Le maire Steve Lussier et le directeur général Daniel Picard se sont adressés à la presse jeudi avant-midi.

Le dg de la Ville accuse Beaudin d’enfreindre la loi

Le directeur général de la Ville de Sherbrooke, Daniel Picard, accuse la conseillère Évelyne Beaudin d’avoir enfreint la Loi sur les cités et villes en distribuant un questionnaire aux employés municipaux. Il songe à déposer une plainte au ministère des Affaires municipales. Mme Beaudin, qui assistait à la mêlée de presse, a réagi en après-midi.

Flanqué du maire Steve Lussier, qui appuyait la démarche, M. Picard a affirmé jeudi matin qu’il avait choisi lui-même d’intervenir auprès des médias. « La sortie n’est pas une sortie du maire. Aujourd’hui, je défends la fonction publique. On doit être respecté. [...] J’ai eu beaucoup de commentaires de la part des fonctionnaires qui sont très mal à l’aise avec l’approche préconisée. »

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Rappelons que la conseillère de Sherbrooke Citoyen invite les employés municipaux à remplir un sondage en ligne pour formuler des suggestions qui amélioreraient l’efficacité de l’appareil municipal. Elle souhaitait les contacter par l’entremise des médias sociaux.

Daniel Picard rétorque que selon la loi, c’est le directeur général qui est mandaté pour communiquer avec les employés. 

« Par ses actions, en sollicitant les employés, nous considérons que Mme Beaudin a enfreint plusieurs règles de la Loi sur les cités et villes. Dans la loi, le pouvoir de communication auprès de la fonction publique est clairement identifié à l’article 114 et il appartient au dg. Un élu n’a pas de pouvoir seul d’investigation ou de solliciter les employés de la fonction publique. Moi je rends des comptes au conseil municipal, pas aux élus dans leur individualité. »

L’article 114 de la loi stipule que le directeur général « assure les communications entre le conseil, le comité exécutif et les commissions, d’une part, et les autres fonctionnaires et employés de la municipalité, d’autre part ». 

Dans le même sens, les employés qui répondraient au sondage briseraient leur devoir de loyauté envers l’employeur et risqueraient des sanctions. Il ne leur est effectivement pas permis de critiquer leur employeur publiquement. « Nous enverrons un communiqué aux directions de service pour rappeler aux employés qu’en répondant à ce sondage sur la place publique, ils se mettent en péril par rapport à cette règle. »

Selon M. Picard, les mécanismes mis en place par la Ville, notamment avec les directeurs de service et la vérificatrice générale, suffisent pour que les employés puissent s’exprimer. Si la Ville souhaitait réaliser un sondage auprès de ses employés, elle ferait appel à une firme externe pour protéger les commentaires formulés. « Ce sondage ne répond pas aux normes méthodologiques. Ces résultats ne sont pas fiables et n’ont pas de valeur. »

Steve Lussier ajoute que les données recueillies par le sondage ne seront pas considérées par le conseil. 

Selon le directeur général, aucun exercice du genre n’a été mené au cours des deux dernières années à l’initiative de la municipalité.

« Je n’ai aucune raison de croire que ces gens-là ne font pas leur travail. Ce n’est pas vrai de dire que nous ne consultons pas les gens. La plupart des services font quotidiennement des scrums avec leurs employés pour savoir comment ils peuvent s’améliorer », dit M. Picard.

M. Picard aurait préféré qu’Évelyne Beaudin lui soumette sa suggestion pour procéder selon les règles. La Ville aurait alors évité un imbroglio avec ses employés. « Quand on parle de consulter les gens, par respect, il faudrait d’abord consulter les gens qui sont dans l’institution. Ne devrait-on pas d’abord consulter les gens de l’organisation qui sont nommés pour faire un travail de gestion? »

La Ville a toutefois mis deux jours à répondre à l’initiative de Mme Beaudin, qui avait annoncé ses intentions dans un communiqué mardi. Selon M. Picard, la Ville devait vérifier certaines données pour valider l’illégalité de la démarche et éviter de répondre dans l’émotivité. Le directeur général admet ne pas avoir rencontré l’élue concernée avant de s’adresser lui-même au média.

Steve Lussier n’a pas donné son opinion personnelle sur la situation si ce n’est qu’il est d’accord avec la démarche du directeur général. « Encore une fois, Mme Beaudin a sorti quelque chose sans avoir consulté les membres du conseil municipal. Nous sommes une équipe et il faut continuer à travailler en équipe. C’est sur la façon de procéder qu’il y a un problème. Je suis allé manger avec plusieurs conseillers, et ce qui sort souvent, c’est que je suis rassembleur. Je suis rassembleur, mais je veux que tout le monde suive. »

Il s’est contenté de dire que le conseil municipal discutera du sujet à huis clos. Des sanctions pourraient-elles être portées contre Mme Beaudin? M. Lussier répond que la discussion se déroulera à huis clos.