La balle est maintenant dans le camp des parties dans le dossier du lock-out à l’ABI avec le dépôt ministériel d’une hypothèse de règlement.

ABI: le ministre Boulet dépose son hypothèse de règlement

Bécancour — Voulant dénouer l’impasse entre le Syndicat des Métallos et la direction de l’Aluminerie de Bécancour, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a déposé mercredi son hypothèse de règlement, accompagnée d’un protocole de retour au travail. Une démarche qui s’inscrit, dit-il, dans une volonté de rapprocher les parties afin d’arriver à une entente négociée dans les plus brefs délais.

«Elles sont maintenant invitées à prendre connaissance du contenu et à le soumettre à leurs instances décisionnelles. Les deux parties m’ont confirmé qu’elles allaient étudier, analyser, de façon rigoureuse cette hypothèse de règlement. Et j’espère avoir un retour de leur part d’ici une semaine, dix jours au maximum. Il y a des concessions autant pour la partie syndicale qui sont exigées, que de la partie patronale, des concessions qui rendent totalement pertinente une réunion syndicale de tous les salariés pour leur permettre de s’exprimer démocratiquement sur le contenu de l’hypothèse», a-t-il commenté, décrivant sa proposition comme acceptable et raisonnable.  

Du même souffle, celui-ci n’a pas l’intention d’imposer un arbitrage de différends, si jamais les deux parties n’acceptaient pas son hypothèse de règlement. «Et il n’est vraiment pas question d’une loi spéciale», a précisé le ministre, qui dit s’attendre à une réponse patronale avant une réponse syndicale.

Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, ainsi que l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux, ont participé à cette rencontre à Québec.

«La section locale 9700 des Métallos entend prendre le temps de l’analyser au cours des prochains jours. Les porte-paroles ne souhaitent pas en commenter le contenu sur la place publique et se réservent un temps de réflexion quant au processus», a-t-on fait savoir par voie de communiqué.

Le Syndicat rappelle qu’au lendemain «d’un appui du premier ministre du Québec à la position patronale», la compagnie a rejeté la contre-proposition de convention collective formulée par le syndicat, «qui comprenait plusieurs éléments de compromis», et a fermé la porte à une reprise des négociations. Alcoa a également écarté la possibilité de recourir à un arbitrage de différend pour solutionner le conflit.

«Précisons qu’une hypothèse de règlement, pour être valable, doit être acceptée à la fois par la partie patronale et syndicale», tient à souligner le Syndicat.

Du côté patronal, on était davantage concentré sur l’incendie survenu plus tôt en journée à l’usine de Bécancour. «Nous analyserons rigoureusement l’hypothèse de solution et nous apprécions les efforts du gouvernement pour aider les parties à conclure une entente», a néanmoins fait savoir la porte-parole d’Alcoa, Anne-Catherine Couture.

Le ministre Jean Boulet a déposé mercredi son hypothèse de règlement, accompagnée d’un protocole de retour au travail.

Le ministre Boulet dit anticiper que les salariés puissent se rencontrer en assemblée générale et aient l’opportunité de s’exprimer sur le mérite de l’hypothèse de règlement «et que la direction locale puisse soumettre cette hypothèse-là à la maison mère pour qu’elle s’exprime aussi sur le mérite».

«Ce n’est pas couper la poire en deux. À certains égards, je donne totalement raison à la partie patronale, à d’autres égards, à la partie syndicale. Ce qui me guidait, encore une fois, c’est l’état du marché, les conditions de travail dans des circonstances similaires», a-t-il fait savoir.

Selon lui, les documents ont été rédigés selon des critères objectifs reconnus par la jurisprudence, mais «pas dans le fin détail», même si plusieurs sujets y sont traités, tels que les libérations syndicales, la sous-traitance, la réorganisation du travail, les mouvements de main-d’œuvre, le régime de retraite, le salaire, la rétroactivité et la durée de la convention.

À son avis, ces critères visent un équilibre entre les intérêts patronaux et ceux des salariés, et à maintenir l’objectif d’assurer la pérennité de l’usine, tout en recherchant une meilleure productivité, une flexibilité opérationnelle, la stabilité des emplois et l’amélioration du climat des relations de travail. Le député de Trois-Rivières fait remarquer que c’est la première fois qu’un gouvernement suggère une hypothèse de règlement pour aider les parties à s’entendre.

«Le conflit chez ABI dure depuis 15 mois et a de grands impacts socio-économiques pour les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec ainsi que pour l’ensemble du Québec. J’ai rencontré plusieurs fois les parties et je considère mon rôle comme celui d’un facilitateur pouvant être en mesure de leur fournir des mécanismes pour arriver à une entente négociée», a expliqué le ministre régional.

En conférence de presse, il a été rattrapé par les propos du premier ministre selon lesquels le syndicat était déraisonnable dans ses demandes. «Ce que M. Legault mettait en relief, c’est l’importance des emplois de qualité que nous avons en Mauricie et au Centre-du-Québec. C’est des emplois bien rémunérés. C’est important pour mon premier ministre de s’assurer qu’on protège ces emplois-là et qu’on permette à une entreprise qui est dans un secteur névralgique de l’économie québécoise de continuer à opérer dans des conditions qui sont compétitives», a affirmé
M. Boulet.

Quant au protocole de retour au travail, la durée du processus de rappel au travail ne sera plus de dix mois, étant intervenu pour la rendre, dit-il, plus respectueuse d’une reprise normale des opérations.  

«Maintenant, j’espère ardemment qu’après avoir fait l’analyse des documents présentés, le syndicat les présentera à son assemblée générale pour que ses membres puissent s’exprimer sur ceux-ci et que l’employeur fera de même auprès de la maison-mère. Cette hypothèse de règlement doit être vue comme un outil pour dénouer l’impasse. Je suis totalement confiant. C’est tellement une hypothèse qui est raisonnable, respectueuse des marchés et des critères objectifs que j’ai utilisés. Je vois mal comment les parties ne saisiraient pas l’occasion», a-t-il conclu.


ABI: chronologie des deux derniers mois

21 février 2019: Le ministre rencontre les parties à Québec et confirme leur volonté d’en arriver à une entente négociée.

4 mars 2019: L’employeur présente une nouvelle offre définitive au syndicat.

11 mars 2019: Le Syndicat des Métallos rejette l’offre patronale.

21 mars 2019: Le syndicat présente une contre-offre.

1er avril 2019: Le premier ministre et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale rencontrent les deux parties.

3 avril 2019: La direction de l’ABI rejette à son tour la contre-proposition du syndicat.

17 avril 2019: Le ministre présente son hypothèse de règlement aux parties.