ABI conteste la décision du Tribunal des droits de la personne.

ABI va en appel

BÉCANCOUR — Aluminerie de Bécancour veut contester la décision du Tribunal des droits de la personne affirmant que l’entreprise fait preuve de discrimination salariale envers ses travailleurs étudiants. Ce verdict oblige l’entreprise à verser entre un et 2,5 millions de dollars en compensations salariales à quelque 230 étudiants. À moins qu’ABI obtienne l’autorisation d’en appeler et réussisse à faire casser cette décision par la Cour d’appel.

Ces étudiants avaient porté plainte à la Commission des droits de la personne pour protester contre le fait que leur salaire de 31 $ l’heure était inférieur de 9 $ à celui versé aux travailleurs réguliers. Ils plaidaient que leur travail était équivalent à celui effectué par les travailleurs réguliers.
Le verdict de la juge Magali Lewis indique que ces étudiants ont été victimes de discrimination en raison de leur âge et de leur statut social. La politique salariale d’ABI pour les étudiants contrevient à différents articles de la Charte des droits et libertés de la personne, soutient la juge dans sa décision rendue publique le 18 mai.
ABI ne fait pas de commentaire par rapport à sa volonté de porter en appel cette décision du Tribunal des droits de la personne. Pour sa part, Clément Masse n’est nullement surpris. Le président du syndicat des travailleurs d’ABI a senti cette possibilité durant les plaidoiries.
«C’est dans leur droit de contester. Je ne sais pas sur quel point de droit la direction va contester. Par contre, j’ai lu la décision de la juge et elle est extrêmement bien étoffée», raconte M. Masse.
Jean-Claude Bernatchez, professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, est du même avis.
«La décision est bien articulée. ABI a le droit de contester. C’est un droit qui est exercé fréquemment. C’est dans l’ordre des choses. Évidemment, ça demande une preuve. Ce n’est pas tout d’arriver à la cour et dire qu’on ne veut pas appliquer une décision.»
Clément Masse s’attend à ce que la demande d’en appeler soit acceptée. Il souhaite de tout cœur que la Cour d’appel maintienne le verdict du Tribunal des droits de la personne.
«On applaudit cette décision. Elle abolit la discrimination en emploi. Il a été démontré qu’il y a eu discrimination sur le statut social», ajoute M. Masse, qui ne croit pas que cette volonté d’ABI d’aller en appel ait une influence sur les négociations.
Selon M. Bernatchez, le verdict du Tribunal des droits de la personne vient jeter une autre tuile dans la cour d’ABI. Selon lui, ce verdict n’aidera pas à assainir un climat de travail déjà tendu.
«Si on donne plus de salaires aux étudiants, je n’ai rien contre ça. Bravo pour eux, ils seront considérés de manière plus équitable. Mais peut-être que cela aura la conséquence que des entreprises vont moins embaucher d’étudiants. ABI a un contexte particulier. Il y a un climat de méfiance entre la direction et le syndicat. Il y a une tentative de raffermir le management à ABI. On est dans des questions de culture: il y a un clivage culturel entre le modèle de management américain (ABI appartient majoritairement à l’entreprise américaine Alcoa) et le modèle québécois», raconte M. Bernatchez, qui soulève que toute la question des salaires versés aux étudiants surgit d’ABI et non pas d’une autre entreprise.
C’est justement sur cette crise de confiance que Lucien Bouchard doit concentrer ses énergies à titre de médiateur, estime Jean-Claude Bernatchez. L’ancien premier ministre du Québec aura d’ailleurs l’occasion d’aborder ce point dès lundi, alors que les deux parties seront en rencontre de négociations avec les médiateurs au dossier.
«Lucien Bouchard va faire le travail. J’ai beaucoup d’espoir qu’il va réussir à dénouer ça», analyse Jean-Claude Bernatchez, qui n’a jamais cru en la possibilité d’une fermeture d’ABI.