Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, prenant la parole lors du Conseil québécois d’Unifor à Trois-Rivières.

ABI: «On ne fera pas voter l’hypothèse», réitère Clément Masse

Trois-Rivières — «C’est sûr et certain qu’on ne fera pas voter l’hypothèse de règlement, à laquelle l’employeur n’a même pas dit oui malgré qu’elle lui soit favorable. Le ministre Boulet insiste pour qu’on la présente aux membres, tente de convaincre les travailleurs et bypass les représentants syndicaux. Il est en mission alors qu’il est un ministre d’un parti qui a clairement pris partie pour l’employeur. Il essaie d’imposer son rapport de médiation».

Voilà l’un des principaux messages lancés vendredi par le président de la section locale 9700, Clément Masse, aux centaines de membres du syndicat Unifor réunis en conseil québécois à Trois-Rivières. Le représentant du Syndicat des Métallos avait été invité à faire le point sur le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour.

«Je ne suis pas surpris. Je l’ai connu dans Delastek. Il aurait dû recommander l’arbitrage», a indiqué le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, par rapport à Jean Boulet. «Soutenons ce conflit-là qui est majeur, eux qui nous ont soutenus dans Delastek et Silicium», a-t-il renchéri tout en dénonçant «le comportement incroyable» de l’employeur et le fameux Act of God qui marque le lock-out à l’ABI.

Dans son allocution, Clément Masse a admis que ces quelques 16 mois de conflit étaient «difficiles pour nos membres, nos familles, la région», parlant même de maisons perdues et de divorces.

Le président syndical a retracé les grandes lignes du lock-out, rappelant «qu’on avait négocié avec notre employeur de bonne foi». «À chaque fois, il fait des offres et quitte la table», déplore celui qui, dès le 11 janvier 2018, savait «qu’on s’enlignait vers un long conflit» avec l’arrêt des deux séries de cuves.

Avec une partie patronale qui, dit-il, «demande concessions par-dessus concessions», l’invité du jour raconte sur un ton ironique avoir eu «la bonne idée» de demander l’aide du gouvernement pour rétablir le rapport de force qui est brisé en raison de cette clause de force majeure permettant à l’ABI «de ne pas payer son électricité».

Or, après des déclarations prometteuses en campagne électorale, voilà que François Legault «s’attaque à nos salaires, au syndicat, à nos membres, ce qui conforte l’employeur dans sa position». Lors de sa dernière sortie à ce sujet à l’Assemblée nationale, Clément Masse était dans les tribunes sans que personne ne le sache. Et il a entendu le premier ministre dire «qu’il va falloir faire un appel aux syndicats, incluant aux Métallos, pour être plus raisonnable».

«On demande au ministre qu’il nous mette un médiateur au dossier et à l’employeur, qu’il négocie de bonne foi», a fait savoir celui qui n’a aucune nouvelle de la partie patronale.

D’ailleurs, la prochaine étape, c’est cette manifestation à Pittsburgh la semaine prochaine à l’occasion de l’assemblée des actionnaires d’Alcoa. Quelque 200 lockoutés quitteront Trois-Rivières lundi en vue de ce rassemblement prévu mercredi. Une délégation de représentants métallos, ayant en main des procurations pour représenter des actionnaires, entrera dans la salle afin d’interpeller les dirigeants d’Alcoa au sujet du lock-out qui perdure depuis le 11 janvier 2018. Et le 25 mai prochain, une grande marche familiale sera organisée à partir de l’Amphithéâtre Cogeco.

Unifor

Le 11e Conseil québécois d’Unifor tenu à Trois-Rivières a pris fin vendredi au terme de trois jours de débats et d’échanges entre 350 personnes déléguées. «Je pense que deux mots peuvent résumer notre rencontre, engagement et solidarité», a commenté Renaud Gagné, tout en rappelant le contexte des élections fédérales en 2019.

Plusieurs moments forts ont marqué le Conseil québécois, notamment lorsque les sections locales ont manifesté leur solidarité auprès des représentants de la section locale 1044 de l’usine Crustacé de Gaspé. Précisons que cet employeur a annoncé la non-réouverture de l’usine pour la saison de pêche 2019 alors que le processus de négociation de la première convention collective était en cours. Après les avoir applaudis à tout rompre, un appel au soutien financier pour ce groupe qui vit ni plus ni moins un lock-out déguisé a permis de récolter plus de 42 300 $.

Finalement, Renaud Gagné a annoncé un don de 50 000 $ qui sera remis à la Croix-Rouge pour aider la population qui est aux prises avec les inondations. Les conseils industriels de l’aérospatiale et des télécommunications se sont aussi engagés à remettre 1000 $ chacun pour la même cause et le conseil de la foresterie donnera 10 000 $, portant le total des sommes à 62 000$.