La femme de 37 ans tente de recouvrer sa liberté en attendant son procès.

« Ma mère me fait mal »

« Ma mère me fait mal. Elle me frappait, me poussait, me brûlait, me donnait des coups de pied au ventre. Elle m’a cassé trois dents, c’est pour ça que je ne l’aime pas et que je ne veux plus la voir. »

Le témoignage d’un des fils d’une femme accusée d’avoir maltraité ses trois enfants et relaté lundi par l’enquêteuse Annie St-Laurent, de la police de Granby, a donné froid dans le dos à l’auditoire de la salle C du palais de justice.

Mme St-Laurent a rencontré l’adolescent de 17 ans quelques jours après qu’il eût été pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), en février, en compagnie de ses frères âgés d’un et trois ans.

Un huissier avait trouvé les trois enfants seuls dans un appartement insalubre de la rue Denison Ouest.

Selon la sergente-détective, l’endroit était jonché de déchets, de mouches et d’excréments. « Il n’y avait pas beaucoup de plancher avec rien dessus », a dit Mme St-Laurent, qui témoignait à l’étape de l’enquête sur remise en liberté de l’accusée de 37 ans, dont l’identité ne peut être publiée afin de protéger celle de ses enfants.

Aucun lit n’était disponible non plus, car ils étaient totalement encombrés, a ajouté la policière en répondant aux questions de Me Valérie Simard-Croteau, de la Couronne.

Blessures

C’est l’adolescent qui était le plus mal en point, bien que ses jeunes frères affichaient, lors de leur prise en charge, des ecchymoses et des égratignures. Il était incontinent, couvert de plaies et avait de la difficulté à marcher. Il est d’ailleurs toujours hospitalisé.

Sa mère l’aurait fréquemment roué de coups, a dit l’agente St-Laurent, et les conclusions d’un rapport pédiatrique « sont assez claires à l’égard qu’il y a eu abus physiques et négligence de prodiguer des soins », a mentionné Me Simard-Croteau.

Il n’allait pas à l’école — sa mère disait lui enseigner à la maison — et ses frères éprouvent de leur côté des retards de développement et des carences affectives. Tous pourraient aussi avoir souffert de malnutrition.

La mère a fait l’objet d’une vingtaine de signalements à la DPJ depuis 2008, a précisé Mme St-Laurent, et souffrirait de problèmes de jeu et de toxicomanie. Ce que la principale intéressée nie.

Stress

Appelée à témoigner par son avocate, Me Marie Guironnet, la femme à l’apparence soignée a dit ne fumer « qu’un joint le soir » et réfute tout problème de jeu.

Quant à sa violence, elle l’a mise sur le compte du « stress accumulé depuis un an ».

« Je veux reprendre ma vie en main, recommencer à zéro, a-t-elle indiqué du box des accusés. Je retourne toujours en prison. Personne ne m’aide en prison. »

Elle a dit souffrir d’une maladie dégénérative qui l’empêche de travailler et a offert 4000 $ en caution pour tenter de recouvrer sa liberté.

Allocations pour la caution

La femme a toutefois dû admettre que cet argent provenait des allocations familiales qu’elle a continué d’encaisser depuis son incarcération, en février.

« Pour moi, l’argent n’a pas de valeur, a-t-elle expliqué. C’est mes enfants et ma vie que j’ai perdue qui ont de la valeur. »

Son enquête a été interrompue puisqu’un deuxième témoin de la défense ne s’est pas présenté. Les audiences doivent reprendre mardi.

L’accusée fait maintenant face à neuf accusations liées à la violence ainsi que de défaut d’avoir fourni les choses nécessaires à la vie de ses enfants. Elle doit aussi se défendre de dossiers pendants de vol, de fraude et de voies de fait.