Sylvain Bourassa

90 jours de prison pour Sylvain Bourassa

SAINT-JOSEPH-DE-BEAUCE — Sylvain Bourassa, l’ex-directeur de l’information de TVA Trois-Rivières, a été condamné à purger 90 jours de prison les fins de semaine pour avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite à un enfant.

Il a envoyé à plusieurs reprises via Snapchat des photos de son pénis (dont certaines sur lesquelles il était en érection) à une adolescente de 14-15 ans. Il lui a aussi réclamé des photos de ses seins et de ses fesses  mais cette dernière a toujours refusé. Les événements délictuels ont été commis entre juin 2016 et avril 2017 en Beauce et à La Malbaie.

La victime et sa famille connaissaient très bien Sylvain Bourassa et ses proches. Ils se considéraient même comme des amis. Rencontrée au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce lundi matin, la plaignante a d’ailleurs raconté qu’elle avait hésité longtemps à le dénoncer parce qu’il lui disait que ça ferait de la peine à sa mère à elle, de qui il était très proche. Selon elle, il savait se faire manipulateur en utilisant le prestige de son emploi et en la complimentant. «Il me disait que s’il avait eu une fille, il aurait aimé qu’elle soit comme moi», a-t-elle déclaré.

Elle a finalement abordé le sujet à une amie qui l’a prévenu que si elle ne portait pas plainte, c’était elle qui le ferait à sa place.  Elle a ensuite trouvé le courage nécessaire de dénoncer Sylvain Bourassa; il a été arrêté et accusé de leurre informatique et d’avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite à un enfant. Il a été libéré sous conditions pour la durée des procédures judiciaires.

Lundi matin, il a donc plaidé coupable au chef d’avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite à un enfant. La mine basse, il a reconnu les faits exposés par la Couronne. Notons qu’au départ, ce chef avait été porté sur acte criminel mais il a été réduit au niveau de la procédure sommaire, ce qui a une incidence sur la gravité objective de l’infraction et par le fait même sur la peine. Quant à l’accusation de leurre informatique, elle a fait l’objet d’un arrêt des procédures puisque les infractions se recoupent.

Les discussions entre son avocate, Me Pénélope Provencher, et la procureure de la Couronne, Me Annik Arbour, ont d’ailleurs donné lieu à une suggestion commune de 90 jours de prison. Il s’agit d’ailleurs de la peine minimale pour une infraction de cette nature. Comme l’a expliqué Me Arbour, différents facteurs ont pesé dans la balance pour soumettre cette suggestion. D’une part, elle a rappelé que Sylvain Bourassa a plaidé coupable, ce qui évite à la victime de venir témoigner. Qui plus est, la preuve aurait été plus difficile à faire sans justement le témoignage de la plaignante compte tenu du côté éphémère des photos transmises par Snapchat.

Elle a aussi parlé du processus de réhabilitation qu’il a lui-même entrepris après son arrestation. Il a consulté un professionnel dans le domaine et le risque de récidive serait considéré comme faible. Sur le plan professionnel, il a perdu définitivement son emploi chez TVA, ce qui l’a forcé à se réorienter dans un tout autre domaine. Il occupe maintenant un emploi à temps plein.

Le juge a accepté d’entériner la suggestion, non sans préciser qu’il s’agissait de crimes sérieux et que Sylvain Bourassa avait été l’artisan de son propre malheur.

À sa sortie de la salle d’audience, Me Arbour n’a pas caché que si la victime avait accepté de témoigner en cour, la peine qu’elle aurait suggéré aurait été plus sévère mais cela n’a pas été le cas. Cependant, la victime et sa famille étaient visiblement déçues. «Avoir su, j’aurais témoigné», s’est exclamée la jeune femme. Tous avaient été informés de la suggestion de sentence qui serait faite mais ils s’attendaient à plus. «Il a été traité comme si c’était lui la victime», a déploré la mère.

Néanmoins, la plaignante n’hésite pas à conseiller à toutes les victimes de porter plainte même si elles peuvent éprouver, elles aussi, un sentiment de culpabilité. «C’est difficile mais il faut le faire», a-t-elle mentionné avec fierté.

Outre les 90 jours de prison, Sylvain Bourassa sera soumis à une probation pendant deux ans dont une année avec suivi. Il sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pour une période de 10 ans. Il devra également respecter plusieurs conditions dont celles qui lui interdit de communiquer avec la victime et sa famille immédiate, d’être en présence de personnes de moins de 16 ans, et de posséder d’ordinateur ou tout appareil permettant d’avoir accès à Internet, sauf pour le travail.  

Notons enfin que Sylvain Bourassa était peu volubile de son côté. Il a en effet refusé de commenter lundi, disant qu’il en avait «assez pour aujourd’hui».