En psychiatrie et ailleurs dans le réseau de la santé, il y a trop de gens qui banalisent les mots qu’ils utilisent ou les gestes qu’ils posent sous prétexte que les gens en face d’eux « font leur travail et c’est normal », dénonce une employée du CIUSSS.

Agression d’une infirmière en psychiatrie : « Vous vous adressez à des humains »

« La violence, il faut la dénoncer, peu importe sa forme. Être victime d’un geste de violence quand on est au travail et qu’on a pour seul but d’aider les gens, ce n’est pas normal », soutient un employé du département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Ce membre du personnel médical a été témoin de l’agression de l’infirmière survenue le 22 mai dernier.

À lire aussi: Deux agressions graves en deux semaines en psychiatrie

« L’infirmière qui été agressée vit aujourd’hui avec les conséquences de son agression. Elle a des problèmes d’élocution, des problèmes de mémoire, des problèmes d’équilibre. Pour l’instant, sa vie est hypothéquée par son agression. Elle ne va pas bien. Elle ne sait pas encore comment elle va récupérer », précise l’employé.

Cet employé du CIUSSS n’a rien à reprocher à la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui prend à cœur et au sérieux la question de la violence envers son personnel. C’est à la population en général qu’elle souhaite adresser un message : « mesurez vos paroles, mesurez vos gestes, vous vous adressez à des humains ».

En psychiatre et ailleurs dans le réseau de la santé, il y a trop de gens qui banalisent les mots qu’ils utilisent ou les gestes qu’ils posent sous prétexte que les gens en face d’eux « font leur travail et c’est normal », insiste l’employé.

« Quand tu te fais traiter de grosse vache une fois dans ta soirée, ça peut encore passer. Mais quand tu te fais traiter de grosse vache dix fois dans ta soirée, pendant tous tes quarts de travail, pendant des mois, ça devient vraiment, vraiment usant », précise-t-il.

« Les menaces, les grafignes, se faire serrer le bras, rien de tout ça n’est normal quand tu travailles et les gens doivent le savoir et le comprendre », insiste-t-il.

« Oui on sait qu’on travaille dans un département qui est plus à risque que d’autres et on l’accepte. J’ai une passion pour la santé mentale, pour cette clientèle, comme la plupart de mes collègues. Oui, le risque zéro n’existe pas. Mais ce qui s’est passé pour l’infirmière, pour le médecin aussi, c’est grave, et il faut que ça soit considéré comme étant grave par la population en général », dit-il.

Cette membre du personnel rappelle que les employés de la psychiatrie sont là pour aider les gens. Ce qui ne donne pas le droit à leurs clients de les violenter. « Oui, nos clients sont malades. Ils ne vont pas bien. Mais la maladie n’excuse pas tout. Même si on est malade, quand on frappe quelqu’un, quand on brise la vie de quelqu’un, il faut assumer ses actes », dit le 

Membre du personnel.

Une plainte a été déposée à la police dans le cas de l’infirmière et le processus judiciaire suit son cours. Même chose pour l’agression envers le psychiatre.

« Nous sommes là pour aider nos patients. Ce n’est pas normal qu’on se fasse agresser. Nous ne sommes pas équipés comme des policiers, nous n’avons pas d’arme, pas de poivre de Cayenne, pas de veste pare-balles. On est là pour soigner, pour prendre soin des gens, pas pour se défendre ou pour prendre des coups », affirme-t-il.

Au personnel de la psychiatrie et de partout ailleurs dans le réseau de la santé, cette employée insiste : « Dénoncez. Les outils pour dénoncer sont là, même si le formulaire est long à remplir. Il faut aussi prendre le temps de faire des retours post-événements dans les équipes, c’est important. Il faut qu’on puisse avoir un portrait juste des gestes de violence qui sont posés, qu’on sache où, quand, comment et par qui ils sont posés », insiste-t-il.