement à son agent de probation. « Il y a des vérifications téléphoniques et en personne, et on s’assure que vous respectez les conditions, que vous êtes à domicile dans les heures prescrites par le tribunal. Sinon, vous êtes révoqué et vous allez terminer votre peine à l’intérieur des murs », ajoute Me Boulianne, qui était en défense.

L’avocate de l’accusé, Me Arianne Bergeron-Saint-Onge, a aussi précisé au tribunal que la suggestion commune des parties tenait compte de l’absence d’antécédents judiciaires et la présence de remords.

Médiatisation

« Le dossier a aussi fait l’objet d’une grande médiatisation. Mon client a vécu l’humiliation et a vu sa réputation être atteinte. Il a même été évincé du camping où il était client depuis très longtemps », a précisé Me Bergeron-Saint-Onge.

Du côté de la Couronne, Me Nicole Ouellet a précisé que la peine en collectivité avait été analysée sérieusement et que la peine maximale dans les circonstances était nécessaire. « La peine n’est peut-être pas exemplaire, mais elle est importante. Pour la gravité des gestes, il a embrassé le sein d’une patiente et il y a eu des commentaires à caractère sexuel pour d’autres. Il est vrai aussi qu’il était en relation d’abus de confiance. »

« Avec les plaidoyers de culpabilité et le fait qu’elles n’aient pas à témoigner, cela fait en sorte que les victimes sont satisfaites du fait que l’accusé reconnaisse finalement les gestes », de commenter Me Nicole Ouellet.

Me Julien Boulianne précise que la situation n’était pas facile pour l’accusé, qu’il a vécu cette situation difficilement. « L’objectif était d’éviter aux victimes de témoigner et qu’il admette ses gestes, qu’il plaide coupable. Il a enregistré les plaidoyers de culpabilité, afin de permettre à tout le monde de tourner la page sur cette histoire-là », a commenté Me Julien Boulianne.

Le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, a pris plusieurs minutes pour entériner la suggestion commune. « Il y avait des critères à analyser sur les relations entre le docteur et ses patientes. Le juge a tenu compte que les risques de récidive étaient pratiquement inexistants et du fait que l’accusé a exprimé des remords. [Ces faits] ont amené le juge à entériner la suggestion », a poursuivi Me Boulianne.