Le vétéran Pierre-André L’Heureux trouve difficile de décrire l’enfer vécu sur les plages de la Normandie. «Comment se fait-il qu’on ait pu s’en sortir comme ça quand d’autres ont été coulés?» a-t-il confié.

75 ans après le jour J, des vétérans racontent

Le vétéran Pierre-André L’Heureux était parmi les soldats présents lors du jour J, début de la bataille de Normandie, et qui ont eu la chance de revenir auprès de leur famille. Dimanche, il était à la gare du Palais pour parler des sombres souvenirs qu’ils gardent de cette journée du 6 juin 1944.

«Il y en avait des bateaux. Il y avait les Anglais, les Américains et il y avait nous. Je peux vous dire que ça sautait. De vous dire l’enfer qu’il y avait là, je ne peux pas le décrire. Comment se fait-il qu’on ait pu s’en sortir comme ça quand d’autres ont été coulés? J’en suis revenu, mais ce n’est pas facile. Quand tu vois tes amis morts, toute ma vie j’ai eu un malaise avec ça. Ça ne s’oublie pas. Aujourd’hui, je suis ici avec vous et je suis content, je suis content de pouvoir vous en parler», a raconté l’homme de 96 ans, visiblement ému, lors d’une cérémonie spéciale organisée pour souligner le 75e anniversaire de cette bataille.

Des bottes de combat

Ce printemps, des trains transportant des bottes de combat — un symbole représentant les nombreux Canadiens qui ont dû troquer leurs chaussures pour des bottes de combat — traverseront le pays, de Vancouver à Halifax. Elles suivent un parcours similaire à celui que plusieurs soldats ont emprunté pendant la Seconde Guerre mondiale. Les bottes arriveront à destination le 3 juin.

Plusieurs vétérans accompagnés de leur famille, ainsi que le ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, étaient présents à la gare du Palais dimanche, pour voir les bottes de Québec commencer leur voyage.

Une cérémonie pour rendre hommage aux Canadiens qui ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale, voire sacrifié leur vie, se déroulera le 6 juin à Halifax, en référence à cette journée de 1944 lorsque les forces alliées ont attaqué les défenses allemandes se trouvant le long des plages de la Normandie en France.

La victoire dans la campagne de Normandie s’est avérée très coûteuse sur le plan humain. De toutes les divisions du Groupe de l’Armée britannique, ce sont les Canadiens qui ont subi les plus lourdes pertes.

La campagne de Normandie a pris fin officiellement plus de deux mois et demi après le jour J, à la libération de Paris le 25 août 1944. Plus de 5000 Canadiens ont fait le sacrifice ultime pendant la bataille de Normandie et reposent maintenant en France.

Impossible d’oublier

Un témoignage écrit par le vétéran Jean-Paul Dufour a aussi été lu devant le public lors de la cérémonie spéciale. M. Dufour ne pouvait être présent, mais des membres de sa famille y étaient pour le représenter.

«Les bateaux étaient tous collés les uns auprès des autres. Une fois là-bas, on entendait les explosions, on ne voyait rien. On a débarqué et on avait de l’eau jusqu’à la ceinture. Un mois après avoir pris part au débarquement de Normandie, j’ai été fait prisonnier par les Allemands. Mon compagnon a été tué devant mes yeux. J’ai ensuite été conduit jusqu’en Allemagne, où j’ai été contraint de travailler dans les mines de charbon durant huit longs mois. Je me suis rapidement affaibli et j’ai été grièvement blessé au dos en travaillant. Après des mois de calvaire, mon compatriote et moi avons été libérés par les Américains. Soixante-quinze ans plus tard, je pense à cette époque tous les jours.»  Avec La Presse canadienne