Le Dr Gilles Paré, pédiatre, prendra sa retraite le 20 mars, la veille de son 81e anniversaire, après 55 années de médecine.
Le Dr Gilles Paré, pédiatre, prendra sa retraite le 20 mars, la veille de son 81e anniversaire, après 55 années de médecine.

Le Dr Paré prend sa retraite à 81 ans [VIDÉO]

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le Dr Gilles Paré verra son dernier patient le 20 mars prochain. Le lendemain, le pédiatre fêtera son 81e anniversaire. Il exerce la médecine depuis 55 ans; il a décidé que c’était le temps de tourner la page sur sa longue carrière passée à soigner des enfants.

Il souhaite maintenant prendre plus de temps pour lui et son épouse. Mais comment se sentira-t-il le 20 mars prochain quand le dernier de ses patients aura quitté son cabinet?

« Je vais me sentir bien. Je sais que je lâche mes patients, mais je ne les lâche pas en lâche. Le lendemain, ça va être ma fête, je vais avoir 81 ans, alors là je vais me dire : c’est assez. Je veux remercier tout le monde avec qui j’ai travaillé... » répond-il, rempli d’émotions.

Pédiatre d’urgence

Pédiatre retraité des hôpitaux sherbrookois, le Dr Paré exerce depuis une dizaine d’années à la Clinique médicale Belvédère à titre de pédiatre d’urgence. « Quand j’ai pris ma retraite de l’hôpital après trois ans à la maison, je ne savais plus quoi faire, alors j’ai décidé de recommencer à travailler », indique le médecin spécialiste.

Le Dr Paré ne prenait en charge aucun patient mais voyait des petits patients « orphelins » de médecins de famille et d’autres qui n’arrivaient pas à obtenir un rendez-vous avec leur médecin de famille.

Il a aussi souvent dépanné des familles défavorisées ou encore des nouveaux arrivants qui avaient la barrière de la langue et qui, bien sûr, n’avaient pas accès à un médecin de famille.

« J’ai ralenti le rythme au fil des années. Aujourd’hui, je travaille trois jours par semaine et je vois environ 60 patients par semaine », indique celui qui a terminé sa spécialisation en pédiatrie en 1968 et qui a continué de travailler dans les hôpitaux sherbrookois où il avait aussi fait une partie de sa résidence.

Impossible pour le pédiatre de savoir combien de patients il a pu traiter au cours de sa carrière : au moins 50 000, peut-être jusqu’à 100 000, estime-t-il.

Le médecin a rencontré son épouse pendant ses études en médecine; elle était infirmière à la pouponnière à Sherbrooke.

Ils ont eu trois enfants, grands aujourd’hui bien sûr, et ils ont cinq petits-enfants qui font la fierté du Dr Paré.

« Mes enfants ne m’en ont jamais voulu, je crois, d’avoir travaillé beaucoup quand ils étaient jeunes. À l’époque, il y avait moins de résidents qu’aujourd’hui. Des gardes de nuit, on en faisait! J’étais chanceux, j’avais cette capacité à me reposer 15 minutes et à me réveiller en forme », se souvient-il.

Il a beaucoup fait « de la grosse médecine » au cours de sa carrière.

« En 1963, nous avons eu une épidémie de poliomyélite. Cet été-là seulement, j’ai dû faire une centaine de ponctions lombaires », se souvient-il.

Bien sûr, de nombreux cas l’ont marqué. Il repense notamment à un enfant admis d’urgence en pédiatrie en raison d’un grave accident à la ferme. « Finalement, nous avons perdu cet enfant. Le père nous a dit qu’il était soulagé parce qu’au moins, son fils ne souffrait plus, mais que c’était particulièrement difficile, parce que son enfant est mort le jour de sa fête... »

S’il y a eu des décès marquants, il y a aussi eu des vies sauvées qui l’ont marqué tout autant.

« Une journée, il m’arrive un petit bébé d’environ trois semaines. Les parents pensaient qu’il avait la grippe, il avait de la misère à respirer. Moi, quand je fais un premier examen de pédiatre à un bébé, je prends toujours les pouls fémoraux et huméraux. Alors j’examine ce bébé et je ne trouve pas les artères fémorales. C’est une dilatation de l’aorte, une cardiopathie. J’appelle au CHUS. Le soir même, le bébé avait été transféré au Children Hospital et il était opéré », indique-t-il.

En 55 ans de médecine, bien sûr qu’il y a eu des changements importants à la pratique. L’arrivée des vaccins, graduellement, a bien entendu fait une différence importante dans sa pratique.

« En fait, je dirais surtout qu’il y a des maladies qui existaient et qu’on ne voit plus aujourd’hui. On peut penser à la rougeole, à la coqueluche, à la polio... » nomme-t-il en exemples.

Après toutes ces années, ne s’est-il jamais fatigué de voir des enfants se balader dans son bureau? De répondre aux inquiétudes de leurs parents?

Non, affirme-t-il. « Les enfants m’appellent “mon oncle Gilles”. Je les ai toujours aimés, je les aime encore », affirme-t-il.

S’il a un seul regret en quittant sa pratique maintenant, c’est de savoir qu’il y a encore autant d’enfants et de familles sans médecins de famille.

« Il manque tellement de médecins de famille à Sherbrooke! J’aimerais que le ministère de la Santé accorde enfin à l’Estrie le nombre de médecins dont a besoin », souligne-t-il.

Les parents des petits patients qui étaient habitués de consulter le Dr Paré doivent maintenant consulter dans les ressources offertes aux patients orphelins, comme la Clinique des médecins d’urgence (superclinique). Il faut également s’inscrire au Guichet d’accès à un médecin de famille, si ce n’est pas déjà fait. Cet hiver, quelques cliniques médicales offrent aussi des rendez-vous aux patients avec des symptômes grippaux. Beaucoup d’information est disponible sur le site www.santeestrie.qc.ca/soins-services/pour-tous.