Le 9 août dernier, Frej Haj Messaoud a aspergé d’essence et brûlé sa conjointe en pleine rue, dans le quartier Saint-Sauveur.

Accusé d’avoir menacé son épouse de l’immoler par le feu «comme sa cousine»

L’épouse refusait de divorcer. Son mari, Souhaib Dhouib l’aurait alors menacée de lui faire «comme à sa cousine», référant à la jeune femme gravement brûlée par son conjoint en pleine rue, dans le quartier Saint-Sauveur, le 9 août.

Dhouib, 32 ans, un chauffeur de Uber sans antécédent judiciaire, a commencé à subir son procès mardi pour harcèlement et menace de mort sur celle qui l’a épousé et parrainé dans ses démarches d’immigration au Québec.

L’épouse, âgée 29 ans, est née au Québec. Elle a connu Souhaib Dhouib par Facebook et, après quelques années de fréquentation, l’a marié en Tunisie en 2016. «Je me suis mariée par amour», a témoigné la jeune femme.

Le couple a eu une petite fille, qui a aujourd’hui deux ans et demi. Chacun des époux avait son travail et vivait en appartement à Charlesbourg. «On avait des bonnes et des mauvaises journées, comme tous les couples», affirme l’épouse.

À la fin du processus de parrainage, en mai 2019, tout a changé, soutient la plaignante. «Il a enlevé son alliance, m’a bloqué l’accès sur son téléphone, illustre-t-elle. On ne se parlait plus du tout à la maison.»

Selon la jeune femme, Souhaib Dhouib lui a alors annoncé qu’il voulait divorcer. Il a ajouté qu’il ne s’était marié que pour quitter la Tunisie et avoir la citoyenneté canadienne, dit-elle.

L’été aurait passé dans ce climat tendu. Les parents de Souhaib Dhouib étaient alors en visite au Québec pour deux mois.

Le 9 août, la cousine de la plaignante — plutôt la fille de sa cousine, précise la témoin — a été aspergée d’essence puis brûlée sur une grande partie de son corps, en pleine rue. Son conjoint, Frej Haj Messaoud, qui fait aussi partie de la famille, mais qu’elle ne fréquente pas, a été accusé de tentative de meurtre. Il est toujours détenu en attente des procédures.

Des conditions

Quelques jours — la témoin est imprécise — après cet événement dramatique, Souhaib et son épouse se trouvaient seuls sur leur balcon. C’est là, selon la plaignante, que son mari lui aurait dit en arabe que si elle ne divorçait pas, il allait lui faire comme à sa cousine.

La jeune femme n’aurait eu aucune réaction sur le coup.

«Je me sentais en sécurité parce que mes beaux-parents étaient à la maison», dit-elle.

À ce moment, la jeune femme n’a que peu de détails sur les blessures de sa cousine. «Je sais que son conjoint l’a immolée avec du feu, c’est tout ce que je sais.»

Le 26 août, Souhaib Dhouib aurait écrit à sa conjointe pour lui proposer de rester mariés, mais à certaines conditions. Selon la témoin, le mari voulait notamment qu’elle paye la moitié des frais et s’occupe seule de la maison et de leur fille.

La jeune femme refuse. Une violente dispute éclate un peu plus tard dans la soirée. «Il a perdu le contrôle, a commencé à m’insulter, affirme la plaignante. Il a dit qu’il va tout faire pour enlever ma fille et il a dit : “Tu vas voir ce que je vais faire de ta vie.”»

Selon la jeune femme, Souhaib hurlait et tapait très fort dans une porte avec ses pieds. «J’ai vu un homme furieux et j’avais vraiment peur pour ma vie et celle de ma fille», témoigne-t-elle.

Elle a alors appelé le 9-1-1 et les policiers ont arrêté le jeune homme. Dhouib a tenté en vain d’obtenir une remise en liberté durant les procédures.

Déménagée chez ses parents, la plaignante a rempli une demande de divorce.

En contre-interrogatoire, l’avocat de Souhaib Dhouib, Me Mokhtar Sallami a noté que dans la demande de divorce, la femme donnait une version différente, disant que son mari l’avait menacée d’un «traitement encore plus sévère que sa cousine». C’est l’avocate qui a rédigé le document, répète la plaignante.

L’accusé témoignera mercredi pour donner sa version des faits.